Conjoncture agricole 2010 Les revenus ont progressé trois fois plus que les prix

Frédéric Hénin Terre-net Média

En 2010, l’adage « les prix font les revenus » prend tout son sens.Le revenu des agriculteurs a augmenté de 66 % en moyenne par rapport à 2009, selon le ministère de l'Agriculture, avec des prix qui ont grimpé de 21,6 % d'après l'Insee. Mais l'impact est très différent selon les productions.


Le coefficient multiplicateur prix:revenu a profité
a de nombreux agriculteurs (© Terre-net Média)
Les dernières publications de l’Insee sur l’évolution des prix agricoles et de l’indice des prix des moyens de production, pour décembre 2010 et pour l’année écoulée (voir encadré), montrent l’effet multiplicateur de la hausse des prix agricoles sur la progression des revenus des différentes catégories d’exploitants agricoles. Autrement dit, la moindre augmentation des prix agricoles accroît plus que proportionnellement le revenu si les charges restent modérées.Dans ce cas, les prix font bien le revenu!

En 2010, avec un rapport de un à trois selon le ministère de l'agriculture et l'Insee, la hausse des prix a amplifié celle des revenus, les charges ne croissant en moyenne l'an passé que de 7,4 %, entraînées par les prix de l’énergie et, partiellement, par ceux de l’alimentation animale (de nouvelles hausses sont attendues dans les prochains mois).

Cette amplification est notable en production végétale. Les prix ont en moyenne cru de 87,4 % sur 2010 tandis que les revenus des céréaliers et autres grandes cultures ont progressé de 177 % (soit un rapport de 2,03 - source ministère de l'agricuture). Les agriculteurs ont dans l’ensemble profité de l’augmentation des prix des céréales, essentiellement constatée au cours du second semestre de 2010.

Les producteurs de porcs, de volailles et d’ovins viande ne connaissent cette amplification prix/revenus

En production bovine, les prix ont davantage amplifié, en valeur relative, la hausse du revenu des producteurs le lait (hausse du revenu de 89 % pour 16% du prix du lait (un rapport de 1 à 6) mais l’augmentation constatée a porté sur des revenus plus faibles. Un phénomène aussi constaté en bovins viande (+ 25 % de revenus pour 5 % de hausse des prix des gros bovins en moyenne). Ces deux catégories de producteurs semblent aussi avoir partiellement profité à la progression des prix des céréales vendues et de la conjoncture en général.

Des inégalités de revenu accrues

Les inégalités de revenus entre secteurs d’activité se sont accrues en 2010. Les revenus des agriculteurs « grandes cultures » sont trois fois supérieurs à ceux des producteurs d’ovins viande. Le coefficient multiplicateur revenu/prix moyen, égal à 2,7, n’a pas du tout profité à ces éleveurs en particulier.
Ce phénomène est évidemment plus marqué pour les polyculteurs-éleveurs. Avec + 108 % en 2010 et un ratio revenu/prix de 1,63, l’augmentation s’inscrit à mi-chemin entre celle des agriculteurs « grandes cultures » et des éleveurs, puisqu’ils ont partiellement profité de la hausse.

Les producteurs de porcs, de volailles et d’ovins viande ne s’inscrivent pas dans cette amplification prix/revenus. Les producteurs hors sol sont à la fois été pénalisés par une conjoncture de prix des animaux vendus peu porteuse (+ 8 % pour les porcins, selon l’Insee) et par des hausses de prix de l’alimentation animale, plus importantes en fin d’année (+15,6 %). Celles-ci sont très pénalisantes pour cette catégorie d’éleveurs, qui n'ont pas fini de ressentir leurs effets.

Dans le secteur ovin, ce sont davantage les aides qui expliquent la hausse du revenu en 2010 ! Elles ont été fortement revalorisées suite à l’entrée en application du bilan de santé de la Pac, qui a suivi le plan Barnier.

L’effet modéré de la hausse des charges

Les augmentations des prix des produits végétaux ayant été six fois supérieures à celles des produits animaux en moyenne en 2010, la hausse moyenne des indices des prix des moyens de production (+ 7,4 %) a beaucoup moins pesé en en grandes cultures qu’en productions animales. En effet, les éleveurs ont dû supporter, à la fois, les augmentations des prix de l’énergie et les premières répercussions des hausses de prix des aliments pour animaux.

 

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Les comptes prévisionnels par catégorie d’exploitations pour 2010  publiés par le ministère de l'agriculture

(1) Données Insee au 31 décembre 2010. Il ne s'agit pas de moyennes annuelles.

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