Soufflet Chiffre d'affaires annuel en hausse de 2 %, une année « paradoxale »

AFP

Le groupe familial Soufflet, premier malteur mondial et l'un des principaux meuniers-boulangers français, a vu son chiffre d'affaires progresser de 2 % en 2017-18, au cours d'un exercice « paradoxal » et « plus difficile que prévu ».

Lors de son exercice décalé terminé le 30 juin 2018, Soufflet, basé à Nogent-sur-Seine (Aube), a engrangé un chiffre d'affaires de 4,448 milliards d'euros contre 4,359 milliards pour l'exercice 2016-17, a indiqué le groupe lors d'une présentation, jeudi à Paris. « Je qualifierais cette année de paradoxale, parce qu'elle a été plus difficile que prévu alors que nous avions bien "performé" l'an passé, dans un contexte particulièrement tendu, grâce à nos trois piliers ; les matières premières, la filière orge et la filière blé » a écrit le président du directoire Jean-Michel Soufflet dans le rapport d'activité du groupe.

Sur l'année, la collecte de céréales a augmenté de 5,7 %, à 5,85 millions de tonnes contre 4,719 M T en 2016-17, qui fut « une très très mauvaise campagne », rappelle Jean-Michel Soufflet. À l'international, c'est-à-dire essentiellement en Europe de l'Est, le groupe a collecté 1,7 millions de tonnes de céréales l'an passé, et se fixe « pour objectif de parvenir à 2,5 millions de tonnes », a indiqué Jean-Michel Soufflet lors d'une conférence de presse. L'industriel n'a pas donné d'indicateurs de rentabilité et a souligné que la moindre progression du chiffre d'affaires par rapport à celle du volume de céréales venait de la faiblesse et de la fluctuation des cours des matières premières agricoles.

Pour l'année en cours, le groupe travaille sur une « montée en puissance » du soutien à une agriculture durable en France, via notamment la relance de son label Baguépi, farine responsable. Alors que 3 500 boulangers utilisent déjà cette farine, une trentaine ont basculé dans le nouveau système qui garantit une traçabilité du produit, une absence de traitement insecticide lors du stockage et un partage équitable de la valeur entre l'agriculteur, le transformateur et le distributeur. L'an passé, à l'international, le groupe a particulièrement souffert « de la confirmation de la fin de l'exportation » de la farine française, a dit Jean-Michel Soufflet.

« subventions opaques »

« La meunerie turque a pris le dessus sur la farine européenne dans des conditions tout à fait opaques » a dit Jean-Michel Soufflet. « Ils importent du blé des pays dits de la mer Noire (Russie, Ukraine..), et les meuniers turcs reçoivent des subventions opaques leur permettant d'exporter en Afrique 5,5 millions de tonnes de blé-équivalent farine au lieu de 1,1 MT il y a dix ans ». Selon Jean-Michel Soufflet, la France est par conséquent en surcapacité de production de farine de quelque 800 000 tonnes de farine désormais, et les outils industriels qui tournaient grâce à l'exportation mettent la clef sous la porte progressivement. Soufflet vient ainsi de fermer un moulin près de Lyon, qui va rouvrir en janvier, pour le consacrer à 100 % à la farine bio, où la demande en France, est en revanche forte. En matière de boulangerie, l'année « paradoxale » s'illustre par la fermeture de nombreux fonds de boulangerie dans les zones rurales en France, qui ne trouvent pas de repreneurs, une intensification de la concurrence pour les artisans boulangers urbains, face à l'émergence de multiples chaînes de « snacking », alors que le marché est « très porteur » à l'exportation. Jean-Michel Soufflet a d'ailleurs confirmé des discussions avec le milliardaire chinois Hu Keqin, qui a racheté 3 000 hectares de terres à blé dans l'Indre et l'Allier pour ouvrir une chaîne de boulangeries autour de Pékin, mais a souligné qu'il menait également des pourparlers avec « d'autres acteurs ». « Hu Keqin, ce n'est qu'une piste parmi d'autres » en Chine, a-t-il dit.

Le groupe, qui a inauguré cette année un nouveau silo portuaire à La Rochelle, prévoit aussi l'ouverture, « probablement en Côte d'Ivoire » d'un laboratoire et centre de formation de meuniers. En Ethiopie, premier producteur d'orge en Afrique, Soufflet se prépare à ouvrir une malterie en 2020 à Addis Abeda, pour la fabrication de la bière, en pariant sur la croissance importante et le dynamisme démographique du pays. « Aujourd'hui, nous travaillons déjà avec 800 agriculteurs localement, et quand l'usine tournera nous pensons aller jusqu'à 20 000 agriculteurs » a dit Jean-Michel Soufflet. Selon Christophe Passelande, directeur général de Malteries Soufflet, le travail porte aussi sur les sélections de semences, et les conseils techniques auprès des agriculteurs pour améliorer la production d'orge, qui se fait à quelque « 3 000 mètres d'altitude ».


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