Accord UE-Canada de libre échange La Grèce relance la bataille de la feta

Afp

Bruxelles, 6 mai 2015 (AFP) - La Grèce veut arracher un amendement de l'accord de libre-échange conclu entre l'UE et le Canada en octobre 2013, lui reprochant de ne pas garantir une protection suffisante de la feta, son célèbre fromage, a-t-on appris mercredi auprès des négociateurs grecs et européens.

Le ministre grec de l'Économie, Georges Stathakis, doit saisir jeudi ses homologues du problème lors d'un conseil des ministres chargés du commerce à Bruxelles, ont précisé ces sources. Une source grecque a même agité la menace d'un véto à l'accord qui doit être formellement soumis pour aval en octobre au conseil de l'UE, qui représente les gouvernements, avant d'être ratifié par les parlements.

« Aucune décision de veto n'a été prise à ce stade », a-t-on tempéré au ministère grec de l'Agriculture et de l'Alimentation. « Nous tentons pour l'instant d'obtenir des amendements sur l'accord afin que ce texte ne devienne pas la base des traités à venir avec d'autres pays tiers », en particulier en vue de l'accord de libre-échange actuellement négocié entre l'UE et les Etats-Unis, a-t-on précisé.

Le problème porte sur le niveau de protection accordé à la feta. Si l'UE l'a fait reconnaître comme indication protégée avec 144 autres produits, elle a toutefois dû accepter que les producteurs canadiens actifs sur le marché canadien avant octobre 2013 puissent continuer à commercialiser du fromage sous ce nom, les restrictions d'appellation étant limitées aux nouveaux acteurs de la filière.

« En l'état, c'est une protection zéro », a expliqué la source grecque. La Grèce veut supprimer cette distinction et imposer à tous les fromages concernés d'être étiquetés « comme "de type feta" », a-t-elle ajouté.

La Commission européenne a jusque-là opposé une fin de non-recevoir, soulignant qu'amender cette disposition signifierait rouvrir des négociations « très difficiles ». La solution trouvée « limite fortement l'usage du nom "feta" » par les producteurs canadiens, d'autant que l'UE a aussi obtenu qu'ils ne puissent pas user de symboles trompeurs (drapeaux grecs...), a mis en avant la Commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, dans un courrier au ministre grec obtenu par l'Afp. Elle a relevé que l'appellation feta, comme celles de quatre autres fromages européens soumis au même régime (munster français, gorgonzola, faissina et asiago italiens), sont utilisés depuis longtemps et « par un grand nombre d'opérateurs sur le marché nord américain ».

« La Grèce se réveille tard mais elle a sans doute raison », a commenté un diplomate européen. « La Commission doit nous dire ce qu'elle peut faire, mais il n'est pas question de rouvrir l'accord », a-t-il ajouté.

Le précédent gouvernement grec avait dans un premier temps crié victoire : « Même au Canada, personne ne peut plus appeler un fromage "feta" », s'était félicité en octobre 2013 le ministre de l'époque, Athanassios Tsaftaris. Mais il avait ensuite déchanté et saisi la Commission pour obtenir des modifications dès septembre 2014, selon la même source grecque.

La feta, fromage fabriqué avec du lait de chèvre et de brebis, figure parmi les dix premiers produits d'exportation grecs. Les exportations grecques au Canada représentent environ 10 % du marché local,pour une valeur d'environ 3 millions d'euros.


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net


A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous

Afp