; Attentes des syndicats agricoles concernant la transition agro-écologique

Pour le monde agricole Concilier souveraineté alimentaire et ambition verte, « c'est possible »

AFP

Face aux défis environnementaux, affichés comme une priorité du second mandat d'Emmanuel Macron, la France agricole veut concilier souveraineté alimentaire et transition agro-écologique, ce qui signifie « produire plus » et « plus durable » pour le syndicat majoritaire FNSEA.

L'urgence climatique, qui met le monde agricole à rude épreuve, avec des épisodes de plus en plus violents de gels ou de sécheresses, « s'est imposée à tous », affirme la présidente de la FNSEA Christiane Lambert. Elle reste toutefois circonspecte quant à l'intention d'Emmanuel Macron de charger le futur Premier ministre d'une « planification » écologique, concept cher à Jean-Luc Mélenchon : « En campagne, les candidats ont de grandes oreilles et des idées nouvelles. Je n'ai pas encore eu l'occasion de voir ce qu'il y avait derrière cette annonce », commente-t-elle. « Il faut une approche environnementale qui soit pragmatique, basée sur la science et des études d'impact, et sur le même terrain que nos voisins européens », plaide-t-elle.

Elle réaffirme ses priorités, qui sont aussi des axes empruntés par le gouvernement sortant : voir imposer au niveau européen des « clauses miroirs », pour éviter les distorsions de concurrence de pays moins-disant au plan environnemental, « ne pas importer une alimentation que nous ne voulons pas chez nous », et obtenir « un repositionnement de la stratégie du pacte vert européen de la Ferme à la Fourchette (Farm to Fork) ».

« Certains voyaient le monde comme un grand supermarché, avec du soja moins cher importé d'Asie et du poulet brésilien. La crise du Covid et la guerre en Ukraine imposent de mettre en cohérence la stratégie "Farm to Fork", qui prévoit une diminution de la production agricole européenne, avec la nécessité de la souveraineté alimentaire », a-t-elle affirmé, rappelant que la France importait encore la moitié de ses fruits et 60 % des poulets consommés dans les cantines du pays.

« Repenser l'agriculture »

« La population mondiale augmente, nous avons besoin de produire plus. On peut produire plus et mieux avec moins d'impact (environnemental). C'est possible, grâce à des techniques nouvelles, des innovations », a-t-elle dit, en référence à la « troisième révolution agricole » souhaitée par Emmanuel Macron, et basée sur numérique, robotique et génétique via la sélection variétale des céréales notamment. S'ils s'accordent sur la nécessité d'une transition agro-écologique, les syndicats suggèrent des voies radicalement différentes.

« Les rendements en blé en France plafonnent depuis dix ans, les sols sont épuisés, on ne sait plus produire plus. Pour espérer répondre durablement à la demande alimentaire, il faut repenser l'agriculture », affirme Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne (3e syndicat). Il faudra accepter de produire « un peu moins à court terme », mais « mieux à long terme ». Pour cela, son syndicat défend « une grande loi foncière », qui consacre la vocation alimentaire des terres agricoles et répartisse mieux la terre et l'eau entre les paysans, en favorisant l'installation de nouvelles générations, alors que plus de la moitié des quelque 400 000 agriculteurs sont susceptibles de prendre leur retraite d'ici cinq ans.

La Coordination rurale (2e syndicat) souhaite un « fonds financier cadré par l'Etat pour gérer l'achat de terres » et plaide pour un soutien fort à l'élevage, qui devra être « plus extensif ».

Tous estiment que les exploitations en polyculture-élevage sont mieux armées face à la crise : pour produire du fourrage destiné aux bêtes lesquelles fournissent des effluents qui permettent de fertiliser les terres et de réduire la dépendance aux engrais azotés, dont les prix ont triplé depuis le début de la guerre en Ukraine.

Face à la flambée des matières premières agricoles, qui « devra être répercutée » au consommateur, la FNSEA défend un « chèque alimentaire » à destination des « 5,5 millions de personnes qui ont du mal à boucler les fins de mois », une promesse déjà faite par le candidat Macron.

Alors que l'agriculture représente 19 % des émissions de gaz à effet de serre en France, la FNSEA vante les efforts entrepris via des « transitions bas-carbone », qui ont permis de capter « 700 000 tonnes de CO2 » grâce à la plantation de haies, la rotation des cultures, la réduction des produits phytosanitaires ou l'installation de prairies permanentes. Pour accélérer le mouvement, le syndicat propose de mettre en place un « crédit d'impôt pour les entreprises qui compensent leurs émissions en France ».


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