Régent TS Les apiculteurs amers après la "demi-mesure" du gouvernement

AFP

Les apiculteurs de Haute-Garonne, particulièrement touchés par la surmortalité des abeilles depuis 2002, saluent la suspension de l'insecticide Régent TS, mais dénoncent une demi-mesure et craignent de se voir confrontés à une nouvelle hécatombe apicole.

"Je suis un peu amère", résume mardi Annie Bernès, apicultrice près de Toulouse et présidente du Groupement de défense sanitaire apicole. "Cela fait deux ans que l'on subit de graves mortalités sur nos ruches, on pensait qu'on pourrait refaire surface cette année, mais même pas..." Bien sûr "on est content parce que ça avance un peu", appuie Bertrand Théry, apiculteur ariégeois et responsable national de la commission apiculture de la Confédération paysanne, mais "on est catastrophé par l'entourloupe linguistique du bonhomme".

"Le bonhomme", c'est le ministre de l'Agriculture qui lundi soir a annoncé la suspension de tous les produits à base de Fipronil, et notamment du Régent fabriqué par BASF. Les apiculteurs lui reprochent d'avoir permis, pour les semis de printemps, l'utilisation des stocks de semences traitées. C'est selon eux autoriser les agriculteurs "à utiliser un produit toxique et illégal".

"On veut le retrait de tous les stocks", martèle M. Théry. Car, selon les parties civiles, plusieurs expertises mandatées par le juge d'instruction de Saint-Gaudens attestent de la responsabilité du Fipronil dans la surmortalité des abeilles. "Le rejet de poussière lors des semis et la toxicité de cette poussière sur les abeilles a été démontré scientifiquement", confirme la Direction régionale de l'Agriculture et des Forêts.

Sûrs de leur fait, les apiculteurs refusent de revivre le calvaire du printemps 2002. "Un matin, le 22 avril 2002, nous avons constaté une mortalité exceptionnelle dans nos ruches", se souvient Jean-Claude Cauquil, apiculteur à Larra (Haute-Garonne). "C'était du jamais vu : les ruches vomissaient des abeilles en train de mourir". En un mois, l'apiculteur a perdu 80% de son cheptel.

Simultanément, son épouse, sa fille et lui-même se sont plaints d'inflammations cutanées, buccales, oculaires, oedèmes du visage... "On ne comprenait pas", poursuit-il, d'autant que "c'était pernicieux. Le Fipronil étant destiné à être enfoui dans le sol, on ne pensait pas que tant de poussières pouvaient s'envoler dans l'atmosphère".

Annie Bernès, elle, a bien vite soupçonné l'origine de l'hécatombe : "j'étais persuadée que ça venait des semis", dit-elle, car avant 2002, l'agriculteur chez qui elle avait ses ruches n'employait ni Gaucho, ni Régent. Le fils a alors repris l'exploitation, et expérimenté pour la première fois les semences enrobées de Régent. "J'avais là-bas 65 ruches. Elles sont toutes mortes au moment des semis de tournesol : on avait l'impression qu'un coup d'insecticide avait été pulvérisé sur les ruches".

A un mois des semis, les apiculteurs sont inquiets, tant pour eux-mêmes que pour leurs collègues agriculteurs. Annie Bernès "ne comprend pas qu'ils ne soient pas avertis du danger qu'ils courent quand ils remplissent leurs semoirs, car eux aussi prennent des poussières". D'autant que les mesures prises au début de l'année par l'administration, visant à mieux accrocher l'insecticide à la graine, afin de limiter "l'effet poussière", sont insuffisantes aux yeux des apiculteurs.

Certains voudraient arrêter d'utiliser le Régent, témoigne Jean-Claude Cauquil, mais comment faire lorsque, en moyenne, 80% des semences vendues actuellement par les coopératives de Haute-Garonne sont traitées au Régent.



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