Pommes de terre Des traitements antigerminatifs hétérogènes

Bénédicte Normand Terre-net média

Suite à l'observation d'une grande variabilité de teneur en produits anti-germinatifs sur certains lots de pommes de terre en Belgique, un projet de recherche a été mis en place pour connaître les raisons de ce phénomène. Stéphanie Noël, du CRA-W (centre wallon de recherche agronomique) explique les résultats de l'étude.

 L’étude

Les essais ont été réalisés  en collaboration avec des agriculteurs belges au cours de 3 saisons de conservation (septembre à juin). Ils ont été effectués sur des bintjes stockés en vrac. Parmi les 22 lieux de stockage suivis pour l'étude :

  • 6 contiennent des tubercules traités par poudre à poudrer
  • 6 par concentré émulsionnable
  • 6 par thermonébulisation
  • 4 par thermonébulisation associé à un pré-traitement à la mise en tas
La conservation est une phase critique dans le processus de maintien de la qualité de la pomme de terre. Lors du stockage, qui peut durer jusqu’à neuf mois, les producteurs doivent faire face aux problèmes de germination des tubercules. La solution couramment utilisée est l’application d’un traitement anti-germinatif à base de chloroprophame, aussi appelé CIPC. Le produit existe sous 3 formulations différentes : la poudre à poudrer, le concentré émulsionnable et le concentré thermonébulisable.

Une grande variabilité de teneur en CIPC a été remarquée sur plusieurs échantillons de pommes de terre belges. Elle a pour conséquences des teneurs importantes en CIPC sur certains tubercules et des risques de toxicité aigüe. Suite à cette observation, le CRA-W a mené un projet de recherche financé par le Fond budgétaire des matières premières pour étudier l’application du chloroprophame sur pommes de terre. « Une des pistes pour expliquer ces phénomènes serait la mauvaise répartition de l’anti-germinatif entre les pommes de terre suite à l’hétérogénéité de son application. » explique Stéphanie Noël. « Les essais ont été réalisés en conditions réelles, chez des agriculteurs belges, au cours de 3 saisons de conservation. » L’étude a permis d’évaluer, selon la formulation utilisée, la répartition du CIPC au sein du tas de pommes de terre, la teneur en CIPC sur les tubercules et l’efficacité du traitement.

Le poudrage : un traitement efficace mais hétérogène

La répartition du CIPC appliqué sous forme de poudre à poudrer est très hétérogène et aléatoire avec des cœfficients de variation compris entre 40 et 85%. « Les teneurs en CIPC sur tubercules sont très variables, entraînant des sur-dosages ponctuels importants. » Le concentré permet des traitements plus homogènes que ceux réalisés à la poudre : on observe des cœfficients de variation de 20 à 48% pour les traitements par pulvérisation. Dans le cas de la nébulisation à froid, les coefficients sont plus élevés – 42 à 56% - mais les observations ont été faites sur 2 essais contre 4 pour la pulvérisation. Cependant l’étude  montre qu’ « en se basant sur l’échantillonnage au déstockage, la thermonébulisation est la technique de traitement qui permet la meilleure distribution du CIPC entre les tubercules. »

Les teneurs en CIPC sur les tubercules sont très variables suivant la méthode. Les analyses faites directement après traitement montrent des teneurs moyennes en CIPC sur tubercules de 52 à 129% de la dose appliquée par poudrage. Ces chiffres illustrent une fois encore l’hétérogénéité du traitement par poudrage. En pulvérisation et nébulisation à froid,es teneurs respectives sont de 44 à 68% et de 44 à 69%. Les échantillons traités par thermonébulisation affichent des teneurs approximatives de 20% de la dose appliquée. « L’application du concentré pour thermonébulisation étant relativement homogène, cette faible valeur est due aux pertes importantes de produit qui se dépose dans l’ensemble du bâtiment et principalement sur les pâles des ventilateurs. »

L'efficacité du traitement est liée à l'environnement

Les sur-dosages ponctuels observés peuvent causer des dépassements de la limite maximale en résidus (LMR, fixée à 5mg/kg sur pommes de terre entières lavées ou brossées). Plus la période de stockage est courte et plus ce risque augmente. C’est la technique du poudrage qui présente le plus de risque de dépassement de LMR. La thermonébulisation offre des teneurs en CIPC sur tubercules très faibles à condition de respecter un délai suffisant entre le traitement et le déstockage.

« L’efficacité du traitement anti-germinatif dépend de paramètres liés à l’infrastructure de stockage –isolation, humidité, ventilation, … - mais aussi de la teneur en CIPC sur tubercules » La poudre a une grande efficacité : elle maintient une certaine teneur de CIPC sur les tubercules pendant toute la durée de la conservation. «  La pulvérisation est relativement efficace, cependant, pour une même dose appliquée, le poudrage donne de meilleurs résultats. » Le traitement par thermonébulisation est le moins efficace : il laisse une faible teneur de CIPC sur les tubercules et se dégrade rapidement. L’efficacité de la thermonébulisation est très liée à l’environnement. Son principal avantage est de ne pas brûler la peau des pommes de terre : le traitement étant réalisé en cours de saison, le temps  Pour rester efficace, il est nécessaire de traiter régulièrement à des doses suffisantes. «  Essayer de rattraper un traitement oublié ou n’ayant pas donner de bons résultats risquera de compromettre la qualité des tubercules par le risque de formation de gènes internes. » Les traitements à doses plus fortes et plus espacés sont à privilégier aux traitements répétés à petites doses. Pour un stockage de longue durée, le pré-traitement par poudrage suivi de thermonébulisations est très efficaces mais doit être réservé aux variétés non-sensibles aux brûlures.

 Formulations

 Avantages

Inconvénients 

Poudrage
  • Bonne efficacité
  • Coût d'utilisation
  • Utilisable dans tout type de bâtiment
  • Sécurité de l'applicateur
  • Application hétérogène
  • Réglage du débit de poudre
Concentré émulsionnable
  • Bonne efficacité mais inférieure à la poudre 
  • Facilité d'application
  • Utilisable dans tout type de bâtiment
  • Répartition sur tubercules difformes
Concentré thermonébulisable
  • Gestion dynamique du stock (fractionnement de la dose)
  • Ne brûle pas la peau des pommes de terre
  • Combinaison avec pré-traitement
  • Efficacité à court terme
  • Coût élevé
  • Application dans bâtiments ventilés


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