Phytosanitaires Renoncer au glyphosate d'ici quatre ans : un objectif difficile à atteindre

AFP

Trois ans pour renoncer au glyphosate, comme le souhaite Nicolas Hulot, quatre ans au maximum : le gouvernement a affiché mercredi sa volonté de rendre l'agriculture moins dépendante des pesticides même si des doutes subsistent sur la faisabilité de ce calendrier.

La France souhaite que le renouvellement de l'autorisation du glyphosate, un herbicide controversé dont la licence expire le 15 décembre, « n'aille pas au-delà de quatre ans », a indiqué Matignon à l'AFP, en plein débat à Bruxelles sur le renouvellement de cette substance classée « cancérogène probable » par un organe de l'OMS. « Consultée sur dix ans, cinq ans et trois ans, la France s'est prononcée contre les durées de dix et cinq ans et pour une durée de trois ans qui paraissait raisonnable pour développer en parallèle la recherche et de nouvelles pratiques de substitution », a précisé Matignon.

« La position de Nicolas Hulot, du gouvernement, c'est bien sûr d'aller le plus vite possible : trois ans est un délai ambitieux mais raisonnable », a déclaré Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat à la transition écologique, sur BFMTV.

Le gouvernement français était divisé sur la position à porter au niveau européen : le ministre de la transition écologique Nicolas Hulot défendait une sortie du glyphosate, principe actif du Roundup de l'Américain Monsanto et de ses génériques, d'ici trois ans. Son homologue à l'agriculture, Stéphane Travert, souhaitait une échéance comprise entre cinq à sept ans. « Nous sommes maintenant dans une stratégie de fermeté, de rationalité pour, d'une manière progressive mais déterminée, organiser la sortie de l'utilisation des pesticides », a réaffirmé Nicolas Hulot devant l'Assemblée nationale. « C'est important d'interdire des substances, mais le plus important, c'est de changer les pratiques, changer les comportements et mettre tout en oeuvre pour aider les agriculteurs à se saisir d'alternatives », a-t-il ajouté.

"Pas sérieux"

Stéphane Travert a pour sa part à nouveau demandé « que la recherche publique soit complètement mobilisée pour trouver des alternatives » au glyphosate. Il a rappelé l'objectif de parvenir à « sortir des pesticides d'ici 2022 », mais sur des « décisions collectives basées sur la science et le droit ».

Pour le secrétaire général adjoint de la FNSEA et président de sa commission Environnement, Eric Thirouin, « ce n'est pas sérieux », le gouvernement est « juste en train de faire de la politique sur le dos des agriculteurs qui, eux, demandent à ce qu'on ne les mette pas dans des impasses techniques ». « A ma connaissance, à l'heure qu'il est, il n'y a pas de solution alternative, donc le temps de trouver, quatre ans, c'est court », a-t-il dit à l'AFP, réaffirmant la demande de la FNSEA d'« une réhomologation sur dix ans ».

Des études ont établi à deux milliards d'euros le surcoût pour l'agriculture française qui résulterait d'une interdiction en l'état du glyphosate (dépenses d'autres produits, coûts de main d'œuvre supplémentaires, d'outillage, pertes de rendement, etc), rappelle-t-il.

Pour Christian Huyghe, directeur scientifique de l'agriculture à l'Inra, difficile de remplacer le glyphosate par une autre molécule : « il n'y a pas de produit de substitution, le glyphosate est une molécule qui a un mode d'action très particulier », précise-t-il à l'AFP, « donc il faut envisager des transformations qui sont un peu plus en rupture ». On va devoir « remplacer une solution simple - un produit chimique - par une combinaison d'autres leviers », ce qui « est toujours compliqué en termes de transition ». Selon lui, un délai se situant « autour de cinq ans » devrait cependant « être jouable ». Surtout, « il faut un horizon clair et identifier ce que sont les mesures d'accompagnement » des agriculteurs.

Côté ONG, Générations Futures voit dans l'annonce du gouvernement « paradoxalement une mauvaise nouvelle ». « On conditionne une décision d'interdiction à un bilan sur les alternatives existantes, sans dire qu'on va sortir » du glyphosate, déplore son porte-parole François Veillerette, dénonçant « une fausse bonne nouvelle ».


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