Rétrospective 2015 Les congrès syndicaux, reflets de tous les états d'âme des agriculteurs

Terre-net Média

L’ambiance des congrès de syndicats et organisations agricoles reflète généralement assez bien le climat économique et social du secteur agricole. En la matière, l’année 2015 en est le bon exemple. Entre colère, exaspération, résignation, mais aussi espoir et optimisme : les congrès et assemblées générales organisés ces derniers mois ont permis d’exprimer tous les ressentis. Rétrospective.

Rétrospective 2015 (©Terre-net Média)

Sur le plan syndical, l'année 2015 aura d’abord été marquée par la mise en œuvre de la Pac 2015-2020 qui a attiré toutes les attentions, à commencer par le mécontentement des producteurs de grandes cultures. Échec de la réforme de la Pac, contraintes supplémentaires introduites par la loi d’avenir agricole, échec du plan Ecophyto... : pour l’Organisation des producteurs de grains, branche céréalière de la Coordination rurale, « la coupe est pleine ». En janvier 2015, Nicolas Jacquet, son président, exprime son « ras-le-bol ».

Quelques semaines plus tard, c’est au tour des céréaliers de la FNSEA de manifester leur mécontentement. Au Sommet du végétal, avec leur président Philippe Pinta, ils ont expliqué au ministre de l’agriculture qu’ils étaient « les grands perdants » de sa politique, tout en lui demandant « des moyens d’être plus libres d’entreprendre ». Pour seule réponse, Stéphane Le Foll, annonce le lancement d’un nouveau contrat socle d’assurance.

Pour tenter d’apaiser les esprits, c’est le premier ministre Manuel Valls qui, accompagné de Stéphane Le Foll, se rend au congrès de la FNSEA, le 26 mars 2015 à Saint-Etienne. Pour rassurer les producteurs, il assure notamment qu’il n’y aura pas de retard de paiement suite au report des déclarations Pac.

Dès le mois de mars, lors du congrès de la FNSEA, la nouvelle carte régionale suscite des craintes chez les agriculteurs. Pour Xavier Beulin, l'agriculture serait la grande perdante des nouvelles régions.

En avril, dans le Pays-Basque, la Confédération paysanne a voulu montrer son « laboratoire d’agriculture paysanne ». Se disant « déçus » et « trahis », les membres du syndicat ont aussi interpelé le ministre. Pour des raisons inverses, sa politique agricole ne leur plaît pas non plus. Mais, comme l’a fait Manuel Valls à la FNSEA, le ministre de l’agriculture aura pris le temps pour défendre ses choix.

Concert improvisé de JA pour Stéphane Le Foll

Mais la colère voire la détresse de certains agriculteurs aura été particulièrement exprimée chez les jeunes. Lors du 49e congrès de Jeunes agriculteurs sur les terres sarthoises du ministre, des centaines de jeunes brandissent devant lui des panneaux noirs « Help » alors que le secrétaire général du syndicat revisite la chanson « Hallelujah ». Par ailleurs, après neuf mois de débat en interne, JA demande une grande loi pour préserver le foncier.

Statut du fermage : Fermiers et propriétaires d'accord sur un point
En février à Cherbourg, les fermiers et métayers (SNFM) de la FNSEA entament une réflexion sur trois ans pour proposer une réforme profonde du statut du fermage. Réforme qu’ils n’ont pas obtenu dans le cadre de la loi d’avenir agricole. Trois mois plus tard, les propriétaires ruraux (SNPR) y sont favorables, mais pour « assouplir le statut du fermage au nom du droit de propriété ».

Le manque de considération se fait également sentir chez les producteurs spécialisés dans la multiplication de semences. La deuxième version du plan Ecophyto, alors en cours en consultation, et l'image ternie du secteur semencier sont autant de menaces à leur activité.

Chez les autres syndicats minoritaires, le désarroi n’est pas moins grand. Bataillant pour une meilleure répartition de la valeur ajoutée, le Modef martèle, lors de son congrès en Corrèze fin novembre, que « le revenu est la clé de tous les maux ».

Pour leur congrès de Beaune, début décembre les agriculteurs de la Coordination rurale, eux, ont préféré se nourrir de réflexions moins conformistes, mais parfois plus optimistes pour leur avenir.

Big data et réduction des charges de mécanisation

Prix en baisse, contraintes réglementaires… : les menaces pour le secteur agricole sont nombreuses. Les Safer en soulèvent une nouvelle début décembre : « attention à l’accaparement des terres françaises ! », alerte Emmanuel Hyest, le président de la Fnsafer.

Face aux charges qui restent à des niveaux élevés pour les agriculteurs, les entreprises de travaux agricoles se positionnent plus que jamais comme une voie de progrès pour améliorer les comptes d’exploitation. Mais la Fédération nationale des entrepreneurs des territoires appelle aussi le Gouvernement à réduire les contraintes et charges en matière d’emploi.

Les Cuma, autres solutions pour réduire les charges de mécanisation, se penchent sur la révolution numérique et le « big data ». Le réseau des Cuma, qui tenait son assemblée générale fin mai, veut poursuivre son implication dans le développement de l’agro-écologie en multipliant les initiatives collectives.

Enfin, pour Coop de France, c’est une page qui se tourne. Philippe Mangin, qui assurait la présidence depuis plusieurs années, cède sa place au président de Maïsadour, Michel Prugue.

 


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net


Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous