Circuits courts Manger local, impossible à grande échelle en Ile-de-France

AFP

Manger local, c'est-à-dire choisir des fruits, des légumes, de la viande produits le plus près possible de chez soi pour réduire les dépenses d'énergie, restera très marginal en région parisienne, à moins de se nourrir de cresson, de pommes et de pain.


A moins de ne manger que du cresson, des pommes et
du pain, difficile de généraliser le "manger local"
en Ile-de-France (© Terre-net Média)
Moins de 1% du cheptel français broute dans les prairies d'Ile-de-France, alors que la région parisienne, forte de 12 millions d'habitants, concentre 20% de la population, selon une étude du Credoc présentée lors du récent colloque "nourrir la région capitale". Il se consomme en Ile-de-France quatre fois plus de légumes qu'il ne s'en produit (470.000 t et 120.000 t). Pour les fruits, la proportion passe de 1 à 20 (20.000 t produits contre 440.000 consommées), toujours selon cette étude sur les comportements et consommations alimentaires en France.

Avec des fraises de la vallée de la Bièvre, des cerises de Montmorency, des pommes, des poires, des asperges d'Argenteuil, du cresson de Méréville, des navets, des poireaux et même des aubergines, manger local n'est pas impossible mais cela ne peut concerner que quelques milliers d'habitants tant la production de légumes et de fruits est faible. Pourtant, la moitié des 1,2 millions d'hectares de la région parisienne est composée de champs cultivés, soit 576.000 ha de surface agricole utile, selon le Cervia (Centre régional de valorisation et d'innovation agricole et alimentaire d'Ile-de-France). Mais 70% de ces terres produisent des céréales (blé tendre), 13% des oléagineux (colza), 6% des betteraves industrielles, sans compter les protéagineux et les jachères. Reste la portion congrue pour les fruits et les légumes, à peine 4%.

"Avec ceux de Picardie, les champs d'Ile-de-France sont les meilleures terres à blé du monde", selon Philippe Boeda responsable de Valfrance, une coopérative de collecte du blé en Seine-et-Marne. Autre difficulté, la production francilienne est très spécialisée. Championne de France pour le persil, le cresson et les radis, la région parisienne produit également 38.000 t de salades par an (pour 23.000 tonnes consommées). Cette spécialisation n'est pas récente. Dès la fin de l'Ancien Régime, "toutes les provinces de France fournissaient Paris" en denrées alimentaires, selon l'historien et professeur à Paris IV, Reynald Abad. Sur une trentaine de produits alimentaires, 23 venaient de la région parisienne, de l'Orléanais, de Champagne et de Normandie, mais les 7 autres provenaient des autres régions de France.

"Faut pas rêver, on ne nourrira plus Paris avec des produits locaux", se désole Jean-Pierre Coffe, chantre de la défense des terroirs et des produits frais. "Quand on peut choisir la proximité, c'est mieux, c'est plus frais, plus riche en vitamines, mais attention aussi à la qualité", ajoute-t-il, fustigeant les fruits et les légumes produits industriellement. Il souhaiterait au moins que tous les terrains encore disponibles puissent être conservés pour le maraîchage et non pas vendus pour être bâtis.

Le marché de Rungis, qui fête ses 40 ans en 2009, a donc encore un bel avenir devant lui, constate Marc Spielrein, PDG de la Semmaris, la société qui gère le marché d'intérêt national. Près d'1,5 millions de tonnes de produits (viande, poisson, légumes, fruits) y ont transité en 2008, avant d'être consommés, pour l'essentiel, en Ile-de-France. En outre, seule une grande structure comme Rungis peut offrir autant de "diversité" à ses clients, insiste M. Spielrein. "Les fraises qui intéressent le commerçant du marché ne sont pas les mêmes que celles recherchées par le pâtissier pour ses gâteaux. Ce ne sont pas les mêmes variétés, la même maturation", cite-t-il en exemple.


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