Fnsea Il ne faut espérer aucun redressement des revenus agricoles en 2014

Terre-net Média

Le président de la Fnsea, Xavier Beulin, dresse un panorama assez sombre de la situation de l'agriculture française. Elle n'est pas épargnée par le sentiment de sinistrose qui affecte l'ensemble de l'économie.

Xavier Beulin, président de la Fnsea.Xavier Beulin, président de la Fnsea. (©Terre-net Média)Après l’annonce, par l’Insee d’une baisse de 20,4 % des revenus agricoles en 2013 par rapport à 2012, le président de la Fnsea ne présage aucune amélioration pour cette année.

Devant des journalistes de la presse agricole, Xavier Beulin a même déclaré redouter les réactions des agriculteurs à la rentrée lorsqu’ils commenceront à faire le bilan de leur année. « L’automne pourrait être chaud ».

Les prix agricoles sont inférieurs à l’an passé excepté ceux du lait. Et la guerre des prix dans la grande distribution accentue les risques de déflation, et par conséquent de nouvelles baisses pour les agriculteurs.

Par ailleurs, les agriculteurs vont se rendre compte dès la rentrée, des premiers effets de la réforme de la Pac lorsqu’ils vont recevoir leurs aides. Enfin, à ces difficultés conjoncturelles s’ajoutent les manques à gagner des paysans confrontés aux épisodes de sécheresse et de grêles après les inondations de l’hiver. Ces phénomènes climatiques génèrent une grande hétérogénéité des rendements en céréales et en fourrages. Un tiers du territoire national est concerné.

Directive nitrates : la France n'est plus isolée

La simplification réglementaire maintes fois revendiquée, et encore promise lors des états généraux de l’agriculture de février dernier, se traduit dans les faits par de nouvelles réglementations ! La nouvelle directive nitrates va être mise en œuvre. 1.000 nouvelles communes sont entrées en zone vulnérable sans réelle possibilité d’envisager un déclassement dans les prochaines années, si le niveau de nitrates est revenu à la normale. Mais la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, a assuré qu’elle se battrait pour que le territoire soit « redéclassé » quand la qualité des eaux serait redevenue satisfaisante, rapporte Xavier Beulin.

Le président de la Fnsea souligne cependant que la France n’est plus seule pour dénoncer les excès de zèle de la Commission européenne. Selon lui, des initiatives sont prises dans différents pays européens pour revoir les fondamentaux de la directive nitrates.

Plutôt que d’imposer de nouvelles réglementations et de nouvelles normes, Xavier Beulin revendique une approche pragmatique de la résorption des excédents de nitrates dans les cours d’eau et les nappes phréatiques. Il souhaite que l’on passe d’une obligation de moyens à une obligation de résultats assise sur des actions concrètes et localisées.

En Allemagne, bataille contre le salaire minimum

Les distorsions sociales dénoncées conjointement par la France et la Belgique ne sont pas prêtes d’être résorbées. Le quotidien Le Monde relate dans son édition du 2 juillet dernier les négociations entamées par les représentants professionnels agricoles et agroalimentaires pour retarder l’entrée en vigueur du salaire minimum. Les salariés des abattoirs devraient se contenter d’un salaire minimum horaire de 7,75 € pendant quelques mois et non pas de 8,50 €.

Et dans le secteur agricole proprement dit, « les employeurs tentent de contourner la loi en incitant leurs salariés à se transformer en "faux indépendants" pour les payer à la pièce et non plus à l’heure », toujours selon Le Monde. Pour les saisonniers, les employeurs seraient autorisés à déduire du salaire minimum les frais d’hébergement et de nourriture.

En fait, la situation morose de l’agriculture est aussi celle de l’ensemble de l’économie française. La croissance n’est pas au rendez-vous et pour de longs mois encore. Xavier Beulin attend une accélération de la mise en œuvre du pacte de responsabilité et de la baisse des charges sociales qui en découlera.

L’époque est malvenue de complexifier la réglementation en vigueur comme l’ont rappelé huit organisations patronales dans leur appel lancé le week-end dernier dans le Journal du dimanche. Aussi, Xavier Beulin se réjouit que le premier Ministre, Manuel Valls, reporte l’application des décrets prévus sur la pénibilité : ils n'ont « pas été assez travaillés et sont aujourd’hui inapplicables et coûteux » dans les petites entreprises.

A ce jour, le compte de pénibilité ne s’appliquerait que pour le travail de nuit, posté, répétitif et en situation hyperbare. Et le secteur agricole serait globalement épargné par ces nouvelles dispositions compte tenu de la diversité des taches accomplies par les salariés agricoles dans les exploitations en une seule journée de travail. Peu de taches sont « postées » durablement pendant des heures.

Mais au vu des difficultés rencontrées pour obtenir la moindre satisfaction sur le front des revendications, de nouvelles journées d’actions, comme celle du 24 juin dernier, ne sont pas exclues. Son bilan est même positif, selon le président de la Fnsea.

Les rendez-vous des prochaines semaines 

Le président de la Fnsea compte sur la prochaine conférence sociale du 7 juillet prochain « pour donner une orientation plus économique et sociale compte tenu de la situation économique de la France. Les investissements sont en baisse, la déflation menace et on a besoin d’une restauration de confiance avec une durée d’engagement ».

Xavier Beulin espère par ailleurs que la prochaine rencontre inter-ministérielle - agriculture, économie et commerce - permettra de rééquilibrer les rapports de force entre les fournisseurs et la grande distribution mais aussi d'abolir le comparateur de prix et de mettre fin à des pratiques contractuelles qui incluent des clauses de revoyure abusives.   


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