Energies renouvelables Dépendance énergétique, réduction des gaz à effet de serre, maintien du revenu agricole : le challenge des biocarburants

Bénédicte Normand Terre-net média

Alors que le prix du pétrole dépasse les 70$/baril, les regards se tournent vers les biocarburants, un marché en pleine évolution. La volonté de réduire la dépendance énergétique, les émissions de CO2 et d’assurer un débouché aux productions agricoles explique l’intérêt grandissant pour les biocarburants. Pourquoi les biocarburants ? Quelle est la situation actuelle ? Quelles conséquences le développement des biocarburants risque-t-il de provoquer ? Le point avec l’équipe du département énergie d’Agritel.


(© Terre-net)

Trois motivations ont menées au développement des biocarburants. « La France est très nettement importatrice de pétrole et de diesel. » explique Hélène Morin, responsable biocarburants Agritel. A titre d’exemple, 85,37 millions de tonnes de pétrole sont importées pour seulement 1,22 millions de tonnes produites sur le territoire, d’où une volonté de réduire la dépendance énergétique. Le problème de la pollution atmosphérique pousse à trouver des solutions pour réduire les émissions de CO2. Un des objectifs de la Pac est de maintenir le revenu des exploitants en assurant un débouché aux productions agricoles. « Or, la filière alimentaire ne suffit plus forcément à pérenniser le revenu des agriculteurs. » note Hélène Morin.

« La filière alimentaire ne suffit plus forcément »

Aujourd’hui, il existe 2 filières de productions des biocarburants en France et une troisième est en train de se dessiner. La filière des huiles permet de produire du biodiesel à partir d’oléagineux ou de graisses animales. « C’est un secteur assez simple mais qui prend de l’ampleur et se complexifie. » indique la responsable biocarburants. La filière éthanol assure la production d’Etbe (dérivé de l’éthanol) ou de bioéthanol à partir de sucre, d’amidon ou de biomasse. Une filière essentiellement basée sur la biomasse et produisant des carburants de synthèse se profile.

La production européenne de biodiesel a été multipliée par 5 en moins de 4ans. La France en produit 3 fois moins que l’Allemagne qui reste le leader de l’Union européenne. Si l’évolution de la production de bioéthanol est nettement moins marquée, la France en produit tout même 4 fois moins que l’Espagne. Le pays compte bien rattraper son retard grâce à 3 mesures : l’augmentation des objectifs d’incorporation fixés par l’Europe, la défiscalisation partielle des biocarburants et l’augmentation des agréments octroyés aux industriels.

La dépendance énergétique pourrait diminuer de 12% d'ici 2008

Le développement des biocarburants ne sera pas sans conséquences. En amont, les agriculteurs devront pouvoir assurer les besoins supplémentaires. Au cœur de la filière, les industriels devront gérer les approvisionnements et les innovations technologiques. En aval, l’enjeu se situera sur la commercialisation des biocarburants et la valorisation des co-produits.

Malgré tout, les biocarburants vont-ils réussir leur challenge ? En 2003, 16,79 millions de tonnes de diesel étaient importées. D’après les estimations, 2 millions de tonnes de diesel pourraient être économisées en 2008, réduisant ainsi de 12% la dépendance énergétique. Sur la limitation des gaz à effet de serre, les filières biodiesel et éthanol devraient permettre d’économiser 7,46 millions de tonnes. « Nous sommes loin des objectifs de Kyoto – 30 millions de tonnes – mais il n’y a pas que les biocarburants pour y répondre. » précise Hélène Morin. La filière devra savoir gérer les risques technologiques, réglementaires, de production et financiers. Les biocarburants sont très dépendants du soutien de l'Etat. « Il faudra assurer la rentabilité pour les acteurs de la filière. » conclue Hélène Morin.


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