Réforme de la Pac Pierre Pagesse, Momagri : « Il est urgent d’inventer une alternative aux Dpu »

Momagri Terre-net Média

La Pac post-2013 n’est pas à la hauteur des défis alimentaires mondiaux. Pire, la capacité à nourrir la population européenne n’est pas davantage assurée puisque l’UE est aujourd’hui importatrice nette de produits agricoles de première nécessité. Tout est à revoir pour l’après-2020. Point de vue de Pierre Pagesse, président de Momagri.

Fermes et champsPour Pierre Pagesse, « les Dpu, assortis de critères de verdissement et d’éco conditionnalité, sont déconnectés de toute stratégie agricole. » (©Terre-net Média)« Une comparaison avec les politiques agricoles de nos partenaires commerciaux révèle le décrochage de la Pac. L’indicateur Sgpaa1 de Momagri le démontre : les politiques agricoles des grandes puissances mondiales s’appuient sur des mesures de soutien à la compétitivité des agriculteurs et de protection face à l’instabilité des marchés agricoles. À l’inverse, l’UE est aujourd’hui la seule à faire des soutiens découplés à la production, les Dpu2, le socle de sa politique agricole. Pire, ces Dpu, assortis de critères de verdissement et d’éco conditionnalité, sont déconnectés de toute stratégie agricole.

Conséquence : nos agriculteurs seront sans défense face à l'instabilité des marchés agricoles. Si l’on ajoute les risques attachés aux accords de libre-échange négociés (Canada) ou en cours de négociation (États-Unis), l’UE renoncerait à tout droit de douane en se focalisant sur des barrières non tarifaires autour de signes de qualité censés la protéger vis-à-vis d’importations de viande aux hormones par exemple. Qui peut croire que ces produits ne seront pas appelés à circuler librement à plus ou moins long terme ? 

Le pari de l'Union européenne

La dépendance alimentaire de l’UE est programmée à un moment où l’agriculture est redevenue un actif stratégique pour les grands États de la planète. En effet, la population mondiale va passer de 7 à 8 milliards d’ici 2023, pour atteindre près de 10 milliards en 2050.

Pour justifier cette Pac, les autorités européennes ont parié sur la croissance de la demande au motif du maintien des prix agricoles à un niveau élevé. C’est un pari osé que l’UE a déjà fait— et perdu — en 2008, lors du Bilan de santé de la Pac. L’encre de l’accord était à peine sèche qu’un violent retournement des prix intervenait, confirmant que les prix agricoles sont par nature volatils.

Le retournement du marché du maïs en est la nouvelle démonstration. Il intègre l’augmentation des surfaces et de la productivité mondiale, une hypothèse négligée par l’UE. C’est donc un pari potentiellement meurtrier pour les agriculteurs européens qui, si la tendance se confirme, dégageront un revenu, Dpu compris, ne couvrant plus leurs prix de revient. Les mesures proposées par la France ne rééquilibreront pas cette situation.

Redéployer les Dpu vers des mesures contracycliques

Les grands États producteurs de la planète ont mis en place, chacun à leur façon, des politiques agricoles qui garantissent le revenu de leurs agriculteurs. Aux États-Unis, le prochain Farm Bill va sans doute continuer par un savant dosage entre système assurantiel sécurisé et paiements contracycliques dont les montants varient en fonction de la conjoncture…

Mettons donc à profit les mois qui viennent pour réinventer une politique agricole européenne qui permette aux agriculteurs européens de bénéficier aussi de garanties minimum pour répondre aux défis alimentaires du XXIe siècle. C’est d’autant plus nécessaire que le compromis Omc de Bali n’apporte aucune réponse au problème majeur de l’instabilité des marchés agricoles et donc à la sécurité alimentaire.

Momagri fait des propositions en ce sens. Il s’agit de rendre la dépense communautaire plus efficace en redéployant les Dpu vers des mesures contracycliques pour les grandes productions.

La France, pays agricole de premier plan, doit être force de proposition. Le prochain rendez-vous est fixé à 2016 lors de la révision à mi-mandat des perspectives financières européennes. Il y a urgence à lancer le débat. »

1) Soutiens globaux à la politique agricole et alimentaire. 2) Les Dpu sont remplacés par le droit à paiement de base (Dpb), le paiement écologique et le paiement redistributif.

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