Notre-Dame-des-Landes L'attribution des terres agricoles pas définitivement solutionnée

AFP

À Notre-Dame-des-Landes, les conflits opposant des agriculteurs aux zadistes désireux d'exploiter les terres rendues disponibles par l'abandon du projet d'aéroport tendent à diminuer, mais une réunion vendredi à la préfecture n'a pas permis de régler définitivement la question de l'attribution des terres agricoles.

Quelque 50 ha, sur une zone de 1 425 ha, continuent de poser problème, selon la préfète des Pays de la Loire, Nicole Klein. 10 mois après l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et un printemps marqué par des expulsions, l'intégralité de la zone d'aménagement différé (ZAD), rebaptisée « zone à défendre » par les opposants, est encore en attente d'un statut pérenne. Le comité de pilotage (COPIL) organisé vendredi à Nantes et qui réunissait syndicats agricoles, élus et fonctionnaires de la préfecture a toutefois permis d'avancer sur un point crucial : la propriété des terres. Celles-ci appartiennent à l'État qui les avaient achetées pour construire l'aéroport, mais seront rétrocédées au département de Loire-Atlantique « au 1er trimestre 2019 », a annoncé la préfecture.

Il s'agit de la vaste majorité de la zone (895 ha) dont le département était propriétaire jusqu'en 2012 et sur lequel il va donc rapidement retrouver sa capacité à signer des baux pour régulariser les projets agricoles. Et agriculteurs et zadistes réclament ces baux le plus rapidement possible. « Il faut pouvoir se projeter dans l'agriculture, on a une activité où on ne peut pas travailler d'année en année », a insisté Amalia, expliquant avoir besoin d'une vision à plus long terme pour son troupeau de brebis, installé sur la ZAD depuis 2014. Aux côtés de cette jeune femme, quelque 400 manifestants étaient venus devant la préfecture pour « défendre un avenir commun sur le bocage »

13 projets agricoles portés par des zadistes régularisés

Poules, poussins, moutons et lapins : une mini-ferme a été installée durant le rassemblement, qui a aussi vu les abords de la préfecture agrémentés de branches d'arbres avec une pancarte demandant : "Qui sont-ils pour juger du sort de nos forêts ?". Une cinquantaine de tracteurs avaient aussi été garés par des agriculteurs de toute la région, comme Alain Prin venu réclamer que « les terres disponibles soient partiellement redistribuées à des jeunes qui ont des projets en agriculture biologique sur des petites surfaces plutôt qu'à l'agrandissement de l'agriculture chimique».

Pour l'heure, 13 projets agricoles portés par des "zadistes" ont été régularisés dans le cadre de "Conventions d'occupation précaire" (COP), comme celui porté par Amalia. Ces projets ne représentent que 170 ha au total, et 8 des porteurs de projets sont titulaires de diplômes agricoles, a souligné Nicole Klein. « On ne se prononce pas sur une légitimité par rapport à une autre », a-t-elle toutefois souligné, insistant sur le fait qu'il « y aura des baux pour tous ceux qui sont dans la légalité».

Les zadistes reprochent aux agriculteurs de ne pas avoir défendu leurs terres

Outre celles les zadistes, les réclamations d'agriculteurs qui exploitaient des terres louées sur la zone de longue date étaient aussi examinées par le Copil, dont le prochain rendez-vous a été fixé à mi-février. Ces derniers avaient souvent été contraints de renoncer à leurs terres en acceptant des indemnités versées par les porteurs du projet d'aéroport. Aujourd'hui, ils insistent sur le fait d'avoir besoin du foncier qu'ils ont longtemps loué légalement, mais les zadistes leur reprochent de vouloir « le beurre et l'argent du beurre » et de ne pas avoir défendu les terres contre l'aéroport. « Ce sont des pragmatiques », a toutefois tempéré Mme Klein, expliquant que les deux parties avaient tout intérêt à s'entendre rapidement pour résoudre les conflits d'usage, qui sont de moins en moins nombreux.

Ainsi vendredi, un agriculteur présent au Copil a confirmé qu'il était « en train de s'entendre » sur un échange de terres avec deux zadistes qui sont ses voisins depuis plusieurs années et produisent du lait et des céréales. Enfin, en marge des questions agricoles, le Copil a permis d'évoquer la question de la forêt de Rohanne (40 ha), sur laquelle les différents acteurs sont d'accord. Ce territoire sera géré par l'Office national des forêts (ONF) « en y associant les habitants qui souhaitent y participer ». Le groupe Abrakadabois monté par des zadistes et qui entretient depuis plusieurs années la forêt sera ainsi impliqué.


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