Commerce équitable Les 10 ans en demi-teinte du pionnier du café équitable

AFP

RENNES, 24 juil (AFP) - Dix ans après avoir introduit en France les premiers cafés labellisés "commerce équitable", le torréfacteur Olivier Bernadas, établi près de Rennes, assiste avec une satisfaction mâtinée d'inquiétude à l'essor du concept.

En 1992, à la tête de sa société Lobodis, il vend des cafés pures origines, quand il entend parler de la jeune association Max Havelaar France. Celle-ci défend le principe d'équité entre partenaires économiques et donc d'une rémunération décente pour les producteurs des pays en développement.

D'instinct, Olivier Bernadas "sent" qu'il tient le moyen de faire vivre son entreprise tout en aidant à résoudre la pauvreté. "C'était la chance de faire coller mes idées et mon travail", explique-t-il.

Il part à la rencontre des associations de consommateurs et insiste sur le mot "commerce". Il contacte des entreprises à qui il parle d' "équité". Partout, il répète qu'on peut "être rentable en étant équitable".

A force de conviction, il monte un modeste réseau. En 1993, sous le label Max Havelaar, avec trois coopératives en Haïti, en Bolivie et au Pérou, et un atelier de torréfaction dans un centre d'aide par le travail (C.A.T.) à proximité de Rennes, il conditionne deux à trois tonnes de café par mois.

Aujourd'hui, cet atelier torréfie, moud et emballe 34 tonnes de café chaque mois et Olivier Bernadas travaille avec près de 20.000 producteurs dans sept pays. Son café se vend en grandes surfaces et son chiffre d'affaires s'est élevé à 2.59 millions d'euros en 2002.

"Le commerce équitable a décollé il y a 5 ou 6 ans, surtout grâce aux efforts de communication de Max Havelaar", raconte-t-il. Une enquête Ipsos publiée en novembre montrait d'ailleurs qu'un Français sur trois avait entendu parler du commerce équitable en 2002, contre 24% en 2001 et seulement 9% en 2000.

Parallèlement, d'autres torréfacteurs ont peu à peu suivi son exemple et ils sont aujourd'hui plus de dix sous le label Max Havelaar. Mais certains ne produisent qu'une partie de leur café sous ce label et font leurs marges sur des produits classiques.

"A terme, cela risque de tuer le principe, selon lequel il est possible d'être rentable et équitable", craint Olivier Lobodis.

"Je suis aussi un peu inquiet de l'effet de mode autour du commerce équitable, poursuit-il. On joue beaucoup sur la fibre sentimentale des consommateurs, mais il ne doivent pas acheter dans l'idée d'aider des pauvres. Les consommateurs doivent être convaincus d'être juste, pas charitable".

En payant 1,26 dollars la livre d'arabica, contre 0,6 dollars sur le reste du marché, il ne pense pas faire une bonne action. "J'ai des relations plus saines avec mes producteurs, qui me fournissent du café de meilleure qualité et qui deviennent moins fragiles", dit-il.

Là encore, la médaille a un revers. "En nous développant, il faut veiller à ne pas créer un système à deux vitesses dans les pays partenaires", prévient-il. "Mais cette question existe depuis le début, et pour avancer, il a bien fallu la balayer", relativise-t-il.

Alors, aujourd'hui, pourtant conscient d'avancer sur un fil, il envisage d'ouvrir un second atelier. Et sans une ombre d'hésitation, il affirme, "d'ici cinq ans, je devrais multiplier par dix ma production".



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