Isobus Des promesses à valider

Terre-net Média

Depuis quelques années, l’Isobus fait son entrée dans les gammes de travail du sol et de semis de certains constructeurs, accompagné de promesses plutôt séduisantes en termes de confort et d’automatisme. Sur le papier, « on branche, ça marche ». Mais la réalité du terrain est plus aléatoire avec des "Isobus maison". Un article du Terre-net Magazine n°23.

Charrue Kverneland
Aujourd'hui, selon la Dlg (1), seuls Kverneland et Lemken proposent des outils de travail du sol Isobus pour le marché français. (© Kverneland)

Lorsqu’on parle d’Isobus, ce n’est pas au travail du sol ou au semis que l’on pense en premier. Parce qu’ils restent longtemps sur l’exploitation, les outils de travail du sol et, dans une moindre mesure, les semoirs contiennent relativement peu d’électronique par rapport aux pulvérisateurs ou aux tracteurs. Et le développement de l’Isobus, ces dernières années, semble moins les concerner.

Cette tendance va-t-elle perdurer ? Rien n’est moins sûr : les réglages d’hier, à coup de vis et de levier, sont aujourd’hui remplacés par de simples boutons à presser directement en cabine. Reste alors à connecter l’outil au tracteur et là, un autre problème apparaît : la multiplication des boîtiers de commande en cabine, qui devient un véritable cockpit d’avion.

Le travail du sol, en particulier l’implantation des cultures, est le secteur « où il y a le plus à gagner en termes d’agriculture de précision avec un recouvrement moyen de 35 cm par passage, soit 13 % de la surface de la parcelle (quel que soit le nombre d’hectares, Ndlr) », explique Caroline Desbourdes, spécialiste "agriculture de précision" chez Arvalis-Institut du végétal.

C’est là qu’intervient l’Isobus. En regroupant dans un boîtier unique les commandes des différents outils, à condition qu’ils soient Isobus, ce protocole de communication simplifie la connectivité tracteur-outil et améliore l’ergonomie des fonctions liées par exemple à l’agriculture de précision. Mais, cela s’arrête là ! Il ne faut pas faire l’amalgame entre Isobus, agriculture de précision et outils de régulation électronique, comme c’est parfois le cas dans les communications officielles.

Rien de plus qu’un protocole de communication

« L’objectif de l’Isobus est de ne pas enfermer l’agriculteur dans une logique de formats propriétaires », insiste Jean-Christophe Chassine, spécialiste "Isobus et agriculture de précision" chez Kverneland. Et « on n’a pas attendu l’Isobus pour travailler sur l’agriculture de précision », ajoute Caroline Desbourdes.

Connexion Isobus
"Just plug and play ?", pas toujours aussi simple. (© Kverneland)
Et surtout attention aux "Isobus maison" ! A l’heure actuelle, il est difficile de savoir quels constructeurs proposent des outils "réellement" Isobus. Depuis 2007, un des moyens de trancher est de consulter la liste des matériels certifiés chaque année "Isobus conform" par la Dlg (1). Les composants, la gestion des flux de données et les protocoles de communicationsont évalués. Selon cette liste de certifications, seuls deux constructeurs distribuent aujourd’hui sur le marché français des outils de travail du sol Isobus : Kverneland depuis 2007 et Lemken depuis 2011.

Toutefois, « le test coûte autour de 5.000 € », précise William Fayard, directeur général d’Agrotronix, ce qui peut constituer un frein. Et certaines firmes que nous avons contactées s’interrogent sur la légitimité et la pertinence de ce test, sans équivalent en Europe pour le moment. La situation pourrait se débloquer à l’horizon 2014-2015 avec l’Aef (Agricultural Industry Electronics Foundation), qui réfléchit à la mise en place d’une certification européenne Isobus. « A terme, un centre d’essais français serait souhaitable », souligne William Fayard.

Systématique en grandes cultures au-dessus de 100 ch

En facilitant la communication entre le tracteur et l’outil, l’Isobus ouvre la voie à des automatismes destinés à optimiser le confort d’utilisation. Certaines charrues notamment disposent d’automatismes de fourrière qui simplifient les séquences de retournement. Les semoirs ne sont pas en reste avec des coupures de tronçon pour les monograines ou des coupures de doseur pour les semoirs en ligne.

Dans les prochaines années, l’Isobus va gagner du terrain et « devenir systématique en grandes cultures pour les tracteurs de plus de 100 ch », estime Gilbert Grenier, professeur en automatisme et génie des équipements à Bordeaux Sciences Agro. « Aujourd’hui, les agriculteurs commencent à mesurer l’intérêt de l’Isobus et donc à s’équiper ». « Nous sommes dans une phase de transition », confirme Caroline Desbourdes. Et l’essor de l’Isobus se fera avec les outils de travail du sol. « La régularité du lit de semence constitue sans doute la prochaine étape, avec des outils qui adaptent le travail à la texture et à l’humidité du sol », prévoit Gilbert Grenier.

Sur le plan économique, selon Kverneland, il n’y a pas de surcoût entre un outil de travail de sol certifié et un dit "classique". Reste à comparer le prix du boîtier, 2.000 à 5.000 € selon les marques, à ceux des consoles qu’il remplace. Mais, c’est un autre débat.

Cinq a priori sur l'Isobus

On entend de plus en plus parler de l’Isobus dans nos campagnes. C’est l’avenir du machinisme agricole selon certains, une technologie superflue complexe et coûteuse pour d’autres. Terre-net Magazine vous propose de trier le vrai du faux en reprenant les cinq idées reçues les plus fréquentes sur l’Isobus.

1) « L’Isobus, c’est compliqué. »
FAUX – Le but de cette technologie est de regrouper les commandes de tous les équipements Isobus de l’exploitation dans un seul boîtier. L’agriculteur n’a plus qu’à brancher l’outil, le terminal le reconnaît automatiquement.

2) « L’Isobus est réservé aux matériels neufs. »
FAUX – Il est possible de faire une deuxième monte sur des tracteurs âgés de 20 ans, voire plus ! La seule limite est d’avoir une source électrique de 12 V.

3) « Peu de constructeurs sont compatibles Isobus. »
VRAI – Pour savoir si un outil est Isobus ou non, il faut se référer aux tests de compatibilité réalisés par la Dlg.

4) « L’Isobus augmente le coût des matériels. »
VRAI et FAUX – Il est vrai que le prix d’un boîtier Isobus, compris entre 2.000 et 5.000 €, peut paraître élevé. Cependant, plus besoin d’acheter un boîtier de commande pour chaque outil.

5) « L’Isobus améliore les performances des machines. »
FAUX – L’Isobus ne sert qu’à la communication entre le tracteur et l’outil. Cela n’a rien à voir avec une coupure de tronçon par exemple, qui permet de réaliser des économies d’intrants.

Fiche Isobus
Connectique Isobus. (© Kverneland)

 

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(1) Société allemande d'agriculture

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