Agroéquipement « Le ralentissement du marché se confirme »

Elodie Mas Terre-net média

Un recul prévisionnel des ventes d’agroéquipements de 20 % cette année et de 10 % en 2010. L’Axema a confirmé le net ralentissement du marché français lors de sa conférence d’automne, hier, après une année 2008 exceptionnelle. Selon les estimations, il devrait peser 3,5 milliards d’euros l’an prochain, soit revenir à peu près au niveau de 2006. Morceaux choisis.

D’après les tout derniers chiffres dévoilés hier par la filière agroéquipement, le marché français devrait accuser une baisse de 20 % cette année pour atteindre 3,9 milliards d’euros, avec un premier semestre à peu près stable (-1,3 %), mais un second semestre en net recul (-30 %). Des chiffres révélateurs d’un contexte général de crise et d’un vrai ralentissement des ventes, mais aussi à tempérer puisqu’ils se basent sur des résultats 2008 exceptionnels.

Décalage entre les professions

Avec un résultat provisoire de 2,32 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année, le marché français accuse une baisse de 1,3 %. « Le niveau d’activité est resté soutenu car l’exceptionnelle année 2008 avait entraîné des délais de livraison très importants, a indiqué Jean-Pierre Bernheim, président de l’Axema. Ce premier semestre a d’ailleurs été marqué par un décalage entre les industriels et les distributeurs : les premiers finissaient de produire et de livrer les machines commandées en 2008, alors que les seconds subissaient déjà un net recul des commandes, amorcé lors du dernier trimestre 2008… »

Chute des exportations


Jean-Pierre Bernheim a commenté
les chiffres. (© Terre-net Média)
Ce sont les exportations (1,25 milliards d’euros) qui ont le plus souffert avec une baisse de 15,8 % lors du premier semestre. « C’est la première fois que ça baisse depuis une quinzaine d’années mais ce n’est pas une perte de compétitivité ni de parts de marché, a affirmé le président. Ce chiffre s’explique surtout par la chute des exportations vers les pays de l’Est comme la Russie (-68 %) ou l’Ukraine, qui ont annulé beaucoup de commandes, et par la dévaluation du dollar qui a perdu presque 10 % depuis l’an passé. »

Sur la même période, la production (1,81 milliard d’euros) a, elle, baissé de 9,9 %, et les importations (1,76 milliard d’euros) de 3 %.

Prévisions 2010

Pour 2010, les professionnels de la filière prévoient pour l’instant une baisse de 10 % avec environ 3,5 milliards d’euros, soit un niveau équivalent à 2006 (3,47 milliards d’euros). « Seulement s’il y a une reprise au second semestre 2010, sinon, le niveau pourrait être plus bas, a précisé Jean-Pierre Bernheim. La baisse des revenus se confirme dans la plupart des secteurs et beaucoup d’incertitudes demeurent : les prix des produits agricoles, la restructuration du secteur laitier ou encore les évolutions de la Pac 2013... Il y a en revanche une possible reprise des secteurs viti-vinicole et viande, et un maintien pour l’instant correct du secteur des espaces verts. »

Un défi humain aussi

D’après l’Axema, les principaux enjeux pour les industriels de l’agroéquipement seront l’apport technologique, le respect de l’environnement et la participation aux débats de la Pac 2013. « Dans cette conjoncture très difficile, il va aussi y avoir un défi humain à relever : conserver les compétences et le moral des troupes malgré des fluctuations de charges à des niveaux jamais vus jusque-là. » 

77 % des concessionnaires prévoient une baisse


Alain Dousset. (© Terre-net Média)
Plus des trois quart des distributeurs envisagent une baisse de leur marché et 40 % d’entre eux situent la chute à plus de 25 %. « L’inquiétude n’a jamais été aussi grande, a insisté hier Alain Dousset, le président du Sedima. Heureusement les fondamentaux de l’agriculture restent porteurs, et, grâce à la croissance du marché au cours des dernières années, la plupart des entreprises devrait être en capacité de résister à ce passage difficile. Mais il faudra absolument s’adapter à cette plus grande volatilité des revenus. »

85 % des concessionnaires prévoient par exemple une baisse de leurs ventes de tracteurs et 75 % un recul de celles des matériels automoteurs de récolte. Mêmes prévisions à peu près pour les matériels d’élevage et pour les autres matériels. Et même les matériels de parcs et jardins marquent cette année le pas puisque 60 % des distributeurs tablent sur un recul des ventes. « Mais les distributeurs en grandes cultures sont plus pessimistes qu’en élevage viande ou en vigne où ils sont déjà confrontés à une marché difficile depuis plusieurs années », a observé Alain Dousset.

Le problème des stocks reste la préoccupation majeure. « C’est à la fois un frein aux commandes prévisionnelles de matériel neuf et un besoin de financement alourdi. La trésorerie est d’ailleurs en baisse chez 55 % des concessionnaires et fortement en chute chez 16 % d’entre eux qui envisagent même une réduction de leurs effectifs, le plus souvent par le non remplacement des départs. »


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