Décryptage Sécheresse, sangliers, coût du travail : la chaude rentrée de la FNSEA

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Conséquences de la sécheresse, coût du travail saisonnier, dégâts de sangliers, assises de l’eau : pour sa rentrée syndicale, la FNSEA ne manque pas de sujets de préoccupations, en attendant le lancement, le 18 septembre, de sa campagne pour les élections des chambres d’agriculture.

Jeudi 30 août 2018, Christiane Lambert et Jérôme Despey, respectivement présidente et secrétaire général de la FNSEA, présentaient à la presse les grands dossiers agricoles de cette rentrée 2018.Jeudi 30 août 2018, Christiane Lambert et Jérôme Despey, respectivement présidente et secrétaire général de la FNSEA, présentaient à la presse les grands dossiers agricoles de cette rentrée 2018. (©Terre-net Média)

Année après année, les rentrées syndicales sont toujours aussi riches de sujets chauds. Pour cette rentrée 2018, ces sujets brûlants qui préoccupent les leaders de la FNSEA le sont au sens propre : certes tardive, la sécheresse qui a sévi fin juillet et courant août dans la majeure partie de l’Hexagone n’en sera pas moins économiquement impactante pour les agriculteurs.

La FNSEA entend « accompagner les agriculteurs sur ce sujet » en obtenant « des réponses plus appropriées » de la part des pouvoirs publics. Le premier train de mesures annoncées par le ministère de l’agriculture avant la mi-août, avec notamment la possibilité de « dérogations individuelles » pour décaler l’implantation des surfaces d’intérêt écologique « est très insuffisant », selon le syndicat, qui a souligné l’aberration des semis de SIE ou Cipan purement administratifs.

Échaudée par « le silence assourdissant de la force publique sur ce sujet de la sécheresse », la FNSEA semble pourtant avoir été entendue jusqu’à Bruxelles : quelques heures après la conférence du syndicat, la Commission européenne annonçait une seconde vague de mesures, incluant une réduction de la période d’implantation obligatoire des cultures intermédiaires, voire, pour certains cas, des possibilités de faire l’impasse sur l’implantation de ces cultures intermédiaires. Il sera également possible d’utiliser les jachères pour nourrir les animaux.

Ceci dit, Christiane Lambert et Jérôme Despey, les deux leaders du syndicat majoritaire, attendent des réponses du ministre de l’agriculture. « Nous avons demandé la réactivation des cellules d’urgence en préfecture pour mesurer l’impact économique de la sécheresse sur les exploitations. Pas de réponse. Nous avons demandé des dispositifs d’exonération de taxe sur le foncier non bâti et d’allègement de cotisations sociales. Pas de réponse ! », dénoncent-ils.

Le syndicat ne veut pas seulement traiter la problématique de court terme. « Nous sommes déterminés à pousser sous les feux ce nouveau contexte climatique. On ne peut plus faire, années après années, le même constat de ce changement et des impacts négatifs sur nos exploitations. »

Des allègements de charge à court terme, un meilleur stockage de l’eau à long terme

Parmi les solutions à la récurrence des sécheresses, le stockage de l’eau sera l’un des sujets de la deuxième séquence des assises de l’eau, qui se déroulera courant septembre. « Les assises de l’eau tombent à point nommé », a rappelé Christiane Lambert, qui espère que ce ne sera pas « un évènement opposant agriculture et écologie ». La FNSEA y rappellera quelques données symptomatiques de la difficulté française à mieux gérer l’eau. « La France stocke seulement 2,7 % de l’eau de pluie qui tombe sur son sol, alors que l’Espagne ou le Portugal en stockent 21 %. En dix ans, la France a augmenté de seulement 1,5 % ses capacités de stockage alors que d’autres pays européens ont accru leurs capacités de 13 %. »

Sur le plan économique, la FNSEA attend aussi beaucoup du prochain projet de loi de finances pour 2019, au sein duquel devrait être instaurée une « épargne d’entreprise », le nouveau nom de « l’épargne de précaution ». Le syndicat rencontrera les services de Bruno Le Maire à Bercy le 4 septembre pour en discuter les modalités. « Nous souhaitons des possibilités d’épargne proportionnelles au chiffre d’affaires des exploitations, jusqu’à 70 % de ce chiffre d’affaires et qui tiennent compte de la transparence des Gaec. »

Outre cette épargne utilisable en cas de difficultés économiques, le syndicat majoritaire souhaite obtenir pour 2018 un renouvellement de mesures de court terme déjà mises en place certaines années, comme des reports d’annuités bancaires en fin de tableau, des allègements de cotisations sociales, ou encore des exonérations de la TFNB.

Chaudes relations entre la FNSEA et les représentants des chasseurs

Si certaines cultures ont été épargnées par la sécheresse, peut-être qu’elles n’ont pas été épargnées par les sangliers, qui pullulent dans la plupart des départements. Lors du dernier conseil national de la chasse et de la faune sauvage, le 24 juillet dernier, un projet de décret déclassant le sanglier d’animal « nuisible » à « espèce susceptible de provoquer des dégâts » n’a pas manqué d’irriter les représentants de la FNSEA.

« Il y 4 millions de sangliers en France. Près de 700 000 ont été abattus en 2016-2017. Les dégâts de sangliers sur les cultures se chiffrent autour de 30 M€. Du jamais vu », a dénoncé Christiane Lambert, qui a critiqué « les esprits guerriers » de représentants nationaux de la Fédération nationale de la chasse. Depuis le lancement de son concours photo « Sangliers challenge » sur twitter, le syndicat a récolté en quelques jours des photos de plus de 55 départements. « Rien que dans le Var, l’un des départements les plus touchés, 28 000 sangliers ont été abattus. Avec de tels chiffres, il y a bien un problème de régulation de l’espèce ! Il faut des battues administratives. Il faut que le sanglier reste classé comme une espèce nuisible. »

La FNSEA en campagne à partir du 18 septembre

Et c’est dans ce contexte économique dense que la FNSEA devra mener campagne pour les prochaines élections des chambres d’agriculture, qui se dérouleront en janvier 2019. « Nous lancerons notre campagne le mardi 18 septembre », a expliqué Jérôme Despey, secrétaire général du syndicat. La FNSEA finalise son projet syndical avec Jeunes agriculteurs. Comme lors des précédents scrutins, les deux syndicats mèneront ensemble leur campagne.

En attendant le début de cette campagne électorale et le scrutin de janvier 2019, la FNSEA compte se mobiliser sur le terrain pour défendre le dispositif d’exonération de charges TODE (Travailleurs occasionnels – demandeurs d’emploi, ndlr). « Le Gouvernement ne peut pas supprimer à la fois le CICE et ce dispositif ! Le travail occasionnel et saisonnier concerne 930 000 contrats ! Le coût du travail est déjà 36 % plus élevé qu’en Italie et 27 % plus élevé qu’en Allemagne. Sans ce dispositif TODE, la main-d’œuvre temporaire ou saisonnière coûtera chaque mois 189 € de plus par contrat. Ce serait une catastrophe en termes de compétitivité », insiste Jérôme Despey.

Les deux réseaux FNSEA et Jeunes agriculteurs se mobiliseront dès la semaine prochaine sur ce sujet, en sensibilisant tous les élus locaux, régionaux et parlementaires.


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