Hivernage des moissonneuses-batteuses Bien les soigner pour éviter les pannes

Elodie Mas Terre-net média

Les moissonneuses-batteuses travaillent seulement quelques semaines par an, mais très intensément, et elles doivent être au top car la moindre panne peut compromettre la récolte. C’est pourquoi ces mastodontes font l’objet d’un entretien draconien. Illustration dans les hangars de l’Eta Lavoine, située à une quinzaine de kilomètres d’Abbeville, dans la Somme.


Eric et Fred changent une courroie. (© Terre-net Média)
Difficile de dire qui d’Eric, le patron, ou de Fred, le mécano, est le plus calé en mécanique… Ces deux passionnés sont aux petits soins des huit « moulins jaunes », surnom des New Holland, de l’Eta : « Dans le Nord, nous avons des moissons éclairs donc nous n’avons pas le droit à la panne. Et pour avoir des moissonneuses-batteuses fiables, il faut beaucoup s’en occuper : bien les entretenir mais aussi bien les écouter et les sentir vibrer afin de détecter le moindre dysfonctionnement et d’intervenir à temps. Nous travaillons beaucoup à l’oreille. »

« Miam la daube »

Cela passe par une excellente connaissance des machines. « Chaque chauffeur forme un couple avec la sienne, résume Eric Lavoine. On déteste d’ailleurs se les prêter car chaque machine est unique et se comporte différemment. Chacune a ses couinements et ses cognements spécifiques. On noue un rapport presque affectif avec elles... Je surnomme par exemple la mienne « Miam la daube » car c’est elle qui se tape tout le sale boulot ! (rires) »

Depuis quelques semaines déjà, cette TX 68 et ses congénères ont rejoint le hangar pour une hibernation bien méritée après les intenses semaines de moisson d’escourgeons, de portes-graines, de colza, d’orge, de blé et de féveroles, réalisées en juillet et en août. « On les nettoie à fond puis on les met au sec car elles détestent l’humidité. »

Gare à l’humidité


Les soufflettes  : la plus grande est de fabrication maison
à partir d'un tuyau de frein de voiture (© Terre-net Média)

"On les aime donc on s'en occupe".
(© Terre-net Média)

Pas question donc de les décaper à l’eau. « On le fait à l’air, avec des soufflettes, grâce à une cuve alimentée par deux gros compresseurs, précise Fred. L’objectif est de vider la machine de tous les corps étrangers : graines, paille, poussière, pierres. Démonter une partie des pièces permet de faire une révision complète et de pointer les éventuels travaux à prévoir. »

Ils débranchent les batteries pour éviter les pertes de courant et les courts-circuits, ils détendent toutes les courroies et ils font le plein aussi. « C’est important car ça évite la condensation dans les réservoirs », souligne Eric.

Les rongeurs sont les ennemis n°1


Ils déposent de la naphtaline sur les grilles. (© Terre-net Média)
L’autre priorité est de lutter contre les rongeurs. « Ce sont des prédateurs redoutables qui peuvent notamment causer des dégâts terribles sur les circuits électriques. Sur les New Holland, ils adorent particulièrement les câbles transparents. »

Pour les faire fuir, Eric et Fred disséminent notamment des boules de naphtaline et des petits récipients remplis de gasoil.

« L’autre astuce est d’ouvrir tout ce qui peut être ouvert afin de laisser entrer le maximum de lumière dans les moissonneuses-batteuses. Plus c’est sombre, plus c’est en effet propice aux rongeurs… »

Repos complet


Vérification de la bielette d'une barre de coupe. (© Terre-net Média)
Certains agriculteurs font régulièrement tourner les moteurs, mais pas eux. « Ils le font notamment pour préserver les joints de la climatisation mais ça ne change pas grand-chose car de la maintenance normale pour moi. Quand elles sont bien stockées et entretenues, il n’y a aucun problème de redémarrage, même après six mois d’arrêt complet. »

D’autant qu’avant la reprise de la moisson, il y a un nouveau check-up complet, un nettoyage (le seul et unique à l'eau « pour qu'elles soient présentables ») puis un entretien minimum quotidien. « On souffle et on graisse systématiquement la machine. On surveille aussi la tension de courroies, l’état des chaînes et des pignons. Bref, on fait le tour de sa machine pour jeter un œil à toutes les pièces d’usure. J’insiste aussi beaucoup pour que les batteurs les fassent un peu tourner au ralentit afin d’écouter leurs bruits. » Toujours dans le même objectif : prévenir les pannes. 

Une préférence pour les occasions


Eric et Fred partagent leur temps entre les 110 hectares
de l'explotation et les travaux pour l'Eta. (© Terre-net Média)

 « Certains collectionnent les moissonneuses-batteuses neuves dernier cri, moi j’ai toujours préféré les occasions. Les gens regardent les plus belles mais celles qui payent les factures sont les plus anciennes. L’emblème de l’entreprise est d’ailleurs une Clayson 8080 qui a 23 ans. Nous avons évidemment remplacé beaucoup d’éléments mais elle tourne comme au premier jour. Elle est terrible ! »

Installé depuis 1976 à Ergnies, Eric achète en général des New-Holland qui ont déjà cinq ou six ans et 1.000 à 1.700 heures au compteur. « Quand on les reçoit, on les révise, on fait tous les travaux nécessaires puis on les utilise encore cinq ans en moyenne. On les revend après 3.000 heures, souvent au même prix voire plus cher qu’à l’achat. Le secret c’est l’entretien ! On préfère faire de la mécanique lourde sur des machines d’occasions plutôt qu’opter pour des machines récentes. »

Cet entrepreneur n’accorde en effet pas une grande confiance à l’électronique... « Les nouvelles machines sont globalement moins fiables à cause de l’électronique. Ca apporte évidemment du confort mais ça multiplie les sources d’arrêts et on ne peut même plus intervenir nous-mêmes car il faut un PC avec un programme spécifique pour résoudre les problèmes… On se demande parfois si ce n’est pas un peu voulu pour asservir le client à la concession ! »

Il va toutefois cette année investir dans une machine de génération récente. « On verra ! », lance-t-il en regardant affectueusement ses fidèles et courageuses occasions…


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