L'actu d'Arvalis Pulvérisation à bas volume : une technique qui ne s'improvise pas

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Gagner du temps en traitant ses cultures avec des volumes réduits de bouillie, c’est possible... à condition de bien régler son matériel et d’intervenir au bon moment. Vitesse d’avancement, type de buses, hauteur de rampe, hygrométrie au moment de l’intervention... autant de points qu’il faut maîtriser pour garantir l’efficacité du traitement.

Depuis quelques années, une tendance à la baisse des volumes de bouillie s’observe sur les exploitations céréalières françaises. On parle de bas volume dès que les volumes de bouillie par hectare sont inférieurs à 100 l/ha. 

Sur le papier, réduire les volumes de bouillie à l’hectare offre quelques avantages : transporter moins d’eau, rouler plus vite dans les champs et se positionner au plus près des bonnes conditions de traitement pour maximiser l’efficacité. Cependant, cette technique demande un peu d’attention. Il faut redoubler de vigilance dans le choix des buses, leur calibre et la vitesse d’avancement avec un seul objectif : disposer d’une qualité de couverture optimale. Il ne faut pas non plus oublier que les bas volumes ne sont pas à pratiquer de la même manière avec tous les produits !

Premier levier : augmenter la vitesse d'avancement

Les deux principaux leviers pour mettre en œuvre une réduction du volume de bouillie sont l’augmentation de la vitesse d’avancement et la réduction du débit de bouillie à la rampe (tableau 1).

Illustration de différentes possibilités de réglages en bas volumeIllustration de différentes possibilités de réglages en bas volume. (©Arvalis-institut du végétal)

Augmenter la vitesse d’avancement est un bon levier pour traiter à bas volume mais attention aux problèmes de stabilité de rampe. Celle-ci a un impact direct sur l’homogénéité de répartition sous la rampe. D’autre part, mieux vaut s’assurer que la régulation du pulvérisateur est suffisamment réactive dans les phases d’accélération et de décélération en début et en fin de parcelle.

Réduire le débit de bouillie à la rampe tout en évitant le bouchage

Quant à la réduction de débit, elle s’accompagne nécessairement d’un passage à de petits calibres de buses. Attention, plus le calibre est petit et plus le risque de bouchage est important, d’autant plus qu’en bas volume, la bouillie est plus concentrée qu’à volume élevé. C’est pourquoi il est recommandé de ne pas descendre en dessous du calibre 015 (couleur Verte ISO). D’autre part, il convient de bien surveiller la filtration et de la renforcer au niveau des tronçons, si ce n’est pas déjà le cas sur le pulvérisateur. Choisir des buses de 80° réduit aussi le problème. Les buses de 110°, plus évasées, ont tendance à se boucher plus souvent. Mais dans tous les cas (80° ou 110°), il convient d’ajuster la hauteur de traitement à l’angle des buses : le triple recouvrement est obtenu à partir de 80 cm sous la cible pour des buses de 80° et 50 cm de la cible pour des 110°. Travailler à une hauteur inadaptée conduirait à une augmentation de la dérive.

Surveiller de près la qualité de couverture

La qualité de couverture dépend à la fois du volume de bouillie et de la mouillabilité des plantes. En général, plus le volume de bouillie à l’hectare augmente, plus la quantité de dépôts (ou rétention) sur les surfaces foliaires est importante. La notion de surface de couverture peut être assimilée au volume de bouillie par hectare dans le cas de plantes mouillables comme la plupart des dicotylédones. Dans ce cas, pour une même dose de matière active, la rétention de produit est constante quel que soit le volume de bouillie/ha puisque la concentration des dépôts augmente lorsque les volumes de bouillie diminuent.

Cependant, pour les plantes peu mouillables (comme la plupart des graminées), l’augmentation du volume de bouillie ne conduit qu’à une très légère augmentation de rétention. De fait, pour une même dose de matière active, les bas volumes peuvent conduire à une baisse de rétention de produit phytosanitaire.

 Surface foliaire couverte selon le volume de bouillie et le calibre des busesTableau 2 : Surface foliaire couverte selon le volume de bouillie et le calibre des buses
Tests réalisés avec des buses à fente classique basse pression. Mesures réalisées à l’aide du logiciel ImageJ for DepositScan, USDA. Buses utilisées à 1,5 bar de pression. Source : Arvalis- Institut du végétal.  (©Arvalis-institut du végétal)

Le type de buse influence peu les résultats

D’autre part, la répartition des gouttelettes sur la surface foliaire est aussi un facteur à prendre en compte dans l’efficacité des produits. Celle-ci est influencée par le type de buse utilisé. 

Les buses à fente classique basse pression sont souvent utilisées en bas volume car réputées pour leurs fines gouttelettes et leur répartition homogène sur les surfaces foliaires. Cependant, les buses à injection d’air ne sont pas contraires à la pratique au vu des nombreux essais conduits par Arvalis-Institut du végétal. Il en ressort que le volume de bouillie minimal par hectare se décide en fonction du mode d’action du produit et du type de buse utilisée. 

Pour les produits systémiques, très sensibles aux conditions climatiques et peu sensibles à la qualité de couverture, la réduction du volume peut s’envisager jusqu’à 50 l/ha quel que soit le modèle de buse sans affecter l’efficacité des traitements. A l’inverse, les produits de contact agissent « là où ils tombent » et nécessitent une répartition homogène des impacts et la plus grande surface de couverture possible. Dans ce cas, les buses à fente classique s’utilisent avec un volume minimum de bouillie de 50 l/ha, contre au moins 80 l/ha pour les buses à injection d’air. Dans le cas de très petites cibles, le minimum sera fixé à 150 l/ha pour des buses à injections d’air et 80 l/ha avec des fentes classiques.

Matin ou soir, viser un maximum d’hygrométrie

Les buses de petit calibre, incontournables en bas volume, sont sensibles à la dérive par formation de fines gouttelettes. C’est pourquoi, en situation de réduction de volume, il est indispensable de travailler dans des conditions climatiques optimales, c’est-à-dire avec une hygrométrie maximale et sans vent. 

Quel que soit le mode d’action du produit, l’hygrométrie est primordiale pour une simple raison : elle permet d’éviter l’évaporation des gouttelettes. Pour les produits systémiques, l’hygrométrie améliore aussi le passage du produit à travers la cuticule. Cette pénétration est d’autant plus rapide que la plante est en condition « poussante », c’est-à-dire que les températures sont clémentes. 

Traiter le matin ou le soir ? Tout dépend des conditions de la journée. En fin d’hiver, il arrive que les bonnes conditions soit réunies durant toute la journée, la question ne se pose alors pas. En revanche, plus les traitements sont effectués tardivement au printemps ou en été, plus il faut être vigilant. Le matin et le soir sont deux moments favorables aux traitements mais il se peut qu’en soirée, la plante ne soit pas réceptive car toujours sous l’effet du stress de la journée. Le matin ou la fin de nuit sont alors à privilégier. 

A noter que la rosée est bénéfique pour la plupart des traitements, que ce soit des produits de contact ou des produits systémiques. Elle permet la redistribution du produit sur la surface foliaire. D’autre part, en présence de rosée, la cuticule est dilatée, favorisant le passage des molécules systémiques.

Rédacteurs : Benjamin Perriot et Damien Gaudillat (Arvalis - Institut du végétal)
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