Agriculture et société Faire muter la communication agricole aussi vite que les pratiques

Terre-net Média

Entre la caricature bucolique de Martine à la ferme et les vidéos de L214, l’image que le grand public se fait de l’agriculture ne s'appuie pas toujours sur la réalité du terrain. Pourtant, comme le montrent systématiquement les enquêtes d’opinion, les Français restent attachés à leurs agriculteurs. Les initiatives de communication agricole positive doivent donc se développer et prendre de l'ampleur. Dans une note rédigée pour le think tank Agr’idées, le politologue Eddy Fougier liste un certain nombre de leviers pour accélérer cette mutation.

Comment amplifier la communication positive des agriculteurs ? Le politologue Eddy Fougier formule plusieurs recommandations pour Saf Agr'idées.lComment amplifier la communication positive des agriculteurs ? Le politologue Eddy Fougier formule plusieurs recommandations pour Agr'idées. (©Terre-net Média/Pixabay) 

De plus en plus urbains et déconnectés du monde agricole, où ils avaient davantage d’attaches il y a encore 30 ou 40 ans, les Français manquent de concret pour se représenter l’agriculture. Parallèlement, les questions et inquiétudes sur les conséquences sanitaires de l’alimentation se développent, contribuant à tendre la relation entre les agriculteurs et les consommateurs, les médias grands publics renforçant cette dynamique en se concentrant, aux heures de grande écoute, sur les dysfonctionnements du système agricole conventionnel.

Face à ce qu’ils dénoncent comme de l’agribashing, les agriculteurs ont réagi, depuis quelques années, en développant une communication positive sur les réalités du métier, les évolutions et les progrès qui ont été réalisés au cours des dernières décennies. Il apparaît cependant nécessaire de donner plus d’ampleur à ce message. Dans une note rédigée pour le think tank agricole Agr’idées et publiée en mai dernier, le politologue Eddy Fougier formule ainsi plusieurs recommandations en ce sens.

Une communication qui manque encore d’anticipation

Au fil du temps, le monde agricole est sorti de l’entresoi, mais cette dynamique doit se poursuivre pour montrer toute la complexité et la diversité de ses métiers mal connus et parfois méprisés. Les jeunes sont cependant de plus en plus nombreux à porter des initiatives de communications positives. Cette communication agricole doit par ailleurs se développer en complémentarité avec la parole syndicale, explique Eddy Fougier, ce qui permettrait une meilleure réception par le grand public.

D’autre part, les sujets de communication doivent être mieux anticipés. « Il est évident que le monde agricole a sous-estimé les préoccupations croissantes au sein de l’opinion publique relatives à la santé, à l’environnement, au climat et au bien-être animal, ainsi que la montée des critiques vis-à-vis de certaines pratiques et activités de la part d’organisations de la société civile et leur impact sur les médias, sur la prise de décision publique et sur une partie des Français, en particulier les jeunes générations. », rappelle le politologue dans sa note. Il invite ainsi le monde agricole à développer la veille pour anticiper davantage les sujets d’inquiétude et d’interrogation qui peuvent émerger au sein de la société.

Quels leviers ?

Si les agriculteurs se montrent avides de formation à ces sujets, les attentes se portent surtout sur les éléments de langage. La formation aux outils de communication est cependant indispensable pour mieux échanger avec le grand public.

Au-delà des techniques, les agriculteurs qui communiquent doivent se regrouper pour avoir plus de poids, sans oublier de partager les initiatives qui fonctionnent. Il existe en effet un « besoin de centralisation et de diffusion de l’information relative aux différentes actions de communication positive », souligne Eddy Fougier.

Pour plus d'informations, regardez ci-dessous la vidéo du débat organisé par le Syrpa et Agridées lors de la sortie de cette note sur la communication positive :

Indicateurs, fact-checking, fermes ouvertes…

Les enquêtes d’opinion constituent une base intéressante pour jauger l’image de l’agriculture dans la société, mais au-delà, des « indicateurs annuels ou périodiques permettant de mesurer la performance, notamment environnementale ou climatique, de l’agriculture française seraient utiles à la connaissance réciproque des deux parties », et permettraient de renforcer la confiance des Français vis-à-vis de l’agriculture, estime le politologue.

Le monde agricole peut également s’appuyer sur le « fact-checking » pour rétablir la vérité concernant les pratiques, souvent décriées dans des reportages à charge et inquiétants pour le grand public. C’est d’ailleurs la raison d’être du site Decodagri.  

Enfin, pour approfondir la relation entre les agriculteurs et les consommateurs, les initiatives comme les fermes ouvertes, les journées nationales de l’agriculture, pourraient être encouragées et développées.


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