Campagne céréalière 2009/2010 Une année compliquée pour la France

Céline Zambujo Terre-net média

Alors même que la campagne 2009/2010 s’annonce compliquée, s’ouvre également dans le même temps une nouvelle phase pour la céréaliculture française : la mise en place de la Pac 2010. Quelles sont donc les conséquences sur une exploitation grandes cultures irriguées typique du sud-est de la France, orientée blé dur ? Eléments chiffrés.

La campagne céréalière 2009/2010 devrait être compliquée. C’est en tout cas ce que présume Stéphane Jezequel, ingénieur Arvalis basé en région Paca, comme il l’a expliqué aux techniciens présents en Avignon le 19 décembre dernier.

La barre des 100 jours de stocks dépassée

« Il perdure des incertitudes sur le niveau de la demande en céréales pour la campagne 2009/2010, mais on peut s’attendre à moins de volatilité sur les prix dans la mesure où les deux dernières récoltes ont été suffisamment abondantes pour permettre une reconstitution des stocks » soulignait l’ingénieur régional.
D’après les estimations de l’USDA établies en octobre 2009 (cf. graphique ci-dessous), la production mondiale de blé atteint donc, cette année encore, un record historique avec 668 millions de tonnes (Mt), après les 682  Mt récoltées en 2008. Deux belles années qui suivent donc deux années à faible production puisqu’il ne s’était récolté que 596 Mt de blé en 2006 et 611 Mt en 2007.


Estimation de la production mondiale 2009 de blé tendre et de blé dur (© USDA, octobre 2009.)

 

Consommation record

Autre caractéristique : 2009 a également atteint un record au niveau de la consommation avec 643 Mt consommées en 2009. On note toutefois une diminution de la part de blé utilisé dans l’alimentation animale, mais une augmentation de son utilisation à des fins humaines et industrielles. « Les stocks de fin de campagne sont désormais évalués autours de 187 jours, contre 75 jours en 2006 et 2007. » En clair, la consommation continue à croitre, mais pas aussi vite que la production. La bonne nouvelle vient des stocks, qui ont dépassé la barre des 100 jours. « Nous avons donc plus de 3 mois de stocks, ce qui ne laisse pas présager une flambée des cours dans les prochains mois », poursuivait Stéphane Jezequel.

138 millions de tonnes en Europe

Au final, l’ensemble de ces facteurs concourent à mettre en place une année compliquée pour la France : d’une part, le solde exportable est conséquent, y compris en orge ; d’autre part, le taux de change est toujours défavorable à la France : enfin, la concurrence devrait être forte sur la Mer Noire et au sein de l’Union européenne. « Sur cette destination, les conditions d’exportation seront plus difficile pour l’Union européenne, et notamment pour nous. »

Dans le détail, l’estimation de la production mondiale de blé tendre et de blé dur montre que l’UE doit écouler 138 Mt, soit 6 Mt de plus que la moyenne 2006/08, mais avec 1,3 million d’hectares en moins. La production de l’Afrique du nord est attendue autour de 19 Mt, celle de l’Inde autours de 80 Mt, et approximativement 84 Mt en provenance des Usa et du Canada. L’Asie a par ailleurs produit 115 Mt de blé, tandis que le trio Russie-Ukraine-Kazakhstan doit mettre 92 Mt sur le marché.

2 millions d’hectares en plus en Russie

« L’Asie a atteint des niveaux records, que ce soit par rapport à 2008 ou par rapport à la moyenne 2006-2008 avec 10 millions de tonnes supplémentaires. La Russie fait également fort, avec 59 millions de tonnes récoltées : cette augmentation s’explique par une croissance importante des surfaces de 2 millions d’hectares supplémentaires, portant ainsi à 28 millions d’hectares les surfaces emblavées en blé en Russie. L’Ukraine reste stable, tandis que le Kazakhstan voit ses surfaces augmenter de près de un million d’hectares. »

Seule l’Argentine va à contre-courant de ces tendances avec une perte de 2 Mha, tandis que l’Australie retrouve des couleurs avec 23 Mt récoltées et après deux années de sécheresses importantes.
Conséquence sur la campagne 2010/2011 : les prix seront directement liés au Weather market début 2010. « Par ailleurs, nous sommes d’ores et déjà certains que les coûts de production seront impactés avec certes une baisse des charges d’engrais en 2010 par rapport à 2009. Mais cette tendance sera vraie dans tous les pays et pas seulement chez nous ! »
Enfin, la parité euro/ dollar pourrait également jouer les trouble-fêtes.

Pour aller plus loin

• La campagne blé dur en 2009/2010, lire ici
• L’impact de la Pac 2010 sur les exploitations de grandes cultures provençales, lire ici

 


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