Récoltes La sécheresse affecte sévèrement l'agriculture européenne

AFP

BRUXELLES, 11 août (AFP) - La sécheresse engendrée par la canicule sans précédent qui sévit sur l'Europe va se solder par une baisse quasi généralisée des récoltes et risque d'entraîner une addition salée pour les gouvernements appelés à l'aide par leurs agriculteurs.

Les chiffres provisoires qui commencent à émerger ne laissent pas place au doute: la moisson de cette année sera mauvaise pour les céréaliers de l'Union européenne. "Ce qui est sûr, c'est qu'il y aura des baisses de production. Mais on ignore encore l'ampleur", a-t-on indiqué lundi à la Commission européenne.

La principale confédération agricole de l'UE, le COPA-COGECA table sur des récoltes totales de 197 millions de tonnes pour 2003, en recul de 5,7% par rapport à l'an passé. Ces données sont encore provisoires, mais "d'autres estimations circulent à 192 millions", relève une source communautaire.

En France, première puissance agricole des Quinze, l'Office national interprofessionnel des céréales prévoit une baisse de 15 à 35% des rendements moyens. L'élevage hexagonal souffre également, avec environ un million de poulets morts la semaine dernière, après 300.000 à 400.000 les semaines précédentes, selon la Fédération des industries avicoles.

Seule consolation: les fruits sont de bonne qualité, mais chers, et le millésime 2003 des vins français pourrait s'avérer exceptionnel.

La situation est comparable en Italie. Selon la Coldiretti, l'un des principaux syndicats du pays, la sécheresse affecte environ 35% de la production agricole. Sur le "mercato trionfale", l'un des plus populaires marchés de Rome, le kilo de pêches, de brugnons ou de prunes coûte 3 euros.

En Allemagne, la récolte de céréales devrait à peine dépasser 35 millions de tonnes, soit 11,5% de moins qu'en 2002, année déjà noire du fait des inondations dans l'est et le sud du pays. Rien que pour ce secteur, la Fédération allemande des agriculteurs évalue déjà les pertes à près d'un milliard d'euros.

L'Espagne affiche des estimations voisines avec, selon l'Union des petits agriculteurs (UPA), un manque à gagner global de 800 millions d'euros, des récoltes céréalières en chute de 20% à 14 millions de tonnes et des productions d'huile d'olive et de vin en berne (-10%).

Les perspectives sont tout aussi mauvaises en Autriche (-15% prévus sur les céréales) ou chez les futurs membres de l'UE comme la République tchèque, où le ministre de l'Agriculture Jaroslav Palas prévoit les plus faibles récoltes depuis 1979.

Dans un tel contexte, les Etats se préparent, si ce n'est déjà fait, à mettre la main à la poche.

La France a exclu de prélever dans le portefeuille des contribuables le même "impôt sécheresse" qu'en 1976. Mais le Fonds national de garantie des calamités agricoles (FNGCA), co-financé par les pouvoirs publics, pourrait devoir débourser plus de 100 millions d'euros, selon les professionnels du secteur.

Paris a en outre déjà débloqué 26 millions d'euros, sur 37 annoncés le mois dernier, pour l'aide au transport du fourrage.

Au Portugal, 35 à 40 millions d'indemnités sont prévues pour aider les agriculteurs victimes des incendies catastrophiques à reconstituer leur cheptel. En Italie, le gouvernement a débloqué une aide d'urgence de 9 millions d'euros le mois dernier.

A l'échelle communautaire, l'UE a assoupli les règles d'utilisation des terres en jachère pour le pâturage et autorisé ses Etats membres à augmenter les avances sur les primes aux éleveurs bovins.

Elle devrait autoriser jeudi le paiement anticipé mi-octobre de celles aux céréales. Mais la marge de manoeuvre de Bruxelles reste en dehors de ça budgétairement limitée.

Pour prévenir une envolée des prix internes, le Comité de gestion des céréales de l'Union a suspendu fin juillet jusqu'à nouvel ordre les exportations de blé tendre, d'orge et de seigle.



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