Baisse des cours Les marchés agricoles touchent le fond sans espoir de rebond rapide

Afp

Sous la pression de l'abondance des récoltes, les cours des marchés agricoles ont touché cette semaine leur plus bas niveau en quatre ans, sans élément en vue pour garantir une reprise durable des prix. Au contraire.

Moisson de bléLes Etats-Unis tablent sur une production mondiale de 720 millions de tonnes de blé.  (©Terre-net Média)De vendredi à mardi, les cours des principales céréales (blé et maïs) ainsi que ceux des oléagineux (soja et colza) ont plongé pour renouer avec des niveaux de 2010, avec une offre abondante des producteurs vendant massivement sur le marché par crainte de crouler sous les stocks.

Après les vertiges de ce début de semaine, le marché a marqué une pause mercredi. « Une respiration », estime Damien Vercambre de la société Inter-Courtage, qui se garde bien d'en tirer la moindre conclusion pour l'avenir. « On a beau chercher, on ne trouve pas un seul élément qui pousse à la hausse » note-t-il. Partout, des Etats-Unis à l'Europe et aux grands producteurs riverains de la mer Noire (Russie, Ukraine) les rendements sont en hausse et les records battus ou en voie de l'être.

Le 10 septembre, les Etats-Unis avaient encore révisé leurs perspectives mondiales, tablant sur 720 millions de tonnes de blé et 987 millions de tonnes de maïs, et sur 528 millions de tonnes de soja, soit 6 millions de tonnes de plus qu'estimé en août !

« Personne n'a de boules de cristal, mais on n'a rarement des années où les récoltes sont aussi bonnes dans autant de grands pays producteurs à la fois » souligne Abdolreza Abassian, économiste en chef de la Fao, l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation.

Même les craintes exprimées au printemps concernant les répercussions du conflit entre la Russie et l'Ukraine ne se sont pas avérées : « Alors que toutes les indications étaient bonnes en avril, sur l'état des récoltes, c'était la seule interrogation : que les tensions entravent les exportations », reprend Abdolreza Abassian. « Mais ça ne s'est pas produit : les chargements continuent au même rythme ».

Quant aux perspectives de l'hémisphère sud, surtout en soja au Brésil, elles sont elles aussi excellentes : « On est même débarrassé des questions de soudure en l'hémisphère nord et l'hémisphère sud », commente Gautier Le Molgat, consultant du cabinet de conseil Agritel : « On va enfin avoir une zone de concurrence entre les deux, ça fait longtemps que ça n'était pas arrivé ! ».

Des cours en baisse de 30 % depuis mai

En consultant ses tableaux, Gautier Le Molgat constate que, depuis mai, la tonne de maïs a perdu 60 euros (30 % de sa valeur) « dont un peu plus de 25 euros en un mois depuis août », pour tomber mardi autour de 150 euros sur le marché à terme, Euronext, contre 209 euros en mai. Les blés ont suivi le même chemin, poursuit-il, sauf pour les très bons blés de meunerie.

Pour Edward de Saint-Denis, de la société de courtage Plantureux & Associés, « il faut remonter à mars 2010, sur la campagne 2009-2010 pour retrouver un niveau de prix semblable et, avant ça, à décembre 2008 ou juillet 2006 ». Mais chaque fois, une cause exogène s'ajoutait à des récoltes volumineuses et aux problèmes de stockage pour expliquer l'effondrement des cours, note-t-il : accident nucléaire de Fukushima au Japon ou faillite de la banque américaine Lehmann Brothers. Rien de tel cette année : « Il s'agit uniquement de la qualité des blés et des volumes de maïs attendus », insiste-t-il.

La piètre qualité d'une partie des blés européens et notamment français (1er exportateur de l'UE), dégradés par les pluies et le froid en qualité fourragère, vient percuter le maïs destiné au même usage animal - même s'il est également destiné à la production d'éthanol. Certes, reprend Gautier Le Molgat, « on vend la peau de l'ours avant de l'avoir tué et on peut toujours avoir une déception » puisque les récoltes sont en cours pour le blé et le maïs aux Etats-Unis et n'ont pas commencé en maïs français.

Mais dans tous les cas, « les premiers rendements américains s'annoncent record » - comme en France où la récolte devrait atteindre un niveau record de près de 18 millions de tonnes. Pas sûr pour autant que ces baisses des cours se répercutent aussi vite chez le consommateur, note Abdolreza Abassian de la Fao. Notamment dans la plupart des pays en développement où les prix à la consommation sont souvent artificiellement fixés par les autorités. 

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