Vins/Bordeaux La concurrence mondiale donne le vague à l'âme aux producteurs

AFP

Entre un passé glorieux et un avenir jugé incertain, les producteurs bordelais, atteints de vague à l'âme, s'interrogent sur les moyens de réagir pour préserver leur place historique sur un marché mondial marqué par la surproduction, la stagnation de la consommation et la concurrence féroce des vins du Nouveau Monde.

Symptôme de ce que les uns qualifient de "trou d'air" et les autres de "crise", une conférence-débat sur le thème "Bordeaux restera-t-elle la capitale mondiale du vin?" a récemment réuni les plus grands noms de la place bordelaise à l'initiative du groupe Sud-Ouest. "On ne peut pas prétendre que tout va bien, alors que le tonneau de vin se négocie au-dessous de 1 000 euros", souligne Jean-Marie Chadronnier, président de Vinexpo et PDG de la société Dourthe-Kressman. Selon lui, "il y a une nécessité impérieuse de regarder ailleurs pour voir ce qui se passe et comprendre ce qui marche".
Car, "l'offre de Bordeaux ne correspond plus à ce que recherchent les consommateurs", constate Jean-Michel Cazes, propriétaire du Lynch-Bages, cru classé de Pauillac. Aujourd'hui, seuls les grands amateurs de vins apprécient la complexité des vins de Bordeaux, alors que la grande majorité se perd dans le labyrinthe des millésimes, des appellations et des propriétés. Et finit de plus en plus fréquemment, en moyenne gamme, par choisir la simplicité qu'offrent les vins de cépages du Nouveau Monde.
Même constat de désuétude pour le négoce bordelais, peu adapté à l'évolution de la distribution, marquée par l'explosion de ventes de vins de table en grandes et moyennes surface. "Nous sommes très performants pour la distribution des grands crus classés, avec de fortes valeurs, des petits volumes et une exportation très éparpillée, mais il faut d'autres moyens pour les autres vins", souligne Allan Sichel, le président de l'Union des Maisons de Bordeaux.
"Il faut que tout change pour que rien ne change" et Bordeaux doit s'adapter pour ne pas perdre sa place historique, résume Jacques Berthomeau, chargé de mission de l'Onivins. Pour l'oenologue Denis Dubourdieu, c'est avant tout un effort de qualité qui doit être fait, car, selon lui, "le terroir bordelais n'est pas approprié à la production de raisin rouge à bas prix", du fait de la spécificité de son climat et de ses sols.
Simplifier l'offre, clarifier les classifications, stabiliser les prix, améliorer la communication, figurent parmi les options les plus classiques. L'idée de développer les vins de cépage, de pays ou de table, suscite le plus de polémiques. Dans le sillage de "Mouton-Cadet", "Baron de Lestrac" ou "Malesan", le développement des marques est aussi une tendance à la mode. Les plus iconoclastes proposent de "vendre du Sauternes en outre à vin dans les boîtes branchées de New-York" ou de développer les nouvelles boissons comme le "vin au coca" ou le Bordeaux limé.
Mais, beaucoup, comme Hubert Bouteiller, propriétaire dans le Médoc, redoutent qu'à trop vouloir séduire, Bordeaux "perde son âme". Le vignoble de Gironde couvre 120.000 hectares répartis sur 57 appellations et quelque 12.000 châteaux, avec une production de l'ordre de 6 millions d'hl. Ses grands crus s'exportent dans le monde entier depuis le 18ème siècle.



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