Régent TS La mise en examen de BASF Agro relance le débat sur la mortalité des abeilles

AFP

La mise en examen par un juge de Saint Gaudens (Haute-Garonne) de l'entreprise BASF Agro, productrice de l'insecticide Régent TS, accusé par les apiculteurs, comme le Gaucho du groupe Bayer, de décimer les abeilles, relance un débat qui divise le monde agricole et scientifique en France.

BASF Agro a été mise en examen mardi pour "mise en vente de produits agricoles toxiques nuisibles à la santé de l'homme et de l'animal". A l'annonce jeudi de cette mise en examen, l'Union nationale de l'apiculture française (UNAF), fer de lance de la lutte contre les deux insecticides des groupes allemands, s'est réjouie tout particulièrement de la suspension de commercialisation du Régent TS.

La décision a été prise par le juge Jean Guary dans le cadre de l'enquête qui cherche depuis 2002 à déterminer la cause de la surmortalité des abeilles dans le sud-ouest de la France. L'insecticide mis en cause a été successivement la propriété de Rhône-Poulenc, Aventis et Bayer. Cette décision n'entraîne pas un rappel des produits déjà sur le marché, ont affirmé les responsables de BASF lors d'une conférence de presse jeudi au siège de la filiale française à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).

BASF Agro a fait appel de la suspension de la commercialisation du produit, et de sa mise en examen, a déclaré son président Emmanuel Butstraen, également mis en examen. "Le Régent TS, qui enrobe les semences et protège ainsi les cultures contre les insectes ravageurs souterrains, ne présente pas de risque pour le consommateur et l'agriculteur dans le cadre des usages autorisés", a affirmé le président de BASF Agro.

Cette affirmation vise à répondre à certaines études scientifiques affirmant que le fipronil, une substance active de l'insecticide Régent, s'accumule entre autres dans le lait des vaches, et présenterait un risque pour la santé humaine. Pour M. Butstraen, la surmortalité des abeilles serait plutôt due à "la raréfaction des plantes méllifères (comme le trèfle), la réduction des surfaces cultivées en tournesol ou à des parasites ou des maladies comme le varroa ou les loques".

Avec un chiffre d'affaires de 3 milliards d'euros en 2002, la division protection des plantes de BASF est l'un des principaux producteurs et fournisseurs mondiaux de fongicides, insecticides et herbicides. La mise en examen de BASF "est une grande victoire pour nous", a déclaré à l'AFP Jean-Marie Sirvins, le président de l'UNAF.

"C'est la confirmation point par point de tout ce que je ne cesse dire et d'écrire sur cette molécule neurotoxique dangereuse", a déclaré pour sa part Philippe de Villiers, le président (MPF) du conseil général de Vendée, également partie civile. Auteur d'un livre "Quand les abeilles meurent, les jours de l'homme sont comptés", dans lequel il pourfend les "amours monstrueuses de l'agrochimie et de l'Etat", M. de Villiers demande au ministre de l'Agriculture Hervé Gaymard "de prendre une décision d'interdiction du Gaucho et du Régent" tout conmme le Parti Socialiste et la Confédération Paysanne de José Bové.

Le 9 février dernier, M. Gaymard, dans un communiqué, avait "décidé d'engager la procédure de mise en demeure du fabricant (BASF, ndlr) et des principaux utilisateurs concernés afin d'examiner (...) les modalités de retrait, de suspension ou de restriction d'usage des spécialités à usage agricole du Fipronil". Une décision du ministère de l'Agriculture est attendue la semaine prochaine.

Tous les acteurs concernés par ce dossier attendent avec impatience la publication, prévue au printemps prochain, de la troisième étape du rapport d'un comité technique et scientifique sur les troubles de l'abeille, mis en place par le ministère de l'Agriculture qui devrait tenter de trancher, peut-être définitivement, sur la nocivité ou non des produits mis en cause.



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