L'oenotourisme Un concept en vogue dans le Bordelais

AFP

BORDEAUX, 26 oct (AFP) - "Qui parle anglais parmi vous ?" Personne ne lève la main parmi la quinzaine de viticulteurs studieusement réunis à Capian (Gironde) pour débattre de "la valorisation de l'oenotourisme", un concept en vogue dans le Bordelais dans un contexte de surproduction mondiale et de stagnation des ventes.

Depuis début octobre, le Comité départemental de Tourisme (CDT) de Gironde organise des ateliers d'information dans le Médoc, le Saint-Emilionnais et l'Entre-Deux-Mers. Objectif: sensibiliser les producteurs aux exigences des visiteurs pour développer un tourisme viticole encore balbutiant.

"Auparavant, les viticulteurs bordelais ne s'intéressaient pas au tourisme car ils n'en avaient pas besoin, mais depuis quelques temps, avec le parfum de crise, on sent que les choses changent", souligne une professionnelle du tourisme.

Alors qu'il y a une dizaine d'années, il était quasiment impossible, pour le touriste de passage dans le Bordelais, de visiter des chais au débotté, les différentes appellations rivalisent avec leurs "routes des vins", "journées dégustation" et autres "week-end portes ouvertes".

Dans le Médoc, les grands châteaux, qui ne recevaient autrefois que leurs clients privilégiés, accueillent souvent des groupes en circuits organisés. Face à ces visites de prestige, les petits viticulteurs entendent offrir au grand public "chaleur humaine", "amour du terroir" et "authenticité".

Le potentiel reste énorme: si l'Aquitaine revendique son statut de premier producteur mondial de vins d'appellation, seul un visiteur sur cinq choisit actuellement cette destination par intérêt pour le vin, selon une étude du CDT.

Actuellement, alors que la Gironde compte 8.000 propriétés viticoles, 133.000 hectares de vignes et 57 appellations différentes, le département n'offre que 19 gîtes et 11 chambres d'hôtes "Bacchus", le label des hébergements chez le vigneron.

"Quand j'ai ouvert des chambres d'hôtes en 1994, le moins que l'on puisse dire c'est que les voisins n'étaient pas très convaincus", se souvient Blanche Minvieille, à château Grand-Brannet, dans l'Entre-deux-Mers.

Aujourd'hui, c'est "pari gagné": outre le revenu touristique, les propriétaires bénéficient d'une forte valeur ajoutée en vendant directement les quelques 10.000 bouteilles produites à la propriété.

"Le touriste d'aujourd'hui est le client de demain", souligne Dominique Peyré qui vient d'ouvrir un troisième gîte au "Château La Piolette" (1ères Côtes de Bordeaux). En Alsace, considérée comme une région pionnière du tourisme viticole, la vente directe à la propriété représente près du quart de la commercialisation du vin.

Mais l'accueil des touristes ne s'improvise pas. Surtout que le vignoble bordelais attire une clientèle plutôt haut de gamme, fascinée par la réputation mythique des grands crus.

Actuellement, la pratique des langues étrangères reste insuffisante, les horaires d'ouvertures inadaptés et les prestations pour les dégustations inférieures aux autres régions viticoles françaises, selon une enquête réalisée par l'Agence française d'ingéniérie touristique (AFIT) auprès de 500 visiteurs en Gironde.

Les ateliers du CDT permettent de répercuter ces critiques aux viticulteurs locaux pour provoquer une prise de conscience, puis d'éventuelles améliorations. A commencer par la propreté des verres, considérée comme un point noir dans l'étude AFIT.

Selon les professionnels du tourisme, l'évolution est d'autant plus cruciale que les vins du Nouveau monde, grands concurrents de la vieille Europe, sont déjà très en pointe sur ce créneau porteur.



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