Vu au Salon de l’agriculture La filière lin assoit sa domination et cherche à diversifier ses débouchés

Terre-net Média

Des champs normands de fleurs bleues aux robes haute couture et aux matériaux composites, la filière française du lin textile confirme sa domination planétaire, quatre ans après avoir présenté son plan stratégique de développement. Tout en maîtrisant minutieusement l’offre, la filière cherche des surfaces dans ses zones de production périphériques, comme dans l’Eure. Côté débouchés, la recherche sur les matériaux composites biosourcés pourrait offrir des perspectives intéressantes.

Laurent Cazenave, chargé de communication à la coopérative Terre de lin, Anne Flo, styliste normande, et Jérôme Lheureux, responsable de la section lin et chanvre du Gnis.Laurent Cazenave, chargé de communication à la coopérative Terre de lin, Anne Flo, styliste normande, et Jérôme Lheureux, responsable de la section lin et chanvre du Gnis. (©Terre-net Média)

Au Village Semences, le stand de l’interprofession des semences au Salon de l’agriculture, les modèles défilent pour présenter les nouvelles créations haute couture – robes, pantalons, hauts – d’Anne Flo, une styliste normande installée dans le Pays de Caux. La créatrice est ravie de bénéficier de tissus issus de fibres de lin haut de gamme produites en Normandie. Grâce au climat et à la qualité agronomique des terres de Normandie et des départements côtiers de la Manche, la France s’assure une domination mondiale dans la production de lin textile.

« L’Europe produit 80 % du lin fibre sur le marché mondial. Et 80 % du lin européen est français », rappelle Jérôme Lheureux, président de la section lin et chanvre au Gnis. Et la production française est la meilleure du monde. « Nous ne sommes jamais à l’abri d’un accident de production qui pourrait être induit par des conditions météo dégradées. Ceci dit, nos millésimes restent toujours de bonne qualité, avec une longueur de tige d’environ 90 cm, une bonne couleur et surtout une bonne solidité de la fibre après teillage. »

Le marché mondial du lin textile reste très concentré. La France compte une quinzaine d’acteurs de la première transformation, dont certains ont créé des plateformes communes de commercialisation. Histoire de peser suffisamment sur le quasi-unique acheteur : la Chine. Ultradominant sur le marché mondial du textile, le pays achète plus de 80 % de la production française. L’essentiel des 20 % restants part chez nos voisins européens.

Mieux valoriser les coproduits du lin

Les fortes contraintes agronomiques et pédoclimatiques qu’impose la culture de lin fibre limitent le potentiel de développement de la production. « La France en cultive entre 90 000 et 100 000 ha chaque année », explique Laurent Cazenave, chargé de communication à la coopérative Terre de lin. Même si le marché est « à l’équilibre », la structure haut-normande cherche des producteurs, notamment dans l’Eure, pour se lancer dans la production.

Si la filière tient à maîtriser l’offre pour ne pas déséquilibrer le marché, elle n’a pas attendu la commande de la présidence Macron pour élaborer son plan stratégique. Dès 2013, elle avait présenté une réfléxion stratégique mettant en exergue la nécessité de trouver de nouveaux débouchés pour limiter la dépendance aux acheteurs chinois. « L’Inde commence à consommer du lin. C’est plutôt une bonne chose pour nous ».

« Notre objectif est de diversifier les débouchés, en exploitant davantage la partie ligneuse, qui représente 50 % de la plante », poursuit Jérôme Lheureux. Il s’agit de donner de la valeur ajoutée à ce qui est encore considéré comme un coproduit de la fibre. La recherche se concentre sur des utilisations dans la construction et l’isolation, mais aussi dans le développement de matériaux composites en remplacement de la fibre de verre ou de carbone. En témoigne le consortium Fiabilin, impliquant quinze partenaires industriels et académiques dont Terre de lin, qui a développé des nouveaux composites biosourcés facilement recyclables pouvant être utilisés comme pièces de carrosserie, d'habillage ou de décoration dans les secteurs automobile, aéronautique et du bâtiment. Après le lin textile haut de gamme, la France pourrait aussi devenir le spécialiste du « lin technique ».


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