Pac 2020 L’AGPB veut une gestion des risques individualisée et privatisée

Terre-net Média

En vue de la Pac post-2020, les céréaliers de la FNSEA entendent défendre « une aide directe conséquente » et, surtout, une gestion des risques individualisée par un « compte-épargne de précaution » et un abaissement des seuils et franchises de l’assurance récolte à 20 %.

Entouré des vice-présidents de l'AGPB, Philippe Pinta, président de l'association spécialisée, a détaillé ses Entouré des vice-présidents de l'AGPB, Philippe Pinta, président de l'association spécialisée, a détaillé ses « solutions innovantes » sur la gestion des risques. (©Terre-net Média)

L’Association générale des producteurs de blé tiendra son congrès annuel les 8 et 9 février à Orléans, sous le thème régulièrement mis en avant de la « liberté d’entreprendre » avec des « solutions innovantes ».

La liberté d’entreprendre envisagée par les céréaliers de la FNSEA passe par un renforcement de la gestion des risques, dans un contexte où ils ont subi en 2016 un épisode climatique sans précédent et des pertes de rendements et de revenus « catastrophiques ». Et les « solutions innovantes » qu’ils proposent sont surtout d’ordre individuel et privé. Pas question « d’attendre la nouvelle Pac 2020 » et donc, de défendre des outils dans un cadre européen et collectif.

Au contraire, l’AGPB souhaite la mise en place d’un « compte-épargne de précaution individuel et contracyclique ». « Seulement 11  000 agriculteurs ont souscrit à l’actuelle dotation pour aléas, critique Philippe Pinta, président de l’association spécialisée. Il faut un outil simple avec lequel l’agriculteur décide du montant qu’il souhaite mettre sur son compte-épargne et du moment où il veut reprendre les sommes placées. Nous ne voulons pas d’un mécanisme fiscal aussi bridé que la DPA. »

Dans le même esprit, l’AGPB attend des assouplissements en matière d’assurance récolte. Lorsque l’assurance climatique a démarré, l’objectif était de faire souscrire les deux tiers des agriculteurs. Seulement un tiers y a souscrit. Et avec l’arrivée du contrat socle en 2016, ce taux de souscription est tombé à 26 % », déplore Philippe Pinta. « Les franchises et les seuils de déclenchement à 30 % sont trop élevés. Il faut les abaisser à 20 %, avec le même subventionnement des primes. »

Le syndicat souhaite par ailleurs un développement d’une assurance chiffre d’affaires, elle aussi « à choix individuel et avec un financement privé ». « Le principe consistera à réserver cet outil à une gestion privée des risques », avec « un cofinancement européen sur la part climatique de cette assurance ».

Un Farm Bill européen « se traduirait par deux fois moins d’aides à l’hectare »

En défendant une réforme de la DPA et un développement de l’assurance privée cofinancée par l’UE, l’AGPB exclut tout dispositif de gestion des risques collectif et européen. Et écarte ainsi l’idée d’instaurer des aides contracycliques dans la Pac 2020. « Nous avons étudié ce qu’aurait donné le cadre du Farm Bill pour nos exploitations. Sur 10 ans, nous aurions bénéficié de deux fois moins d’aides à l’hectare qu’avec la Pac, argumente le syndicat. C'est un piège énorme que de proposer cela car les budgets ne sont ni flexibles, ni extensibles. »

Au contraire, la Pac doit, selon l’AGPB, offrir aux producteurs de grains « une aide directe conséquente et simplifiée » qu’elle considère comme « le socle de ce système de gestion des risques ». Ceci dit, comme cela l’avait été lors de la dernière réforme, défendre un montant à l’hectare conséquent ne sera pas chose aisée.

Sur la forme, c’est en ordre plus dispersé que les producteurs de grains du syndicalisme majoritaire défendront leurs positions pour la prochaine Pac. La précédente négociation européenne par les producteurs de blé, de maïs et d’oléoprotéagineux au sein de l’organisation tripartite Orama s’est faite dans la douleur et a probablement laissé des traces. « Orama a été mis en sommeil pour des problèmes d’ego parisiens, assure pourtant Philippe Pinta. Sur le fond, nous continuons à travailler ensemble. » Il faudra effectivement s’accorder sur une ligne commune, conciliant une aide découplée « conséquente » et le maintien d’un soutien aux protéines dans le premier pilier.

Philippe Pinta (AGPB) : « 75 % des céréaliers français ont eu un revenu net nul ou négatif en 2016 »

Les trois quarts des exploitations céréalières françaises ont eu l'an dernier des revenus nets « nuls ou négatifs », a expliqué jeudi 2 février 2017 Philippe Pinta, président de l’AGPB, qui réclame « plus de visibilité » financière pour se redresser.

Les récoltes, catastrophiques tant en termes de qualité de quantité, ont porté « à 75 % le nombre de producteurs de grains avec un revenu nul ou négatif, après prélèvement des cotisations sociales », indique l'AGPB. « Depuis trois ans, le revenu de 40 % des exploitations était dans le rouge ».

Après avoir rappelé le plan d'urgence Céréales mis en place par le gouvernement en octobre sur proposition notamment de l'AGPB, Philippe Pinta a tiré la sonnette d'alarme : selon lui, le cautionnement public des prêts bancaires aux agriculteurs « fonctionne très, très mal » et « très peu de dossiers sont remontés » à la banque publique Bpifrance.

Il a réitéré sa demande au ministre de l'agriculture d'obtenir de Bruxelles un soutien exceptionnel pour les céréaliers français.

« Certains ne passeront le cap que si nous avons une aide de l'UE. Sans enveloppe de Bruxelles, la situation sera très difficile pour la prochaine moisson et au-delà », a-t-il appuyé.

Avec AFP


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net


Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous