Freinage des remorques Chez Rolland, « la sécurité des agriculteurs avant tout ! »

Terre-net Média

En application depuis le 1er janvier 2018, le règlement UE 167/2013 impose un système de freinage, pneumatique ou hydraulique, double circuit, sur les tracteurs. Les constructeurs proposent une alternative afin de garantir leur compatibilité avec le parc de matériel existant. Seule certitude, en 2022, la simple conduite hydraulique, ce sera fini ! Pour tenter d'y voir plus clair, la rédaction a interrogé des constructeurs de remorques. Objectif : connaître leur stratégie quant à la technologie utilisée et sur les raisons de faire coexister deux systèmes. Interview de Rémi Chenevière, responsable marketing chez Rolland.

Remorque RollandRolland privilégie le respect des normes et la sécurité des agriculteurs avant tout. (©Rolland)

Terre-net : Quelle stratégie a adoptée Rolland face à l’obligation pour les nouveaux tracteurs de bénéficier d’une double conduite de freinage depuis le 1er janvier ? Continuez-vous à vendre des véhicules remorqués en simple ligne hydraulique ?

Rolland : En tant que membre actif de la commission technique d’Axema, nous sommes au fait de l’évolution de la réglementation sur les dispositifs de freinage depuis plusieurs mois. La stratégie de la marque est simple : Mother Regulation ou autre norme, l’usager doit être protégé en toutes circonstances et ce, quel que soit le pays où la machine est vendue. Il en va de notre responsabilité de constructeur aussi. Une machine qui sort de l’usine possède une réception Dreal, un barré rouge, un non barré pour le certificat d’immatriculation et répond aux exigences en termes d’éclairage et d’homologation.

À noter que l’application du règlement européen 167/2013, dit Mother Regulation, est facultatif pour les véhicules de catégorie R et S. Chaque pays membre de la communauté européenne peut décider de l’appliquer en totalité, partiellement ou pas du tout ! Pour être plus précis, aujourd’hui, peu de pays ont arrêté leur position. Certains avaient décidé de l’appliquer et décalent déjà la date d’application. D’autres, comme la France, préfèrent faire évoluer les règles de réception nationale et ne pas l’appliquer. Vu de loin, cela peut paraître un non-sens. Cependant, il s’agit d’une alternative pour ne pas pénaliser les utilisateurs. En effet, dans certains cas, la largeur maximale serait limitée à 2,55 m (roues comprises) ou le poids total autorisé en charge (PTAC) diminuerait de façon très importante ! Le nouveau règlement est un compromis qui ne prend pas en compte les spécificités régionales qui, à l’inverse des tracteurs, varient beaucoup d’un pays à l’autre point de vue charge, dimension, éclairage, vitesse, technologie de freinage …

Terre-net : Allez-vous continuer de vendre des remorques à frein hydraulique simple ligne ? Ne craignez-vous pas que cela pose problème à terme ?

Rolland : Actuellement, nous continuons de vendre des véhicules à simple ligne hydraulique. Côté technique, les tractoristes ne sont pas encore fixés. La simple ligne bénéficie d’un délai supplémentaire jusqu’en 2021 et il est possible qu’une prolongation soit accordée jusqu’en 2025. Nous utilisons ce délai pour étudier les offres côté tracteur et surtout, l’intérêt qu’elles représentent pour l’agriculteur qui décide d’investir dans du matériel Rolland.

En soi, le freinage double ligne n’est pas un problème. Côté pneumatique, Rolland fait figure de précurseur dans cette technologie et ne rencontre aucun problème pour homologuer une benne à 40 km/h. Les performances de notre système pneumatique dépassent souvent celles imposées par la future réglementation d’ailleurs. Par ailleurs, des tractoristes proposent aussi le dispositif hydraulique, pour garantir la comptabilité avec le parc existant et limiter le coût de l’équipement. Certains pays bénéficient déjà de la solution hydraulique proportionnelle à la charge, avec sécurité en cas de rupture d’attelage obligatoire aussi.

Les équipementiers commencent à homologuer des systèmes de freinage à double ligne hydraulique. Restera ensuite les sessions d’homologations, que ce soit pneumatique ou hydraulique, de chaque type de machine. Ceci ne devrait pas poser trop de soucis, Rolland possède les compétences en interne et bénéficie de fréquentes relations avec la Dreal.  

Terre-net : Donnez-vous des préconisations à vos concessionnaires pour orienter les futures ventes vers l’une ou l’autre des technologies ? Si oui, laquelle ?

Rolland : Difficile d’orienter les ventes tant que les solutions techniques ne sont pas claires côté tracteur. En France, le marché devrait se maintenir vers l’hydraulique. Dans l’immédiat, l’homologation 40 km/h liée au freinage pneumatique favoriserait le conseil vers cette technologie. Bien que certaines marques de tracteurs allemandes se dirigent plutôt vers la double conduite pneumatique, les autres offrent aussi la version hydraulique. Sur les modèles de petite et moyenne puissance notamment. Sans oublier le système de détection simple ligne. Rolland saura, comme d’habitude, s’adapter et proposer les solutions pour répondre à la demande des agriculteurs !    Terre-net : Quel devrait être le surcoût de l’une et l’autre des installations pour l’exploitant agricole ?

Rolland : Difficile de répondre avec précision. Les nouveaux composants ont un coût supplémentaire auquel s’ajoutent le temps de développement et l’obtention des nouvelles homologations. Il y aura évidemment un impact sur le prix de vente.  

Le prix d’une solution double ligne pneumatique devrait être sensiblement le même que pour l’homologation à 40 km/h en France. Côté hydraulique, les fournisseurs annoncent des prix équivalents à ceux du pneumatique, condition indispensable pour que la technique survive d’ailleurs. Une chose est sûre : côté tracteur, le surcoût pour le pneumatique est plus élevé que l’hydraulique.  

Terre-net : Équipementiers et tractoristes n’ont pas réussi à s’accorder pour maintenir un seul système. Pourquoi ? Ne redoutez-vous pas que des agriculteurs circulent avec du matériel ancien sans connecter les freins, faute de compatibilité avec leur tracteur ?

Rolland : Le durcissement des normes est demandé par la Commission européenne pour rehausser la sécurité. Les exigences sur les tracteurs sont assez proches d’un pays à l’autre, ce qui n’est pas le cas des outils remorqués. En témoignent par exemple les remorques semi-portées en Europe de l’Ouest et les convois traînés à l’Est. Ces divergences, historiques, limitent donc le consensus et sont occultées par le législateur européen !  

À souligner que les équipementiers comme Rolland ne sont pas assez écoutés, bien qu’expert de l’homologation et du freinage nous aussi. À l’origine, le projet prévoyait de basculer directement vers le freinage double-ligne. La question du parc existant n’avait même pas été abordée ! L’Axema a organisé des réunions techniques périodiques et des essais préliminaires ont eu lieu il y a un an entre Rolland, un tractoriste et l’Utac (piloté par la commission technique d’Axema). Objectif : tester la capacité du tracteur double ligne hydraulique à freiner la remorque simple ligne hydraulique. Résultats concluants ! Ce travail collaboratif a permis de faire évoluer le matériel pour accroître la sécurité de l’opérateur, sans dégrader les performances de l’engin. Malheureusement, si la loi se durcit, c’est souvent à cause des accidents. 

Le mot de la dirigeante, Béatrice Le Gall

Actuellement, le flou de la réglementation amène énormément de questions de la part de la presse spécialisée, des tractoristes et des agriculteurs. Il est primordial de bien comprendre l’aspect facultatif de la Mother Regulation sur les types R et S. Sans oublier les prochaines évolutions de la réception nationale. Deux points liés mais dont les dates d’application et les exigences techniques sont différentes. Le règlement 167/2013 est certes une réelle contrainte pour notre entreprise. Cependant, il agit au profit de la sécurité et des performances des engins agricoles. Les exigences en matière de circulation des convois agricoles sont de plus en plus fortes. La profession doit donc s’attendre à davantage de contrôles sur la route. Permis de conduire, respect des charges maximales, éclairage, sécurité… tout sera scruté pour limiter les dérives. Il est fréquent de croiser des remorques neuves non conformes sur la voie publique, et en cas d’accident, les contrevenants s'exposent à de lourdes conséquences, tant le conducteur de l’engin, que le concessionnaire et le constructeur. 

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