Semis direct « Il faut faire davantage confiance à la nature »

Propos recueillis par Elodie Mas Terre-net média

Polyculteur-éleveur dans le Pas-de-Calais, Jean-Luc Maeyeart s’est passionné pour les cultures depuis qu’il s’est lancé dans le semis-direct. Ce retour à l’agronomie et la réflexion globale qu’il impose lui ont donné un enthousiasme communicatif. Rencontre.


Jean-Luc Maeyeart devant son semoir. (© Jean-Luc Maeyeart)
Terre-net Média : Quels étaient vos objectifs en passant au semis-direct il y a 5-6 ans ?

J.-L. M. : Réduire les charges de mécanisation et de main d’œuvre, gagner en autonomie, notamment en azote grâce aux légumineuses pour les cultures comme pour mon troupeau laitier, et aussi utiliser moins de produits phytosanitaires. Mon principal objectif était en fait de minimiser au maximum les charges.

TNM : Quel a été le déclic pour changer votre manière de cultiver ?

J.-L. M. : J’ai profité que les prix soient hauts pour essayer. C’était le moment ou jamais pour prendre des risques. D’autant que je pressentais qu’ils allaient chuter après... L’autre élément déterminant a été le Grda du Haut-Pays, composé d’une dizaine d’agriculteurs, puisque nous avons investi dans un semoir spécifique (de marque Semeato) avec l’aide de l’agence de l’eau, des syndicats mixtes et de la communauté de communes de notre secteur… J’ai travaillé pendant trois ans avec ce semoir avant d’investir moi-même dans un EasyDrill de Sulky. Ça m’a vraiment laissé le temps de tester et surtout d’échanger avec les autres agriculteurs. Seul, j’aurais sans doute pris des gamelles…

TNM : Qu’avez-vous appris ?

J.-L. M. : D’abord à être patient car quand tous les voisins sont dans les champs, il ne faut pas sortir, mais il faut en revanche se tenir prêts car nos fenêtres d’intervention sont plus courtes. Passer au semis direct m’a aussi obligé à aller plus souvent regarder les parcelles et à faire davantage confiance au sol et à la nature qu’avant. Je continue bien sûr à intervenir car je ne suis pas en bio, mais je laisse beaucoup plus qu’avant la nature faire… C’est un retour à l’agronomie. Ce choix a évidemment impliqué de nombreux changements car j’ai dû revoir tout mon assolement. Avant je faisais surtout du blé, du maïs et des escourgeons alors qu’aujourd’hui j’ai une dizaine de cultures.

TNM : Le résultat est-il concluant ?


(© Jean-Luc Maeyeart)
J.-L. M. : Pour l’instant, oui. Je me suis fixé l’objectif de réduire de 200 € par hectare les charges de mécanisation. Quant aux produits phytosanitaires, j’avais déjà fortement réduit mais je suis désormais sur une démarche de culture intégrée. En fongicides, j’étais aussi déjà sur un système économe. J’ai encore un peu de mal à maîtriser le désherbage, mais j’ai en revanche nettement gagné sur l’azote puisque je n’en ai par exemple plus besoin sur les 30 hectares de féveroles, de méteil et de luzerne…

TNM : Les rendements sont-ils au rendez-vous ?

J.-L. M. : Je n’en ai jamais eu de si bons que l’an passé. Le semis-direct augmente les rendements dans les terres argileuses, qui ont un faible potentiel. Je gagne par exemple jusqu’à 10 à 20 quintaux en blé. C’est en revanche moins vrai dans les terres limoneuses où ils sont à peu près équivalents. Il faut dire que dans le même temps, j’ai revu mes objectifs de production car je ne suis plus dans une démarche d’intensification. Mais financièrement, je résiste sans doute mieux à la crise que d’autres qui restent sur un système totalement conventionnel. La marge brute sur la culture est intéressante. Mais le prix du lait est tellement bas…

TNM : Quels conseils donneriez-vous à ceux qui voudraient se lancer ?

J.-L. M. : Aussi performant soit-il, le semoir ne fait pas tout ! La réussite dépend vraiment d’une réflexion globale. Si on essaye de faire du blé sur blé, on va par exemple droit dans le mur avec des pertes de 40 quintaux. Il faut entreprendre toute une démarche sur son assolement et sur les engrais verts car il est indispensable d’utiliser des couverts végétaux. La notion de couverture permanente des sols est primordiale. Après le blé, je sème par exemple l’escourgeon sur 50 cm de moutarde. Et comme je l’ai déjà dit, la patience est très importante aussi !

TNM : Ce retour à l’agronomie semble vous passionner...

J.-L. M. : C’est vrai qu’avant, la culture ne me branchait pas plus que ça, mais là, j’y ai trouvé un réel intérêt agronomique. J’apprends, je lis, j’échange avec les autres agriculteurs du Grda, je participe régulièrement à des formations… Je n’aimais en plus déjà pas m’assoir dans un tracteur pour aller dans les champs. D’autres adorent mais être au volant est vraiment ce qui me plaît le moins dans le métier. Là il y a beaucoup plus d’observation, d’expérimentations.

TNM : Pensez-vous pouvoir encore optimiser votre semis-direct ?

J.-L. M. : Evidemment ! Je ne suis qu’au début de la démarche car seules certaines de mes parcelles sont en semis-direct depuis cinq ans. Sur d’autres, c’est le départ. Je dois encore progresser dans le choix des couverts végétaux, des successions de cultures et des associations de cultures. Cette année associer le trèfle au colza m’a, par exemple, évité de désherber mais j’ai encore beaucoup de progrès à faire pour réduire le désherbage sur toutes mes cultures…

Profil de l’exploitation

Polyculture-élevage.
Gaec Mont de Gournay composé par Jean-Luc Maeyaert, son épouse Florence, et sa mère, Thérèse Dumetz
2 salariés.
120 vaches laitières.
235 hectares dont : 70 ha d’herbe pour le pâturage et le fourrage, 56 ha de blé, 36 ha de maïs, 21 ha d’escourgeons, 12 ha de colza, 11 ha de méteil, 9,5 ha de féveroles, 8,3 ha de luzerne, 4,5 ha de betteraves sucrières, 4 ha d’avoine.

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