Sanctions américaines Didier Guillaume : L'Europe doit rester « soudée »

AFP

« Le premier objectif, c'est que l'Union européenne soit soudée », a indiqué jeudi sur Radio Classique le ministre français de l'agriculture, Didier Guillaume, en réponse aux sanctions décidées par des Américains « malins, qui veulent diviser l'Europe ».

« Les Américains ont été malins car ils veulent diviser l'Europe », a-t-il regretté. « Chez nous, ils taxent le vin, c'est une catastrophe pour la viticulture, en Italie c'est le fromage. Ils n'ont pas touché le champagne, le cognac, les grands vins dans lesquels il y a des ressources, mais le vin d'entrée de gamme, celui dans lequel il n'y a pas beaucoup de revenus pour les viticulteurs ».

« Le premier objectif, c'est que l'UE soit soudée. Lundi, au conseil des ministres de l'agriculture, je vais présenter fortement au nom de la France et de l'UE une demande pour que la Commission s'investisse là-dessus », a-t-il encore indiqué. « Il faut que la Commission européenne aide ses filières si les taxes doivent arriver. Sinon, ce sera la fin de beaucoup de secteurs » de la filière viticole.

20 % des volumes de vins français exportés partent aux Etats-Unis, et le pourcentage est encore supérieur en valeur, a expliqué lors d'un point presse Jérôme Despey, président de la commission viticole de la FNSEA. « Toutes les régions sont concernées, avec bien sûr des impacts plus forts sur certaines », a-t-il précisé, évoquant notamment le Beaujolais nouveau. « Là où ça fait mal, aussi, c'est le rosé », a indiqué Jérôme Despey, en soulignant que 50 % des vins de Provence sont exportés vers les Etats-Unis. Demandant à la France et à l'Union européenne de négocier « pour éviter cette sanction », il a également appelé à « tout faire pour reporter la date du 18 octobre », à laquelle les sanctions américaines sont censées entrer en application, « pour nous permettre de nous retourner et de voir avec notre pays les éléments de compensation avec l'Union européenne ».

Des signes d'arrêts de commandes 

Parmi ces possibles compensations, un fonds de crise qui existe au sein de la Commission européenne : « il faut l'activer, c'est une demande qu'on a déjà formalisée » auprès de Bercy, a déclaré Jérôme Despey au sujet de ce fonds lié à la Pac, déjà activé par le passé lors de crises laitières. « C'est à l'arrivée et au dédouanement des containers que la taxation doit s'appliquer, donc il peut y avoir des commandes antérieures (à la décision des sanctions américaines), qui aujourd'hui sont sur l'océan et qui vont être affectées », a ajouté Jérôme Despey.

Les tensions entre l'Europe et les Etats-Unis ont brutalement resurgi le 2 octobre lorsque Washington a annoncé vouloir frapper 7,5 milliards de dollars de produits européens de tarifs douaniers punitifs, après avoir reçu le feu vert de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dans le cadre d'une bataille juridique de 15 ans entre Boeing et Airbus.

« La France est concernée principalement par l'industrie aéronautique, ensuite par les vins et les fromages », a indiqué le secrétaire d'État aux affaires étrangères Jean-Baptiste Lemoyne après avoir reçu à Bercy les représentants des principales filières visées.

Les vins et spiritueux français ont trouvé l'an dernier leur premier débouché aux États-Unis, avec 18,29 millions de caisses de douze bouteilles vendues pour 1,6 milliard d'euros. « Il pourrait y avoir une contre-taxe européenne, nous sommes entrés dans une bagarre économique avec les Etats-Unis de M. Trump. Ces décisions ne mèneront à rien. L'unilatéralisme voulu par Trump, voilà ce que ça donne », a conclu Didier Guillaume.


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