Philagro et le biocontrôle Philippe Gerbet, DG : « L'agriculture mondiale s'active, à nous de suivre »

Terre-net Média

Le biocontrôle en agriculture progresse. Le marché, 1,2 milliard d’euros au niveau mondial, pourrait doubler d’ici 2017. Philagro s'est lancé dans la course il y a dix ans et développe ses solutions surtout sur cultures spécialisées en France et à plus grande échelle ailleurs dans le monde. Une illustration du caractère trop restrictif du cadre entourant l'agriculture française ?

Doryphores de pommes de terre.Les solutions de biocontrôle concernent plutôt les cultures spécialisées mais elles arrivent en grandes cultures. Elles sont déjà présentes en pommes de terre pour lutter contre les doryphores. (©Terre-net Média)

Terre-net Média : Philagro investit dans les solutions de biocontrôle. Comment cela se concrétise-t-il ?

Philippe Gerbet, directeur général de Philagro France : Pour commencer, Sumitomo Chemical, notre actionnaire majoritaire, a acheté il y a une dizaine d’années, Abbot, une entreprise d’envergure mondiale spécialisée dans le biocontrôle, rebaptisée Valent BioSciences. Le marché du biocontrôle représente aujourd'hui 1,2 milliard d’euros, dont 300 millions réalisés en Europe, et devrait croître pour atteindre 2,3 Md€ en 2017. Pour suivre la tendance, notre actionnaire principal Sumitomo Chemica a investi 150 M€ dans la construction d’une usine de production de bactéries Bacillus thuringiensis (Bt) dans l’Iowa qui est la plus importante capacité au monde pour cette activité. En termes d'implantation, nous sommes présents, par exemple, au Brésil, où l’association de notre produit, DiPel, avec des solutions conventionnelles améliore l’efficacité du traitement dans le cadre de la lutte contre Helicoverpa, un lépidoptère dont la chenille s’attaque à l’épi de maïs, à la tomate, au coton ou au soja. Les ventes de DiPel augmentent d’ailleurs de 30 % chaque année dans ce pays.

Tnm : Qu'en est-il en France ?

PG : Ici, nous ciblons plutôt les marchés vigne, arboriculture et maraîchage pour y développer l’utilisation de nos produits à base de Bt. Pour l’instant, le biocontrôle représente 3 % de notre chiffre d’affaires français. En grandes cultures, Novodor lutte déjà contre les doryphores de la pomme de terre.

Le biocontrôle n’a toujours pas acquis la confiance des agriculteurs quant à son efficacité. Ceux qui se tournent vers ce type de solutions ont encore tendance à y voir une rupture avec leurs pratiques passées et pensent devoir trouver de nouvelles sources d’informations et de conseil. Nous devons fournir cette information aux utilisateurs et aux distributeurs. Dans ce sens, nous avons créé un site dédié à nos produits de biocontrôle, Phil’Bio (www.philbio.fr).

Tnm : Philagro est-elle une entreprise française ou japonaise ?

PG : Philagro est une société française dont l’actionnariat se répartit entre trois industriels japonais : Sumitomo Chemical pour 60 %, Nissan Chemical pour 30 % et Nihon Nohyaku pour le reste. Créée en 1993 après la reprise d’une partie de Rhône-Poulenc, Philagro réalise environ 60 millions d’euros de chiffre d’affaires et se positionne en 8e place du marché français phytosanitaire.

Nous projetons de multiplier par trois la surface de notre laboratoire de recherche situé à côté d’Orléans. C’est un pari ambitieux porté par nos espoirs de développement de nos prochaines molécules, et celui du marché africain.

Tnm : Avez-vous des projets de développement de produits à court terme ?

PG : Nous avions misé sur le développement à partir de 2014 d’un produit à base de clothianidine sur maïs qui devait compter pour 15 à 20 % de notre chiffre d’affaires. La suspension des néonicotinoïdes est donc un coup dur. Nous devons aujourd’hui nous efforcer de maintenir notre niveau d’activité dans un contexte d’homologations difficiles, de restrictions et d’interdictions de certaines molécules.

Tnm : Des difficultés propres à la France ?

PG : Les Français ne s’imaginent pas l’image qu’ils renvoient aux autres pays. La France devrait être le porte-drapeau de l'agriculture et pourtant elle se révèle la plus restrictive. Sans arrêt nous devons travailler notre discours pour tenter d’expliquer ce paradoxe à nos actionnaires. Surtout que les marchés agricoles explosent partout dans le monde. Nous tentons de les convaincre que la France va se réveiller et reprendre sa place. Il y a dix ans, nous étions encore deuxième exportateur de biens agricoles et premier exportateur. Nous laissons la place à d’autres aujourd’hui.

Plus d'infos sur le biocontrôle ? consultez le tag biocontrôle.


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