Miel Production française divisée par deux par les conditions climatiques

AFP

PARIS, 14 août (AFP) - Pollens grillés, fleurs séchées, nectar évaporé : pour les abeilles, l'été 2003 est synonyme de disette et, pour les apiculteurs, de catastrophe, en particulier dans le sud de la France réputé pour ses miels de lavande, de romarin et de thym dont les récoltes s'avèrent inexistantes.

Les 80.000 apiculteurs français évaluent la récolte de miel, toutes variétés confondues, à moins de 10.000 tonnes cette année, soit une chute de l'ordre de 50% voire 70% par rapport à 2002.

"La sécheresse a accéléré le processus naturel. Des températures constamment supérieures à 30 degrés depuis la fin du printemps, ont très vite grillé les fleurs. Les abeilles n'ont donc eu que très peu de jours pour butiner", explique Jacques Goût qui anime le Musée de l'Apiculture à Châteaurenard dans le Loiret.

Ce phénomène a été notamment constaté dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur qui produit habituellement 4 à 5.000 tonnes de miel. "La floraison de la lavande et du lavandin n'a duré que 4 à 5 jours contre 3 semaines en temps normal. Mi-août, la récolte est déjà terminée alors qu'en général elle débute à cette période", déplore Bernard Oza, apiculteur et président de la coopérative Agricole Provence Miel, implantée à la Roque d'Anthéron (Bouches du Rhône).

"Cette année, ma production de miel de lavandin atteint 600 kilos contre 6 tonnes habituellement. Quant à la récolte de miel de lavande fine, elle est nulle", déclare M. Oza.

Des nuits de gel en janvier et février avaient déjà anéanti dans la région les plants de romarin. Début avril, le gel avait aussi brûlé les bourgeons d'acacia dans le centre de la France (Gâtinais, Val-de-Loire, Yonne, Saône) où la récolte s'est avérée quasi inexistante.

Tilleuls, chataigniers et sapins n'ont pas non plus résisté à la canicule.

"La récolte de ces miels a été divisée par trois, voire réduite à zéro dans certaines régions", confie un responsable de la maison Bernard Michaud, premier conditionneur de miel en France (11.000 tonnes soit 50 à 60% du marché français).

Ce spécialiste constate néanmoins que des régions ont réussi à tirer leur épingle du jeu. La production de miel de tournesol a été ainsi importante en Haute-Garonne et dans le Gers, atteignant 20 à 35 kilos par ruche, indique le responsable des achats de Bernard Michaud.

Sécheresse ou non, la production de miel ne cesse d'ailleurs de diminuer en France --un des principaux pays producteurs européens avec l'Espagne et l'Italie-- en raison notamment de la mortalité croissante des abeilles.

De 32.000 tonnes en 1995, la production est tombée à 25.000 tonnes en 2001 pour une consommation de 40.000 tonnes tandis que la mortalité hivernale des abeilles ne cessait d'augmenter en dix ans passant de 10 à 60%.

Quelque 400.000 ruches doivent être remplacées chaque année pour maintenir le cheptel aux alentours de 1,3 million de ruches.

Le Gaucho, insecticide pour le maïs et le tournesol fabriqué par l'Allemand Bayer, est tenu responsable de cette hécatombe. Mais dans les régions où ils ne sont pas cultivés, "les abeilles meurent également", constate M. Goût.

La France compte 80.000 apiculteurs dont seulement 2 à 3% de professionnels qui possèdent entre 400 et 3.000 ruches. Pour satisfaire la consommation intérieure, elle importe désormais du miel d'Argentine, le miel chinois (premier producteur mondial) étant interdit en France après la découverte de traces d'antibiotiques.



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