Rage La vaccination obligatoire des chiens et chats en question

AFP

PARIS, 14 sept 2004 - L'alerte à la rage dans le Sud-ouest a remis à l'ordre du jour l'idée d'une vaccination obligatoire de tous les chiens et chats de France, à laquelle le ministre de la santé, Philippe Douste-Blazy, s'est déclaré favorable.

"Plus on vaccinera (...), moins il y aura de chances d'avoir une épidémie comme celle-là (...). Je me suis permis de le dire hier, mais c'est maintenant à l'ensemble de ceux qui ont la responsabilité de ce sujet de décider", a dit lundi M. Douste-Blazy à RTL, précisant cependant qu'il n'était pas question de l'imposer actuellement à l'échelle nationale. Le ministre de l'agriculture, Hervé Gaymard, a indiqué de son côté qu'il "ne préconisait pas la vaccination obligatoire et systématique". On estime qu'il y a en France environ 8,5 millions de chiens et 9 millions de chats.

Le dernier cas de rage humaine contractée sur le territoire français remonte à quatre-vingt ans. Versant animal, "la France s'est débarrassée de la rage en 1998 et en a été officiellement déclarée indemne en 2001", indique un expert, Hervé Bourhy, directeur du centre national de référence de la rage. "A titre personnel, je conseille à mes clients la vaccination contre la rage et je le conseillais auparavant, avant cette alerte", a expliqué à l'AFP Rémi Gellé, président du syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral (SNVEL), qui exerce en Gironde. "Le vaccin est efficace", souligne-t-il.

"Depuis 1997, l'identification des chiens de plus de 4 mois est obligatoire en France, rappelle-t-il. "La moitié des chiens du département ne sont pas identifiés", relève-t-il. "Attention une vaccination sans identification de l'animal - tatouage ou puce électronique - n'est pas valable administrativement", souligne le Dr Gellé. Pour les chats, l'identification est obligatoire seulement en cas de cession. Certaines personnes s'émeuvent de l'abattage des chiens errants dans le cadre de cette alerte sanitaire. "Mais il n'existe pas de test qui permette de dire à coup sûr si le chien non vacciné préventivement fera ou non la rage", indique Michel Aubert, vétérinaire de l'Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments).

"Chez l'homme, le traitement (plusieurs doses de vaccin) entrepris à temps, c'est-à-dire avant l'apparition des premiers symptômes, marche. Chez le chien, ça ne marche pas", précise encore ce spécialiste. Dans l'immédiat, l'urgence n'est pas le débat sur la vaccination qui ne changerait rien, estime Hervé Bourhy, qui reconnaît que la situation peut changer.

En cas d'apparition de cas secondaires, des animaux qui seraient contaminés par le chiot importé illégalement du Maroc à l'origine de cette alerte grave, on peut recourir à la vaccination selon un cercle de sécurité défini autour de ces cas. Ce serait le cas également "s'il s'avérait que les contrôles deviennent de plus en plus difficiles", aux abords des terminaux de ferries notamment. Selon lui, le retour à la vaccination obligatoire dans un pays indemne pourrait poser des problèmes au niveau international.

"Les frontières passoires, c'est pas nouveau. Cette affaire va certainement amener une grande sensibilisation des politiques", commente Jean-Jacques Benet (Ecole nationale vétérinaire, Maisons-Alfort). Actuellement, la vaccination est obligatoire pour les animaux dans les campings et centres de vacances. "Nous avons pas mal de demandes de vaccination", constate le Dr Didier Locci à Drancy (Seine-Saint-Denis). "Dans le département, seulement 30 % des animaux sont vaccinés. Mais 90-95% de nos clients venant régulièrement ont des animaux vaccinés", relève-t-il.



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