Larzac La gauche en porte-à-faux, le gouvernement sous la menace sociale

AFP

PARIS, 11 août (AFP) - Le succès du rassemblement altermondialiste autour de José Bové met le PS et la gauche en porte-à-faux et fait planer sur le gouvernement la menace d'un septembre "brûlant".

"Bové opposant numéro 1", titrait lundi le quotidien Libération à l'issue d'un week-end de mobilisation sans précédent. Huit jours après sa sortie de prison, le porte-parole de la Confédération paysanne est apparu face au gouvernement, comme le leader très médiatique d'une mouvance aux contours flous.

Electeurs de gauche et d'extrême gauche, militants écologistes, associatifs, syndicaux, pacifistes et anti-mondialistes, jeunes ou moins jeunes, s'y côtoient, parfois dans une certaine contradiction idéologique.

Avec une fausse note, le démontage du stand du Parti socialiste par des militants du groupe No Vox, qui comprend des associations comme Droit au Logement (DAL), AC! ou Droits Devant. "Le PS n'a rien à faire ici" car "il a mené une politique de droite", a affirmé un responsable du DAL.

Au nom du PS, Julien Dray a condamné "ces comportements ridicules et violents" dont "le mouvement anti-mondialisation n'a que faire".

Mais cette action illustre un certain malaise, une incompréhension entre les altermondialistes et le PS, sonné par sa déroute de 2002.

Lundi sur RTL, le premier secrétaire du PS François Hollande a jugé "d'ores et déjà positive" la mobilisation du Larzac. "Tout cela contribue à mon avis au renouveau de la gauche", a-t-il déclaré, mais "à condition de lui donner un débouché politique".

Si le numéro un socialiste affirme qu'il ne s'agit pas pour le PS de récupérer le mouvement, il n'entend pas non plus se laisser déborder sur sa gauche, d'autant que le Parti communiste souligne sa "convergence" avec José Bové. A chacun ses responsabilités: à José Bové et aux altermondialistes le mouvement social, au PS sa "traduction" politique et la préparation de l'alternance.

Alors que la droite assimile le mouvement à l'extrême gauche, François Hollande a pris soin de faire le distinguo. Le Larzac, "ce n'est pas l'extrême gauche", a-t-il dit, en reconnaissant son désaccord avec les partis d'extrême gauche, "qui refusent pour l'instant de venir au gouvernement, de prendre leurs responsabilités".

L'ancien ministre de la Santé Bernard Kouchner s'est montré, lui, sévère envers José Bové qui "pose de justes questions", mais apporte des réponses "parfois démagogiques, souvent trop faciles", notamment sur les OGM ou l'Organisation mondiale du commerce. Pour lui, le succès du Larzac 2003 traduit "un appétit d'utopie" et "de politique", mais il recèle "des dérives populistes, poujadistes, dangereuses".

Pour François Hollande en tout cas, ce succès est "une très mauvaise nouvelle" pour le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin "parce que ça prouve que la contestation, la mobilisation contre sa politique demeurent extrêmement fortes, y compris cet été".

De fait, dans le prolongement des mouvements sociaux du printemps, José Bové a appelé à "préparer un mois de septembre qui soit un mois non pas chaud, mais brûlant, où tout le monde doit être dans la rue".

"Nous n'avons pas à avoir peur de lui", a répondu le secrétaire général de l'UMP Philippe Douste-Blazy, lundi dans le Parisien. "Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin ne l'ont pas attendu pour faire avancer l'idée d'une plus grande justice dans le monde".



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