Etats généraux de l'alimentation La Confédération paysanne sceptique sur la stratégie de « filières »

Florian Cazeres Terre-net Média

Un mois après le discours d'Emmanuel Macron à Rungis, le syndicat agricole dresse un bilan sévère des négociations menées au sein des interprofessions.

Les représentants nationaux de la Confédération paysanne, mardi 5 décembre 2017, au siège du syndicat à Bagnolet.De gauche à droite, Laurent Pinatel, Emilie Jeannin, Nicolas Girod, Cécile Muret et Christine Riba, représentants nationaux de la Confédération paysanne, mardi 5 décembre 2017, au siège du syndicat à Bagnolet. (©Florian Cazeres)

« On utilise des outils du passé pour réfléchir à l'avenir ». Lors d'une conférence de presse organisée mardi au siège de la Confédération paysanne, Laurent Pinatel, son porte-parole, a fortement critiqué les filières agricoles. C'est pourtant dans une logique de filières que sont discutées, depuis plusieurs semaines, les questions de rémunération des agriculteurs et de la qualité de la production, deux fondements du nouveau modèle agricole voulu par Emmanuel Macron et que le chef de l'Etat a rappelé dans son discours sur les Etats généraux de l'alimentation, mi-octobre à Rungis.

Le syndicat critique avant tout le « manque de représentativité de ces instances ». « Nous trouvons qu'il y a une contradiction entre l'objectif affiché des Etats généraux, qui incluent la société civile et tous les syndicats, et la composition de la représentation des agriculteurs au sein des filières », explique Gilles Menau, en charge des cultures céréalières pour le syndicat. Au sein de certaines filières, au gré de systèmes électoraux complexes, seuls certains syndicats, comme la FNSEA, sont représentés.

Pour la Confédération paysanne, les négociations par filière (bovine, grandes cultures, fruits et légumes...etc), empêchent en outre de voir la « transversalité » et la « globalité des productions ». Le syndicat milite ainsi pour encourager la diversité des productions et les échanges au sein d'un territoire. « La logique de proximité avait été soulevée pendant les chantiers et les discussions lors des ateliers des Etats Généraux, mais n'a pas été bien reprise dans les plans de filières », déplore le porte-parole de l'organisation Laurent Pinatel.

Au sein des négociations, auxquelles elle a pu participer (bovins, lait, fruits et légumes), la Confédération paysanne a ainsi insisté sur le déploiement des productions dans un contexte local, permettant des interactions entre les différentes cultures. « Il nous faut revenir à une agriculture de proximité, c'est de cette façon que nous redonnerons du sens à la profession d'agriculteur », explique Laurent Pinatel.

La rémunération des agriculteurs au centre des revendications

Autre aspect que le syndicat n'a pas trouvé suffisamment présent dans les négociations au sein des filières : la rémunération des agriculteurs. « Nous attendons avec intérêt la loi de 2018 qui doit réglementer les négociations commerciales, car le revenu des paysans est fondamental pour reconstruire une agriculture qui a du sens », poursuit Laurent Pinatel. « Il faut pouvoir interdire l'importation sur le territoire français de produits qui ne fournissent pas un revenu de base aux agriculteurs pour empêcher la concurrence déloyale », poursuit Cecile Muret, référente fruits et légumes du syndicat.

La philosophie voulue par le président de la République va dans la bonne direction selon les représentants du syndicat. « Son discours est moderne, et il a mis les acteurs au pied du mur pour agir. Il y a une volonté de tourner la page de l'agriculture productiviste des années soixante, et c'est une très bonne chose. Mais cela risque d'être compliqué à mettre en œuvre si on ne change pas les acteurs qui prennent les décisions », précise ainsi Laurent Pinatel.

« Nous avons une fenêtre de tir, avec une Union européenne qui commence à prendre en compte ces questions et des consommateurs et membres de la société civile qui s'intéressent à l'alimentation. Le débat sur le glyphosate n'avait fait aucun bruit il y a dix ans », conclut Gilles Menau.

Glyphosate : « Si on ne fait rien pendant trois ans, cela ne suffira pas »

La Confédération paysanne est plutôt satisfaite de la décision d'Emmanuel Macron de sortir du glyphosate d'ici trois ans. Sous certaines réserves : « Si on ne fait rien pendant trois ans, cela ne suffira pas. La profession a déjà eu dix ans pour sortir du glyphosate et n'a rien fait », explique Laurent Pinatel.

La question de la rémunération reste fondamentale, surtout dans ce domaine, selon le syndicaliste. « Ce n'est pas possible de dire d'un côté aux agriculteurs d'arrêter le glyphosate et de l'autre de ne pas améliorer leur salaire. La plupart utilise ce produit pour réduire les coûts. Aucun paysan n'est heureux d'utiliser ce produit sur sa terre », conclut-il.

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