Pac 2014/2020 et loi d'avenir Deux politiques « clownesques » sans rapport avec les attentes de l'Opg

Terre-net Média

Pour l’Organisation des producteurs de grain, section spécialisée de la Coordination rurale, ni la réforme de la Pac, ni la loi d’avenir ne leur donnent les moyens de produire plus avec moins de contraintes.

Nicolas Jacquet, Opg Lors de son intervention, Nicolas Jacquet, président de l'Opg a ridiculisé les politiques agricoles dont sont victimes les céréaliers en portant un nez de clown sur son visage. Les résultats du sondage auquel ont répondu 600 sympathisants et adhérents, confirment la ligne syndicale de l'organisation pour les mois à venir. (©Coordination rurale)A Clos-Fontaine (77), la dimension fédérative du congrès de l’Organisation des producteurs de grains du 30 janvier 2014 n'était pas apparente puisque 40 délégués étaient présents mais elle s'est manifestée par le nombre de participants au vote en ligne lancé quinze jours plus tôt par la section spécialisée de la Coordination rurale (CR) puisque 600 personnes ont répondu. 

Et un an après les élections aux Chambres d’agriculture, ce sondage tombait à pic. Il a même eu deux vertus. La première, celle de prendre le pouls du terrain pour savoir si l’Opg/CR, le syndicat d’opposition aux politiques agricoles « clownesques » conduites à Paris et à Bruxelles, est toujours en phase avec ses sympathisants et ses adhérents. Et la seconde, celle de montrer que la section spécialisée de la CR n’est pas celle d’un président, Nicolas Jacquet, mais bien d’adhérents et de sympathisants qui partagent à plus de 85 % la feuille de route du syndicat dans un contexte de baisse de revenu.

A la lecture des résultats du vote en ligne, il apparaît, qu’après une réforme de la Pac et une loi d’avenir pour lesquelles la section spécialisée et la CR ont régulièrement exposé leurs divergences, la flamme syndicale n’est pas éteinte. Et ce qui n’a pas été obtenu fera l’objet de nouvelles campagnes de revendications.

Supprimer le « privilège des organismes stockeurs »

Ainsi, favorable à la suppression de tout ce qui peut constituer une entrave à leur profession de céréalier, l’Opg militera encore en faveur de la suppression du « privilège des organismes stockeurs » « qui n'existe dans aucun autre pays de l'UE ». « 96 % des céréaliers interrogés demandent de pouvoir vendre librement leurs récoltes aux éleveurs ou de manière générale à tout acheteur, sans passer par un intermédiaire », défend Nicolas Jacquet, résultats du sondage en main.

« De meilleurs prix de vente de leurs produits plutôt que davantage d’aides » reste aussi une revendication forte pour l’Opg, approuvée par 95 % des sondés.

Lucien Bourgeois, économiste, devant les céréaliers de l'opg réunis en petit comité.Lucien Bourgeois, économiste, devant les céréaliers de l'Opg réunis en petit comité. (©Coordination rurale.)Le rééquilibrage des grandes cultures en faveur des oléoprotéagineux plutôt que la spécialisation en blé pour l'exportation vers les pays tiers est aussi défendu par 93 % des répondants au vote en ligne.

Opposition à la taxation des semences fermières

Enfin, l’Opg et la CR considèrent que la redistribution des aides en faveur de l’élevage ne sera pas une solution au problème des revenus des éleveurs. Pas plus que ne le sera l’enveloppe de 2 % de crédits de la Pac réservée au développement de la production de protéagineux.

De la même façon, c’est en s’appuyant sur les 85 % d’agriculteurs qui « désapprouvent la volonté gouvernementale de renforcement du contrôle des structures et du droit de préemption des Safer » que l’Opg et la CR continueront à faire pression pour que le projet de loi d’avenir pour l’agriculture soit revisité par les sénateurs lorsque le texte leur sera soumis.

Et avec 80 % d’avis favorables environ, le sondage conforte le syndicat dans son opposition à la taxation de l’utilisation de semences fermières et à la préférence donnée aux produits de protection des plantes sous brevet.

Toutes ces prises de positions s’inscrivent en porte à faux avec celles de la Fnsea plusieurs fois décriée !

Analyse de la Pac depuis 20 ans

Ce 30 janvier, à Clos-Fontaine, seuls les 40 représentants départementaux de l’Opg ont écouté et apprécié l’analyse de Lucien Bourgeois, ancien économiste de l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture, sur la Politique agricole commune conduite depuis 20 ans.

Préférer « des prix aux aides et s’opposer aux découplages » sont deux revendications historiques de la CR qui ont trouvé écho dans les propos tenus par l’économiste reconnu pour son indépendance d'esprit. « En concentrant les aides à la surface et sur l’exploitation, la Pac crée des chômeurs », ajoute Maurice Bourgeois. Et l’argent public versé est de mauvais augure en cette période de restriction budgétaire.   

« Enfin, la politique de déconnexion de soutien des prix des marchés est difficile à expliquer au niveau économique ». Dit autrement, elle est un non sens. « Ne pas mettre les paysans au contact du marché, je ne comprends pas que l’on fasse cela dans une économie libérale ! ».

Revenant sur la réforme de la Pac appliquée en 2015, Lucien Bourgeois a déclaré que « la priorité au verdissement des soutiens de la Pac après 2015 ne se justifiait pas ». Et comparé aux politiques de soutien des autres puissances économiques, le budget de la Pac pour 2014/2020 est bien réduit à peau de chagrin. Même si c’est pourtant la crise économique qui a conduit les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept à la préserver pour ne pas déséquilibrer des pans entiers des économies nationales avec davantage de sans emplois sur le marché du travail. 

Enfin, en soulignant la dichotomie entre les discours sur la mondialisation des échanges de produits agricoles et la réalité des chiffres, Lucien Bourgeois a conforté les positions de l’Opg, chiffres à l’appui. « C’est la sécurité des prix qui contribue à augmenter la production agricole des pays pour renforcer la sécurité alimentaire et non le développement des exportations ». Autrement dit, « plutôt que de chercher à imposer un taux de protéines des blés de 11,5 % pour que la France soit compétitive à l’export, pourquoi, là encore, ne pas prioriser la culture de protéagineux afin de réduire la dépendance de l’Union européenne aux importations de soja », a ajouté pour sa part Nicolas Jacquet.


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