Environnement Quand les céréaliers deviennent écolo : des arbres au milieu des épis de blé

AFP

PARIS, 24 juil (AFP) - Imaginez une plaine céréalière comme la Beauce française parsemée de noyers ou merisiers rompant la monotonie du paysage : des chercheurs de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) explorent une technique, l'agroforesterie, favorable à l'environnement.

Des arbres de qualité sont plantés en ligne dans le champ cultivé, à bonne distance les uns des autres (tous les 15 ou 40 mètres) pour permettre le passage des engins mécanisés: épandeurs, moissonneuses batteuses etc.

Ils sont choisis pour ne pas faire trop de compétition aux cultures, qu'il s'agisse de maïs, de blé, de colza, de vigne ou d'asperges... Ils ne doivent en particulier pas faire trop d'ombre: le noyer, qui est l'arbre le plus tardif de France (il bourgeonne en mai) convient bien aux cultures d'hiver. Le cormier, qui procure une ombre légère, convient bien aux cultures d'été. Les racines sont taillées pour plonger en profondeur sous les cultures et pomper l'eau chargée de l'azote des engrais.

"Le champ agricole moderne est souvent un désert écologique, ce qui le rend très fragile face aux attaques de parasites et ravageurs", constate Christian Dupraz, chercheur à l'INRA. Résultat: il faut sans cesse le stimuler avec des engrais et le protéger avec des pesticides, qui se retrouvent dans le sol et les eaux.

Les arbres ont l'avantage d'introduire une foule d'espèces "accompagnatrices", dont certaines vont se nourrir des parasites destructeurs de cultures, ce qui peut permettre de diminuer l'apport de pesticides.

Ainsi le cormier (sorbier domestique) abrite des acariens tueurs d'acariens néfastes pour la vigne (araignées jaunes et rouges).

Pour l'agriculteur, les arbres représentent un revenu supplémentaire. "On plante des arbres de haute qualité, cormiers, noyers, merisiers, qui remplacent en menuiserie et ébénisterie les bois tropicaux importés", explique Christian Dupraz.

Selon les mesures et simulations de l'INRA, en plantant progressivement entre 10 et 20% de sa surface en parcelles agrofournitures, un exploitant agricole met en place un capital de bois de grande valeur, pour une diminution minime de sa production céréalière: moins de 5% sur l'ensemble de la période.

Avec de faibles densités (50 à 100 arbres par hectare, à comparer avec 600 à 1.000 pour une exploitation forestière classique), l'agriculteur conserve en effet une surface de céréales importante. Au bout de 40 ou 50 ans, lorsque les arbres sont récoltés, il reste encore une moitié de surface de champ cultivable.

Le mélange arbre-culture peut-être très efficace, selon l'INRA puisqu'un seul hectare en mélange produit autant que 1,3 hectare cultivé en séparant arbres et céréales.

Reste à convaincre les agriculteurs, convertis massivement depuis plus de 100 ans à la mécanisation qui a fait table rase des arbres et bosquets.

Fabien Liagre, de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture a coordonné une enquête cette année auprès d'une cinquantaine d'agriculteurs de Poitou-Charentes et du Centre.

"Au bout de deux heures d'entretien, un tiers était prêt à se lancer dans un projet", rapporte-t-il. Des dizaines de parcelles sont déjà plantées avec des arbres dans le Bassin Parisien, le Bordelais, en Poitou-Charentes et en Languedoc-Roussillon.

Seule une petite poignée de chercheurs travaille à l'INRA sur ces techniques. Mais au niveau européen, ils sont 70 à plancher dans 8 pays sur le projet d'agroforesterie "SAFE". L'objectif : prendre en compte l'agroforesterie dans l'évolution de la Politique agricole commune vers un meilleur respect de l'environnement et élaborer un projet de directive.



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