Les évêques rencontrent les agriculteurs [Interview] Mgr P. Mousset : « On ne peut pas laisser les agriculteurs seuls »

Terre-net Média

Lundi 29 février 2016, une délégation d’une quinzaine d’évêques de toute la France est venue à la rencontre des agriculteurs au Salon de l’agriculture. Une première ! Trois questions à l’un deux : Monseigneur Philippe Mousset, évêque de Périgueux et Sarlat.

Monseigneur Philippe Mousset est évêque de Périgueux et Sarlat, en Dordogne. Il est fils d’agriculteur et a effectué des études agricoles avant de devenir prêtre puis évêque.Monseigneur Philippe Mousset est évêque de Périgueux et Sarlat, en Dordogne. Il est fils d’agriculteur et a effectué des études agricoles avant de devenir prêtre puis évêque. (©Terre-net Média)

Des évêques en col romain qui déambulent dans les allées du salon de l'agriculture: l'image est quelque peu insolite. Venus des quatre coins de France, 15 représentants de l'Eglise sont venus échanger avec les agriculteurs pour leur apporter leur soutien face aux difficultés économiques et sociales. Mais si l'Eglise se donne une mission d'écoute auprès du monde agricole et rural, le Saint-Esprit restera malheureusement impuissant face à la crise agricole. Amen!

Terre-net : C’est la première fois que des évêques viennent au Salon de l’agriculture rencontrer le monde agricole. Quel est le sens de cette visite ?

 Mgr Philippe Mousset : Vu la crise qui se vit dans le monde agricole et rural, il nous a semblé important de manifester notre soutien, notre reconnaissance et notre proximité en ces temps un peu difficile. Pendant notre visite, nous avons été très surpris de l’accueil que nous ont réservé les agriculteurs. Ils sont contents d’être écoutés, reconnus, sans aucun jugement.

Terre-net : Quel regard portez-vous sur le monde agricole et ses difficultés ?

Mgr Philippe Mousset : Les questions et les enjeux que se posent les agriculteurs dépassent largement le cadre de leur profession. Il ne faut pas laisser les agriculteurs seuls face à de tels enjeux. D’un côté, la société les montre du doigt sur des questions environnementales alors qu’ils subissent les conditions d’un système économique dont ils sont prisonniers. Nous voyons bien qu’ils aimeraient vivre leur métier autrement. L’opinion publique est très importante car les citoyens peuvent influencer les décideurs. Il ne suffit pas de passer au Salon de l’agriculture. Il faut prendre le temps de les rencontrer pour comprendre leurs difficultés, sans préjugé.

Les agriculteurs subissent les conditions d’un système économique dans lequel ils sont prisonniers.

Terre-net : En tant qu’évêque, dans votre diocèse, ressentez-vous les difficultés qui s’expriment ?

Mgr Philippe Mousset : Bien sûr, je le sens très fort. La crise exprime un ras-le-bol partout dans nos territoires. Les agriculteurs sont peut-être allés au bout d’une démarche.

Terre-net : Quel rôle les instances religieuses peuvent-elles jouer dans ce contexte ?

Mgr Philippe Mousset : Vous comprenez bien que nous n’avons pas de solutions techniques à apporter aux agriculteurs. Nous ne sommes pas là pour apporter des propositions. Nous ne sommes pas des négociateurs de prix entre transformateurs et distributeurs. Nous n’avons pas ce rôle-là et nous tenons à rester à la place qui est la nôtre. Dans ce sens, nous ne faisons pas de politique.

En revanche, nous avons un rôle politique à jouer dans le sens où nous sommes des citoyens qui nous nous interrogeons sur l’avenir de notre alimentation, les questions d’environnement, la qualité et l’accessibilité de la nourriture pour tous.

Au niveau d’un diocèse ou d’un département, nous avons des échanges réguliers avec les représentants de l’Etat. Notre rôle est de leur parler, de les sensibiliser sur ce que nous voyons au quotidien. Dans le Périgord par exemple, nous produisons des documents pour sensibiliser les citoyens et les élus aux enjeux auxquels sont soumis les agriculteurs.


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net


Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous