Marchés agricoles Pour le secteur agricole, l'impact de la chute du pétrole reste limité

AFP

La chute des prix du pétrole engendre une certaine morosité sur les marchés agricoles, mais elle influence beaucoup moins qu'il y a quelques années ce secteur, davantage plombé par les abondantes récoltes mondiales de céréales et d'oléagineux.

Pompe carburantLe plongeon du brut a renforcé la baisse des prix du fret maritime et donc a accentué la concurrence mondiale sur les exportations de blé. (©Terre-net Média)

« Aujourd'hui, la corrélation est moins nette entre le pétrole et les matières premières agricoles qu'entre 2005 et 2008 », souligne François Lugenot, analyste de marchés pour le groupe coopératif InVivo. A l'époque, des produits comme le blé tenaient une place de choix dans le portefeuille des fonds spéculatifs, un phénomène qui a régressé depuis la crise financière. Conséquence : « depuis le 1er janvier, le pétrole a baissé de 20 % mais le prix du complexe blé-maïs-soja à Chicago est resté quasiment stable, augmentant de 1-2 % », constate Thibault Amaté, analyste chez Horizon Soft Commodities. La bourse de Chicago est la plus grande place financière mondiale d'échanges de matières premières agricoles.

A chaque coup de chaud sur le marché du pétrole, « une peur globale s'installe sur les marchés pendant quelques jours », mais ensuite « les éléments fondamentaux reprennent le dessus », poursuit l'analyste. C'est-à-dire les données de fond sur les récoltes, les exportations ou les événements climatiques susceptibles d'influencer les cultures. Or, les moissons sont record cette année à travers la planète. Une offre pléthorique qui pèse bien plus sur les prix que le pétrole, estiment les analystes.

Biocarburants moins attractifs

Avec une exception pour les oléagineux, dont on utilise l'huile pour fabriquer du biodiesel (soja, colza, huile de palme). « Plus le pétrole est bon marché, moins les biocarburants sont attractifs », explique Andrée Defois, présidente de la revue Stratégie Grains. Mais là aussi l'impact est nuancé par la situation sur le terrain : ainsi, la petite récolte européenne de colza (utilisé aux 2/3 pour le biodiesel) soutient les prix face à la dégringolade de l'or noir, détaille Mme Defois. Le soja résiste aussi, car la Chine continue d'en importer des quantités astronomiques pour alimenter ses élevages de porc, et satisfaire une population toujours plus friande de viande.

Pour autant, le monde agricole n'est pas totalement exempt de l'influence du pétrole. Le plongeon du brut a renforcé la baisse des prix du fret maritime, déjà plombé par des cargos en surnombre. Le transport d'une tonne de blé à travers la planète ne coûte plus que dix dollars. « Cela accroît la concurrence mondiale sur les exportations de blé, avec un effet baissier pour les prix », analyse Andrée Defois. Malgré la distance, l'Argentine a ainsi réussi à vendre du blé à l'Algérie, au nez et à la barbe de son fournisseur habituel, la France.

« Tableau mitigé »

Outre le carburant pour les tracteurs, « les prix des engrais azotés se sont effondrés. C'est une opportunité » pour les agriculteurs, estime M. de Kerpoisson. Les fertilisants sont faits à base de gaz naturel, donc sensibles aux prix de l'énergie. « Mais cela ne compense pas la baisse des prix » des céréales vendues par ces producteurs, souligne François Luguenot.

Pour les fabricants d'engrais, « c'est un tableau mitigé : les prix des engrais ont baissé, mais ceux des matières premières pour les fabriquer aussi », a confié à l'AFP le directeur général du groupe norvégien Yara, Svein Tore Holsether, lors du récent forum de Davos.

A moyen terme, le secteur s'interroge surtout sur le comportement des gros importateurs de blé du Moyen-Orient et d'Afrique, aux revenus très dépendants du pétrole. Les chiffres sont encore provisoires, mais « cette année, l'Arabie saoudite est clairement en retard sur ses importations » et l'Iran va diviser ses achats par trois, constate François Luguenot. L'accord sur le nucléaire a sans doute pour effet de rassurer Téhéran, moins incité à stocker du blé.

Au Nigeria, qui vit essentiellement de la manne pétrolière, « la consommation de blé stagne alors qu'elle était jusque là en nette hausse », constate Mme Defois. Quant à l'Algérie, elle a pour l'instant « fait le choix de continuer à acheter du blé », entre autres pour « acheter le calme à ses frontières » avec la Libye et le nord du Mali, où elle revend de la farine, explique François Luguenot.

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