Elections européennes Speed dating avec des agriculteurs

Afp

Paris, 14 mai 2014 (AFP) - Musique de mariage, ce n'est pas une mariée qui entre dans la salle mais Jean-François Copé, le premier à venir se frotter aux agriculteurs qui ont invité mercredi des représentants des principaux partis pour un « speed dating » sur l'Europe.

Ils ont quinze minutes pour répondre à trois questions sur l'élargissement, l'approfondissement et la gouvernance de l'UE, en pleine campagne électorale européenne. Sur scène, trois dirigeants du monde agricole : Xavier Beulin, président de la puissante Fnsea, Guy Vasseur, celui des Chambres d'agriculture et François Thabuis, des Jeunes Agriculteurs.

Dans la salle, des agriculteurs, administrateurs d'organisations agricoles. Des hommes, à la quasi-totalité. Le président de l'Ump, tout sourire, arrive. A l'aise, il se permet même un long propos introductif sur le Front national. « Tous les votes ont des conséquences, une fois qu'on s'est défoulé dans l'isoloir, le mal est fait et le lendemain on n'a plus que nos yeux pour pleurer », explique-t-il. « Voter pour le Front national a quand même des conséquences ». Ils sont pour « renationaliser la Pac » et « il y a 64 milliards d'euros (de fonds européens, ndlr) qui doivent arriver entre 2014 et 2020 pour nos agriculteurs, c'est pas la France qui peut payer ça », insiste-t-il. Il quitte la salle comme il était arrivé, la mine réjouie, serrant la main d'un maximum de personnes.

Il faut croire qu'avec Xavier Beulin, ils s'étaient donné le mot. Le président de la Fnsea avait en effet envoyé un peu plus tôt dans la journée une lettre ouverte à ses adhérents pour les appeler à « se mobiliser » face aux « europhobes ».

Suivent Pascal Durand, secrétaire national d'Eelv et Pierre Laurent, secrétaire national du Pcf. Bons élèves, ils ne s'éloignent pas des questions posées et parlent peu d'agriculture en définitive. Applaudissements polis.

Caricature

Gilles Lebreton, tête de liste FN pour les européennes dans le Grand-Ouest arrive. La salle se réveille. Question : si le Royaume-Uni sortait de l'UE, ça aurait quels impacts ? « Ca aurait valeur d'exemple », répond le candidat frontiste. Rires dans la salle. Guy Vasseur enchaîne avec une question sur l'approfondissement de l'Europe, une question, donc, qui « suppose de garder l'Union européenne », tient-il à préciser. Et là, Gilles Lebreton donne sa vision de la Pac : « Je souhaite qu'on abandonne la Politique agricole commune » qui « a permis à des pays européens de rattraper le retard qu'ils avaient sur nous en matière agricole et ensuite de nous concurrencer ». Xavier Beulin le relance deux fois, lui demandant si quand même « dans certains secteurs, le droit européen n'est pas une forme de protection ». Guy Vasseur, lui, n'hésite pas à sortir de sa réserve. « Vous avez fait une description de la Pac qui est à grand schéma fausse », une « caricature » et « si on était pas dans l'Europe (...) nos clients, on les trouverait où ? », l'interroge-t-il. Gilles Lebreton part. Le seul candidat que la salle n'applaudira pas.

Les agriculteurs, population traditionnellement peu abstentionniste, votent en majorité à droite. Pour ce scrutin, les principaux dirigeants du monde agricole craignent ouvertement une abstention forte et des votes extrêmes alors que de plus en plus d'agriculteurs souhaitent la fin de la Pac.

Deux femmes déjà députées européennes, la socialiste Pervenche Bérès et la MoDem Marielle de Sarnez, viennent clore l'échange. « Ce scrutin, ça n'est ni le 3e tour des municipales, ni un sondage grandeur nature, ni une présidentielle (...) mais un scrutin pour désigner pour la première fois un président de la Commission européenne », rabâche Pervenche Bérès. Heu, oui, mais dire voter aux européennes, c'est choisir Martin Schulz « c'est pas un argument très sexy », l'interpelle Xavier Beulin. « Martin Schulz est celui qui a arraché à Mme Merkel l'engagement en Allemagne d'appliquer un salaire minimum » et il pourrait en faire de même en Europe, répond la candidate socialiste à des agriculteurs soucieux d'une harmonisation des minimas sociaux.

A la sortie, deux agriculteurs pris au hasard votent pour « les deux femmes. Elles la vivent l'Europe, elles la font. Les autres, c'est des "y'a qu'à, faut qu'on" ». Les autres, surtout, c'étaient des hommes... 


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