Maine-et-Loire Découverte d'un trafic de main-d'oeuvre dans un abattoir, selon la Ligue des droits de l'Homme

AFP

ANGERS, 27 janvier 2004 - La section de la ligue des droits de l'Homme (LDH) du Maine-et-Loire a dénoncé mardi à Angers un trafic de main-d'oeuvre organisé par une société travaillant pour l'industrie agroalimentaire et impliquant notamment plus de 350 Portugais et une cinquantaine de Maliens depuis deux ans.

Le GID (Groupement international de désossage), basé à Algrange (Moselle), qui met à la disposition d'abattoirs du personnel étranger, aurait fourni des salariés portugais et maliens aux abattoirs Aubret à Saint-Mars-les-Jailles (Loire-Atlantique), à une société de Saint-Macaire-en-Mauges (Maine-et-Loire), et à une autre près de Vannes (Morbihan), ont expliqué des responsables de la ligue. Le GID n'avait pas réagi mardi après-midi aux révélations de la LDH.

Trois enquêtes ont été ouvertes par les inspections du travail à Nantes, Angers et en Moselle mais aucune information judiciaire n'est ouverte pour l'instant, selon l'avocat des plaignants, Me Alain Guyon. Sept Portugais et un Marocain (venu du Portugal) ont témoigné mardi des conditions de travail dans les abattoirs Aubret et ont porté plainte. Ces Portugais, recrutés par une antenne du GID à Candé (Maine-et-Loire), via des petites annonces au Portugal, travaillaient au désossage et au décrochage de carcasses de porcs.

Ils ont évoqué des conditions pénibles, des horaires pouvant aller de 5h00 à 21h00, parfois sous les coups et les insultes, avec un salaire nettement inférieur à ce qui leur avait été promis. Ils ont affirmé qu'on les avait assurés de salaires de 1.500 euros pour des emplois dans l'emballage mais qu'une fois arrivés en France, leurs salaires étaient passés à 900 euros (contre 1.140 euros inscrits sur leur feuille de paie).

Obligés, selon eux, de rembourser au GID 300 euros pour leur voyage, puis 300 euros pour leur carte de résident et leur certificat de travail, ils devaient verser chaque mois à la société entre 200 et 250 euros pour être logés et nourris. Ils ont porté plainte devant les prud'hommes pour non respect du niveau de qualification, non paiement des heures supplémentaires, non paiement des primes et abus sur les frais professionnels. Ils ont également déposé une plainte à la gendarmerie pour abus de vulnérabilité.

Une audience a été programmée devant les prud'hommes le 3 février. Lundi, quatorze personnes, dont 12 Maliens en situation irrégulière également recrutés par le GID, ont été interpellées à Candé et placées en garde à vue dans le cadre d'une enquête de la gendarmerie sur des séjours irréguliers. La personne qui les a recrutés doit être jugée mercredi devant le tribunal correctionnel d'Angers, dans le cadre de la comparution immédiate, pour "aide à séjour irrégulier".

Le maire de Candé, Gérard Delaunay, a évoqué mardi un "esclavage moderne scandaleux". Il avait alerté la sous-préfecture de Segré depuis plusieurs mois après avoir constaté une augmentation suspecte des demandes de permis de séjours, passé de 3 demandes par an, à 5 par mois depuis l'arrivée de GID sur sa commune.



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