Nitrates, phosphates, potasse Probable maintien de niveaux de prix élevés et haussiers

Frédéric Hénin Terre-net média

Des études scientifiques (Onerc) ont montré que l'abandon d'une fertilisation minérale adaptée aurait pour conséquence des baisses de rendements significatives. Même si de nombreux efforts devront encore être fournis pour optimiser l'utilisation des engrais apportés aux plantes tout en maintenant des rendements à des niveaux très élevés, les engrais restent et resteront une composante économique majeure de la compétitivité de notre agriculture. L'analyse d’une étude réalisée par GCL Développement Durable à la demande du ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche rend compte d'une évolution prospective du marché des engrais et ses possibles conséquences pour la France. Voici les principales recommandations et enseignements de l’étude.


Il semble que l'augmentation du prix des engrais devrait se
poursuivre principalement à cause d’une demande croissante
d’engrais minéraux insuffisamment suivie par des investissements
dans des capacités de production.  (© Terre-net Média)
Même si des différences doivent être observées sur chaque élément fertilisant (N, P, K) à moyen terme, il semble que l'augmentation du prix des engrais devrait se poursuivre principalement à cause d’une demande croissante d’engrais minéraux insuffisamment suivie par des investissements dans des capacités de production.

La hausse exceptionnelle des prix des dernières années (2007-2009) et la chute provoquée par la crise financière ont permis de révéler la fragilité ainsi que la période de transition que traverse actuellement le marché des engrais.

Cette hausse exceptionnelle s’explique à la fois par des facteurs majeurs structurels et divers facteurs mineurs et plus conjoncturels.

Parmi les facteurs majeurs, citons la croissance économique des pays émergents : celle-ci provoque une hausse naturelle de la demande interne qui peut provoquer un échauffement du marché et même une crise de la demande.

Impact des politiques environnementales

La hausse exceptionnelle des prix, ajoutée au renforcement de politiques environnementales, devrait favoriser le développement de produits alternatifs comme les matières actives favorisant l'assimilation des plantes, les engrais à effet retard ou les inhibiteurs d'uréase.
Vécu dans un premier temps comme une contrainte, les politiques environnementales doivent favoriser le développement structurel de ces produits. Une action publique complémentaire pourrait permettre d'accompagner la transformation de ces contraintes en opportunités de marché.

A noter aussi la transformation structurelle de l’industrie des engrais qui a peu investi au cours des 20 dernières années. A ce titre, l’exemple du marché de l’azote est évocateur avec l’émergence de nouveaux acteurs installés dans des pays à bas coût produisant uniquement pour l’exportation.

La spéculation sur le prix des matières premières et de l’ensemble des bourses ou encore la fermeture de certaines usines suite à des catastrophes naturelles (ouragans Usa, tremblement de terre en Chine, inondation de mines de sel de potasse) font partie des facteurs conjoncturels cités par les auteurs de l’étude pour expliquer les fortes variations des cours des engrais.

Le développement des énergies alternatives (biocarburants), consommatrices en produits agricoles, le retardement de projets d’investissement et la mise en place de politiques publiques défensives (taxes, subventions) n’ont pas non plus été sans effets sur la variation des prix des engrais.

Les futurs acteurs économiques liés aux ressources naturelles

Les pays consommateurs comme la France pourraient se transformer en plates-formes logistiques sans maitrise de la matière première. Sans une volonté de développement international, les acteurs industriels français pourraient se trouver isolés avec une compétitivité affaiblie à moyen terme.

La distribution des acteurs du marché ainsi que les tendances de délocalisation vers les pays-ressources confirment que ces derniers seront les acteurs de demain.

La Russie, l’Iran et le Qatar se partagent plus de 53 % des ressources prouvées de gaz naturel, la Chine et le Maroc détiennent 69 % des ressources mondiales de phosphate naturel, tandis que plus de la moitié des réserves de potassium se trouvent au Canada.

La France est actuellement le 7ème consommateur d'engrais minéraux dans le monde (IFA, 2006) avec environ 3,5 millions de tonnes d'éléments fertilisants et représente environ 2 % du marché mondial. En 1980, elle était le 4ème pays consommateur et représentait environ 5 % du marché mondial. Le prix des engrais payé par les agriculteurs français est en grande majorité corrélé au prix des marchés internationaux. La fertilisation minérale ne représente que 45 % de la fertilisation globale de l'agriculture.

Même si la production française d’engrais représente une part significative (44 %) du marché français, la France importe la quasi-totalité des matières premières. Cette situation confère à notre pays une grande vulnérabilité par rapport aux fluctuations des prix mondiaux.

La présence encore importante d'acteurs industriels sur le sol français peut être considérée comme un atout pour l'agriculture en opposition à certains pays comme l'Angleterre. En effet, l'industrie assure un service de proximité ainsi qu'un rôle de modérateur des prix mondiaux. Une disparition progressive du parc industriel français pourrait avoir pour conséquence une plus grande exposition aux fluctuations des prix mondiaux.

Pour en savoir plus cliquez sur "Etat, perspectives et enjeux du marché des engrais"


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