[Décryptage] A Clermont-Ferrand F. Hollande a visité un Sommet de l’élevage, du désarroi et de l’impatience

Terre-net Média

La visite de François Hollande, président de la République, accompagné par ses deux ministres de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Stéphane Le Foll et Guillaume Garot, était attendue par un public pas toujours acquis cependant. Les mesures décidées pour décliner la réforme de la Pac au profit des éleveurs ne sont pas suffisantes pour redonner de l’espérance à des filières meurtries. Même si la promesse d’un rééquilibrage a été tenue.

François Hollande, président de la République, venu en voisin visiter le Sommet de l'élevage à Clermont Ferrandt.François Hollande, président de la République, venu en voisin visiter
le Sommet de l'élevage à Clermont-Ferrand. (©Terre-net Média)

Le Sommet de l’élevage est cette année le sommet des contradictions et des attentes des éleveurs. Avec 1.250 exposants et 85.000 visiteurs attendus, le salon reflète l’excellence de l’élevage français et les récents succès commerciaux remportés à l’international avec des exportations extracommunautaires d’une large gamme de bovins viande, vifs et abattus. Le 2 octobre dernier, le Sommet s’est aussi ouvert dans un contexte de prix plutôt favorable avec des producteurs toujours aussi nombreux et passionnés pour exposer leurs plus belles bêtes. Ils savent qu’elles font la renommée de l’élevage français.

Mais avec la visite annoncée de François Hollande, président de la République,  le Sommet de l’élevage est aussi celui de l’impatience, des attentes et des désarrois des éleveurs d’ovins et de bovins. Ils ont les revenus les plus faibles de la profession agricole alors qu’ils subissent les contraintes de production les plus importantes », n’a pas manqué de rappeler le chef de l’Etat en préambule de son discours prononcé au terme de sa visite.

Ancien député de Corrèze, le président de la République, accompagné par ses deux ministres de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Stéphane Le Foll et Guillaume Garot, est venu en voisin à Clermont-Ferrand. Il y a retrouvé des responsables agricoles et des éleveurs qu’il connaît bien et qui le connaissent, mais le public présent ne lui était pas majoritairement acquis. François Hollande et ses ministres étaient très accessibles avec le risque assumé d’être apostrophés en déambulant dans les allées.

Pour la plupart des producteurs, il était important de garder un  souvenir de la visite présidentielle en prenant en photo François Hollande car « c’est quand même le président ! ».

François Hollande annonce les choix de la France pour décliner la réforme de la Pac en 2015.François Hollande annonce les choix de la France pour décliner la réforme
de la Pac en 2015. (©La présidence de la République.)
 

« Le prix du lait n’est pas assez élevé ! 35 centimes le litre, ce n’est pas suffisant ! A quand un prix moyen annuel de 38 centimes ? », interroge un éleveur de Haute-Loire. Il est loin d’être le seul à partager cet avis à entendre les huées et les sifflements de ses collègues lorsque le président était sur le ring du hall réservé aux vaches laitières. Mais des sifflements émanaient également de militants Ump, venus jouer les trouble-fêtes ont signalé Guillaume Garot, ministre de l’Agroalimentaire mais aussi des conseillers du ministre de l’Agriculture.

Mais nombreux sont aussi les éleveurs qui ont déploré ne pas avoir échappé à la hausse des impôts et qui sont victimes d’une réglementation excessive. « Il faut du courage pour s’installer aujourd’hui en production de bovins viande », a expliqué au président de la République un jeune agriculteur qui reprend la ferme familiale (80 vaches allaitantes) suite au décès de son père.

Il y a urgence ! Le monde de l’élevage est désabusé et découragé. Les éleveurs optimistes sont rares. Plus nombreux étaient les impatients dans l’attente des annonces présidentielles sans beaucoup d’espérance cependant. 

Mais le ras-le-bol des éleveurs est aussi tout simplement celui de la majorité des Français victimes de la crise et du chômage dont ils rendent le gouvernement et la majorité socialistes au pouvoir responsables alors que la crise dure depuis cinq ans !

Les choix du président de la République pour décliner au niveau national la réforme de la Pac sont ceux de « l’emploi, de l’équité  et de la modernisation » avec la volonté d’accentuer le rééquilibrage des aides en faveur des éleveurs, d'environ un milliard d'euros, entamé lors de la mise en place du bilan de santé. Mais si le budget a bien été négocié en février 2013, reconnaît l’ensemble de la profession, il est en baisse de 10 % environ.

Dès les annonces faites, les réactions de tous bords ont plu. Compte tenu des choix opérés par le gouvernement,  le camp des mitigés semble l’emporter sur celui des très contents et des déçus. Mais dans tous les cas de figure, « il y a péril si rien n’est fait » , a défendu le président de la République avec comme conséquence des conversions massives pour produire des céréales et des territoires désertés.

Vaches salers nires et maron. L'éxcellence de l'élevage français au Sommet de l'élevage à Cournon.Vaches Salers noires et marrons. L'excellence de l'élevage français
au Sommet de l'élevage à Cournon. (©Terre-net Média)
Comme la convergence est partielle, proportionnelle et progressive  et qu’un plan de modernisation sera financé à hauteur de 200 M€, le scénario du gouvernement est plus proche de l’acceptable que de l’inacceptable pour la Fnsea. La redistribution revendiquée par les syndicats minoritaires est acquise mais elle sera moins forte et mieux répartie car elle prendra en compte une nouvelle définition de l’actif agricole qui favorisera la constitution de gaec. Enfin, le couplage portera sur 13 % de l'enveloppe des aides du premier pilier.

Les éleveurs présents durant le discours dans la salle de congrès du Sommet étaient satisfaits après avoir entendu les annonces du président de la République. Mais il reste à savoir si l’ensemble des décisions sont cohérentes et permettent de fixer un cap pour l’élevage et l’agriculture français et si la France a par conséquent bien profité des possibilités qu’offre l’accord de la Pac.

Ceci dit, aucun redéploiement d’aides, aussi avantageux qu’il soit, ne sera bénéfique sans une réorganisation des filières animales pour mieux répercuter les charges sur les prix des éleveurs et préserver les marges.

En fait, pour le gouvernement, la déclinaison de la Pac et les choix réalisés ne sont qu’un élément de la politique globale conduite depuis 2012, qui profite aux agriculteurs même s'ils n’en voient pas le bénéfice immédiatement ; avec la tentative de concilier économie et compétitivité sans renoncer à l’écologie.

Il s’agit par exemple de la simplification des règles environnementales et l’instauration d’un  régime d’enregistrement en production porcine ou encore fiscalement, l’instauration de déductions pour aléas (Dpa). Les lois sur la consommation et bancaire visent à améliorer les rapports commerciaux entre les industries et à limiter la spéculation. Les agriculteurs employeurs bénéficient aussi du Cice et les exonérations de charges pour les travailleurs occasionnels sont préservées. Enfin, le projet de loi d’avenir pour l’agriculture complètera la mise en œuvre de la Pac.

Mais sans prix rémunérateurs, l’ensemble des dispositifs n’auront aucun effet. Et c’est ça que les éleveurs ont rappelé au gouvernement. Mais certains oublient que le président de la République n’a pas le pouvoir de fixer les prix du lait ou de la viande bovine!


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