Adjuvants Partenaires des actions foliaires

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Les adjuvants, capables d’agir sur les propriétés des préparations phytosanitaires, ne remplacent pas les bonnes conditions de pulvérisation, mais sont complémentaires. Favorisant la rétention de la bouillie sur les feuilles ou la pénétration du produit, ils sécurisent et renforcent l’efficacité des modes d’action foliaires.

Gaillet dans bléLes adjuvants auront un intérêt sur des adventices cibles peu mouillables ou à forte pilosité. (©Terre-net Média)Hygrométrie, température, vitesse du vent, choix des buses, dose adaptée à la cible… La réussite d’un traitement dépend d’abord des conditions d’application. Une fois celles-ci réunies, il est possible d’aller encore plus loin dans la recherche d’efficacité grâce aux adjuvants. Ils participent en effet à l’amélioration des performances des produits phytosanitaires, en agissant notamment sur la rétention ou l’étalement des gouttes. Ils peuvent aussi limiter les effets indésirables de la pulvérisation comme le ruissellement ou la dérive.

Percer les défenses des adventices

Comprendre l’intérêt d’utiliser des adjuvants avec les herbicides implique d’assimiler deux notions importantes : la mouillabilité et la perméabilité des cuticules vis-à-vis des matières actives.

Une publication des Chambres d’agriculture de Bourgogne, dédiée à l’optimisation de la pulvérisation, décrit la mouillabilité comme la capacité de la cible à retenir les gouttes. Cette perméabilité vis-à-vis des matières actives dépend des propriétés de la surface foliaire. La présence de nervures, par exemple, augmente la rétention des matières actives. Les feuilles horizontales des dicotylédones les exposent davantage aux pulvérisations. Ou encore, une forte pilosité (cas du brome) mais également à l’inverse une feuille glabre (cas du vulpin) limitent la pénétration des matières actives.

Avec les antigraminées racinaires, comme l’isoproturon et le chlortholuron, les adjuvants ont peu d’intérêt. Quant aux foliaires, et associations de racinaire et de foliaire, l’adjuvant permet de régulariser leur efficacité sur les graminées peu mouillables, comme les vulpins.

10 % d'efficacité en plus

Selon des essais menés par Arvalis-Institut du végétal, l’ajout du sulfate d’ammonium à un mélange d’herbicides antigraminées et d’huile, procure un gain d’efficacité de 10 % en moyenne. Et ce, quelles que soient la sulfonylurée testée ou les graminées présentes. Mais le sulfate d’ammonium ne remplace pas l’huile. Il est donc recommandé d’associer à un antigraminée inhibiteur de l’Als, de l’huile (Actirob B 1 l/ha par exemple) et du sulfate d’ammonium (Actimum 1 l/ha par exemple). Le mélange permet de profiter de nombreuses propriétés : actions sur la qualité de la bouillie, rétention, pénétration et propriétés hygroscopiques.

Attention sur brome, pour que les gouttes puissent traverser la forte pilosité à la surface des feuilles, il faut avoir recours à des mouillants spécifiques type Glifor ou Génamin T200 BM.

Quelques cas particuliers

Pour les antidicotylédones, il y a également peu d’intérêt à associer un adjuvant aux produits racinaires, hormis pour un éventuel effet antidérive. Même constat concernant ceux à action foliaire, pour lesquels la température au moment de l’application est le premier atout à jouer. Et les formulations qui associent les deux modes d’action sont généralement suffisamment adjuvantées. Enfin, avec les produits de contact, les huiles sont à proscrire. Un mouillant est possible mais ses effets restent aléatoires. Le Lontrel 100, cas particulier, a besoin d’une huile pour une bonne pénétration de la cuticule des adventices qu’il cible.

Les adjuvants ont peu d’effet sur l’action des insecticides. Les Chambres d’agriculture de Bourgogne précisent là qu’il est toujours possible d’améliorer la couverture de la plante lors de traitements à bas volume (< 100 l/ha) en utilisant des mouillants type Héliosol, Silwet L-77 ou Sticman, notamment pour les interventions à des niveaux de biomasse importants comme lors d’une action contre les méligèthes sur colza ou contre les pucerons à la floraison des pois.

Au moment de la régulation, les adjuvants ont un intérêt en conditions difficiles mais n’auront vraiment d’effet qu’une fois sur deux. Un acidifiant peut aider à régulariser leur activité. Eviter les mélanges herbicide, régulateur et huile, très agressifs.

Améliorer la couverture de la feuille

Avec les fongicides, l’intérêt des adjuvants reste assez peu documenté. Les formulations sont généralement déjà correctement pourvues. Cependant, avec le chlorothalonil, produit de contact, un adjuvant comme Sticman peut améliorer la rétention de la goutte sur la feuille, son étalement et réduire la sensibilité au lessivage. Pictor Pro, boscalid, semble également bien réagir à un mélange avec Sticman dans le cadre de la lutte contre sclérotinia. Pour les systémiques, triazoles et Sdhi, appliqués en bas volume, un mouillant et du sulfate d’ammonium permettent de limiter la dérive et de conserver un peu d’hygrométrie autour de la goutte notamment pour les formulations SL (liquides solubles).

Différents adjuvants, différentes propriétés

Pour obtenir son autorisation de mise en marché, un adjuvant doit posséder une ou plusieurs des qualités suivantes (source Association française des adjuvants) :

incorporation des produits dans la cuve

Dans la cuve

  • Amélioration de la qualité de la bouillie : stabilise et maintient les propriétés physiques des matières actives lors de la préparation de la bouillie. Les anti-mousse empêchent la formation de mousse dans la cuve. Les acidifiants permettent de maintenir le pH entre 5 et 7 alors que certaines matières actives sont rapidement dégradées dans un milieu basique (pH > 7). Ex. : Li 700.
  • Maintien des propriétés de la préparation : fonction d’homogénéisation, ils neutralisent les eaux dures, tamponnent le pH et/ou stabilisent la bouillie (présence de tensio-actifs).

pulvérisation

A la sortie des buses

  • Amélioration de la qualité de la pulvérisation par limitation de la dérive : les gouttelettes les plus fines se dispersant dans l’atmosphère, ils homogénéisent leurs tailles en limitant les plus petites. Ex. : Li 700, Silwet L-77.

Au niveau de la cible

  • Amélioration de la rétention : ils favorisent le maintien des gouttes sur la feuille, grâce à une réduction du rebond et selon la mouillabilité de la feuille. Ex. : Sticman, Silwet L-77.

gouttes de rosée sur feuille de blé

  • Amélioration de l’étalement : appelés mouillants, ces produits augmentent la surface de contact entre la goutte et son support. Ex. : Sticman, Héliosol, Surf 2000.
  • Réduction du lessivage : apportent une meilleure résistance à la pluie voire à l’évaporation grâce à des propriétés adhésives ou humectantes. Ex. : Sticman, Biofix, sulfate d’ammonium.
  • Amélioration de la pénétration : agissent sur la cuticule de la feuille pour une diffusion accélérée de la matière active dans la plante. Ex. : Li 700, Vegelux (huiles).

Ordre d’introduction dans la cuve des différents composants de la bouillie

Les adjuvants ayant une action sur la qualité de l’eau seront introduits en premier. Il s’agit des correcteurs de dureté, acidifiants et ceux employés en vue d’homogénéiser la bouillie. Les produits, tels que les tensio-actifs ou les mouillants, les huiles minérales ou végétales seront ajoutés en dernier, après les substances phytosanitaires.


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