; Réaction des agriculteurs au grand oral des candidats à la présidentielle

Reportage À Besançon, cinq candidats en opération séduction pour agriculteurs indécis

AFP

« Certains sont très à l'aise sur les questions agricoles, d'autres beaucoup moins ! » Cinq candidats à l'élection présidentielle sont venus à Besançon mercredi pour rassurer et séduire les agriculteurs, sans toujours convaincre les indécis lors d'un grand oral suscitant rires et agacement.

Marie-Amélie, agricultrice venue de l'Aveyron, ne s'attendait pas à ce que les candidats « entendent aussi bien ses préoccupations », regrettant toutefois qu'ils n'aient pas tous répondu présents à l'appel du Conseil de l'agriculture française, suite au congrès du plus grand syndicat agricole du pays, la FNSEA.

Sont venus Valérie Pécresse (LR), Marine Le Pen (RN), Éric Zemmour (Reconquête), Fabien Roussel (PCF) et Jean Lassalle. Emmanuel Macron avait, lui, enregistré une vidéo.

Fabrice Faivre, céréalier de Côte-d'Or rencontré à la sortie du congrès, hésitait encore à donner son vote au président sortant ou à Valérie Pécresse, dont il trouve le programme « abouti ». « Si elle s'était exprimée comme Fabien Roussel, ça passerait beaucoup mieux ! Y a pas d'enthousiasme », a-t-il regretté.

Le candidat communiste, premier à se prêter à l'exercice dans un auditoire plutôt réputé à droite, s'est montré très à l'aise, réussissant contre toute attente à séduire les congressistes avec ses thèmes de prédilection, comme la « bonne viande élevée en France ».

« Il m'a surpris par sa spontanéité (...) on n'est pas dans l'idéologie comme Jadot ou Mélenchon, il a vraiment les pieds sur terre », s'est étonné Fabrice Faivre.

Les candidats n'ont d'ailleurs pas épargné les écologistes, Marine Le Pen fustigeant les « Talibans de la verdure », Fabien Roussel la « bien-pensance un peu déconnectée de la vraie vie », Eric Zemmour réclamant même « d'éduquer » les néo-ruraux.

« L'Europe décide de tout »

L'un après l'autre, les candidats ont fait miroiter toute une liste de promesses taillées sur mesure pour cet électorat, notamment face à la flambée des prix des matières premières.

Plusieurs agriculteurs interrogés à la sortie du palais des congrès de Micropolis confiaient toutefois ne pas savoir pour qui voter.

« On voit que certains candidats sont très à l'aise sur les questions agricoles, d'autres beaucoup moins! (...) Y en a qui brodent, c'est de la politique, comme a dit Jean Lassalle », souriait Benoit Davin, 49 ans, agriculteur dans l'Aisne.

L'inclassable élu béarnais a été accueilli comme une rock star au pupitre par ses « frangins » agriculteurs, ravis de « se marrer avant l'apéro », emportant une salle hilare avec ses anecdotes quitte à en oublier par moment son programme.

Avant lui, Éric Zemmour a été reçu plutôt fraîchement par le public, avec des yeux levés au ciel quand le candidat d'extrême droite évoquait des paysans malmenés par l'État « jusqu'au désespoir et au suicide ».

Un cri de « facho » a même retenti tandis qu'il détaillait sa volonté de « rendre son droit à la légitime défense » pour les agriculteurs attaqués, selon lui, « par des bandes étrangères ».

« Ils disent tous "Moi je, moi je" comme s'ils allaient changer les choses, mais on sait bien que c'est l'Europe qui décide de tout aujourd'hui », estimait Jérôme Guez, producteur de lait à comté à Dambelin dans le Doubs, en haussant les épaules.

« Personne n'a réussi à me convaincre », disait sa femme Pascale, qui a eu du mal à croire en la sincérité des candidats aux élans électoralistes. Leur vote à tous les deux ? Probablement blanc au premier tour, le 10 avril.


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