Nouveaux débouchés Le chanvre mord sur les marchés des matières plastiques

AFP

Le chanvre, traditionnellement cantonné au papier ou à la litière animale investit de plus en plus le bâtiment ou la plasturgie automobile où il prend un peu la place des plastiques grâce à une structure initiée par la Chanvrière de l'Aube, premier producteur européen. "Fibres, recherche, développement" (FRD), créée début 2008 dans la technopole de Troyes, se veut l'intermédiaire scientifique entre les producteurs de chanvre et l'industrie.


Les fibres végétales de chanvre peuvent par exemple
se substituer à la fibre de verre, notamment
dans l'industrie automobile (© Terre-net Média)

"Nous devons repérer les besoins des industriels pour substituer la fibre végétale à la laine de verre ou aux plastiques issus de la pétrochimie, et mettre un peu de nature dans ces produits polluants", explique Benoît Savourat le président de FRD et de la Chanvrière de l'Aube. "Tout est bon dans le chanvre", plaisante-t-il.

Cette plante rustique ne demande aucun traitement phytosanitaire et le sol calcaire de la Champagne est particulièrement adapté à sa culture. Trois cent cinquante producteurs de la région fournissent à la Chanvrière de l'Aube 14.000 tonnes de paille, soit 75% de la production française. Sept cents hectares de plus ont été mis en culture en 2009 pour développer de nouveaux marchés.

La fibre sert principalement à l'industrie du papier, la chènevotte (le bois de la plante) aux litières animales et la poudre, ultime résidu du traitement, se retrouve dans les composts. Depuis quelques années, l'industrie du bâtiment reconnaît les vertus de la plante : la fibre transformée en laine de chanvre séduit par ses capacités d'isolation thermique et phonique. Quant à la chènevotte, mélangée à la chaux elle produit des bétons légers eux aussi très isolants et au bilan carbone bien plus favorable que le béton traditionnel.

Cap sur la plasturgie

Mais c'est dans la plasturgie que l'avenir se tisse pour le chanvre. L'injection de fibres dans les matériaux thermoplastiques et thermodurcissables pour remplacer la fibre de verre se développe de plus en plus, notamment dans l'industrie automobile. Près de 30% de fibres végétales dans les hélices de refroidissement, lunettes arrière, bouchons de vase d'expansion ou supports de batteries les rendent, à performance égale, plus légers donc plus économes en énergie et bien plus facilement recyclables.

"On espère de nombreuse autres avancées comme dans l'aéronautique, la connectique ou les matériaux du sport", précise M. Savourat. Trois millions d'euros ont déjà été investis sur les programmes de recherches avec des débouchés attendus d'ici trois ans et d'autres investissements du même ordre sont en cours de validation. Cinq personnes, ingénieurs et développeurs travaillent pour "Fibres, recherche, développement" en lien avec des Universités de technologie à Troyes, Compiègne ou Lorient, mais aussi le Pôle européen de plasturgie à Oyonnax (Ain), ou encore les universités de Gand et de Louvain (Belgique). D'ici cinq ans, FRD prévoit de recruter 10 à 15 salariés supplémentaires pour répondre aux besoins des industriels, de plus en plus contraints au respect des normes environnementales.


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