; La conversion à l’agro-écologie pilotée par Stéphane Le Foll

Conversion à l’agro-écologie de Le Foll Le mode d’emploi pour concilier compétitivité et environnement

Terre-net Média

A la demande du ministre de l'Agriculture, Marion Guillou, présidente du conseil d'administration d'Agreenium (1) a présenté le rapport destiné à identifier les pratiques et les systèmes doublement performants pour concilier compétitivité et respect de l’environnement.

Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture avec Marion Guillou, présidente d'Agreenium et Hervé Guyomard, professeur et chercheur.
Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture avec Marion Guillou, présidente
d'Agreenium et Hervé Guyomard, professeur et chercheur. (© Terre-net Média)
Inciter, ne pas contraindre, avec une priorité au collectif. Telle est la philosophie du rapport remis par Marion Guillou, ancienne présidente de l'Inra aujourd'hui présidente du conseil d'administration d'Agreenium (1), à Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture. Il propose le mode d’emploi à suivre pour accompagner la conversion de la France « Vers des agricultures doublement performantes pour concilier compétitivité et respect de l’environnement » afin de les rendre plus autonomes en intrants et plus respectueuses de l’environnement sans compromettre les capacités exportatrices de la France en produits agricoles et agroalimentaires.

Ce chantier qui trouvera toute sa légitimité dans le projet de loi d’avenir de l’agriculture en cours de rédaction, s’ajouterait à la mise en œuvre de la réforme de la Pac, au redéploiement des aides directes et à leur convergence. Car le gouvernement est persuadé que la compétitivité de l’agriculture reposera à moyen terme, dans un contexte de prix des matières premières élevés, sur des exploitations qui ont fait le choix des énergies renouvelables, avec des pratiques culturales innovantes et économes en intrants. Ce qui ne signifie pas qu’il faille convertir la Ferme France à l’agriculture biologique définie autour d’un cadre trop contraignant !

Il n’est pas question d’imposer une batterie de normes

En fait, pour rendre l’agriculture écologiquement intensive et performante, Stéphane Le Foll s’appuiera, d’une part sur les expériences d’agriculteurs pionniers qui gèrent déjà des systèmes d’exploitation agro-écologiquement intensifs et d’autre part sur la formation et le conseil.

L’Inra et le ministère de l’Agriculture souhaitent en effet que la conversion soit incitative et respectueuse de la diversité des agricultures. Il n’est pas question d’imposer une batterie de normes et des règles (comme c’est actuellement le cas pour les Mae). Marion Guillou propose au contraire de vulgariser les pratiques agricoles écologiques, source de performances et déjà en vigueur, en maintenant la diversité des systèmes adaptés à l’environnement.

Le ministre de l’Agriculture ambitionne d’inscrire la conversion dans un mouvement de fond qui mobilise tous les acteurs de la profession comme ce fut le cas il y a 50 ans, lorsque l’agriculture française s’était engagée dans une vague de modernisation effrénée. Mais sur le terrain ce seront les Giee (groupement d’intérêt écologique et économique) qui se substitueront aux Geda (groupe de développement agricole).

Ces Giee seraient du reste les supports d’une partie des aides du second pilier de la réforme de la Pac de 2014 qui seront allouées collectivement à leurs membres selon des objectifs bien définis.

Convaincre par le conseil et l'accompagnement

Enfin, comme nous l’avons mentionné ci-dessus, l’ensemble des réseaux de conseil et de formation seraient mobilisés pour accompagner la conversion et limiter la prise de risques qu’elle représente. Et l’agro-écologie sera au programme de tous les étudiants des lycées agricoles.

Marion Guillou et Stéphane Le Foll sont convaincus que c’est en effet par le conseil et l’accompagnement - ce qui suppose la mobilisation des réseaux des Chambres d’agriculture et des instituts techniques – que plus de la moitié des agriculteurs seraient prêts à se lancer, une fois leurs craintes levées, vers l’agro-écologie. Les plus récalcitrants d’entre eux seraient à ce jour les agriculteurs en fin de carrière.

Et pour financer ces formations et ces conseils, le projet de Marion Guillou souhaite que les appels d’offres du Casdar, le fonds de développement agricole financé par une taxe assise sur le chiffre d’affaires des exploitants soient orientés vers des programmes de formation à l’agro-écologie et que les résultats des travaux soient mis en commun et en réseau.

Le recours massif à la formation et au conseil n’aurait en effet pas de sens si les résultats des projets déjà réalisés n’étaient pas mis à la disposition des nouveaux convertis pour profiter de leurs expériences.

Des investissements lourds qu'il sera nécessaire de rentabiliser

Les acteurs du privé ne seraient pas en reste dans ce mouvement de conversion initié par le ministère de l’Agriculture. Pour faire adhérer par exemple les firmes de la protection des plantes à la conversion agro-écologique, la présidente d'Agreenium  promeut un mécanisme de certification qui pousserait les commerciaux à trouver des solutions rémunérées, alternatives à la consommation de produits phytosanitaires dont ils seront contraints par voie administrative, de réduire la vente. Leur société encourait sinon le risque de racheter des certificats « pollution » comme c’est actuellement le cas de figure dans le secteur de l’énergie.

A l’échelle de la ferme France, la conversion à l’agro-écologie sera une démarche qui s’inscrira dans le temps et elle nécessitera des investissements lourds et souvent collectifs, qu’il sera nécessaire de rentabiliser.

Marion Guillou n’exclut pas dix ans mais cette conversion donnera les moyens aux agriculteurs de s’affranchir d’une grande partie de leur dépendance en énergie et en intrants en ayant adopté les modes de production adéquats. Et après une période de transition avec une baisse attendue de la production, qu’il faudra prendre en compte et indemniser, « les agriculteurs n’ont aucune raison de ne pas retrouver leurs niveaux de performance d’avant la conversion », défendent la présidente d'Agreenium et Stéphane Le Foll, convaincus que leur projet pour l’avenir de l’agriculture française est le bon.

(1) Agreenium est un établissement public de coopération scientifique (Epcs), créé en 2009, qui regroupe les principaux acteurs de la recherche et de la formation supérieure agronomiques et vétérinaires en France que sont l’Inra, le Cirad, AgroParisTech, Agrocampus Ouest, Montpellier SupAgro, l'Institut national polytechnique de Toulouse (en substitution de l'Ecole nationale vétérinaire de Toulouse), auxquels se sont récemment joints AgroSup Dijon et Bordeaux Sciences Agro.

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