Analyses de sol Au-delà du constat, le conseil

Propos recueillis par Mathilde Carpentier Terre-net média

Agro Conseil propose des analyses de sol depuis plus de trente ans. Pourtant pour Julie Coulerot d’Agro Conseil et Didier Briche, consultant agricole indépendant pour Agro Conseil, le constat ne change pas : « moins de 10 % des agriculteurs font des analyses de sol pour raisonner leur fertilisation, une proportion qui n’évolue pas ». Au-delà d’un bilan ponctuel, l’analyse de sol doit se convertir en véritable outil de travail.


Julie Coulerot (© DR)

Terre-net Média : Pourquoi faire des analyses de sol ?

Agro Conseil : Une analyse de sol revient à faire un constat d’état de la fertilité du sol à un moment donné. Pour la majorité des agriculteurs, il s’agit de contrôler l’état de son sol, suite à un accident en culture par exemple, ou bien se réduit à une réponse à une exigence réglementaire. Notre travail va plus loin. Notre analyse de sol devient un véritable outil de gestion car elle permet de piloter ses apports de fertilisants, avec l’objectif de maintenir ou restaurer l’équilibres des caractéristiques de son sol, de même que le budget alloué à ce poste. L’analyse de sol déclenche une réflexion et aide à la prise de décision lors des achats de fertilisants. Moins de 10 % des agriculteurs adoptent cette conception de la fertilisation et malheureusement la proportion n’évolue pas. 


"L'analyse de sol devient un outil d’aide à la décision." (© Agro Conseil)
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TNM. : En pratique, comment se réalise une analyse de sol ?


Didier Briche (© DR)

A.C. : L’échantillonnage se fait selon un maillage de zones homogènes. L’analyse des échantillons définit le type de sol, donne son pH (méthode KCl), sa teneur en humus et en éléments nutritifs. Ces critères permettent la classification du sol au sein d’un éventail de zones de référence et d’en déduire les caractéristiques agro-économiques optimales. Les mini et maxi pour chaque élément délimitent une zone au sein de laquelle les meilleurs échanges possibles auront lieu entre le sol et la plante. Nous saurons ainsi qu’au-delà de telle teneur, l’apport n’aura pas plus d’intérêt.

TNM : Comment s’articule votre conseil autour de l’analyse de sol ?

A.C. : Nous élaborons un conseil pour trois cultures successives, remis en mains propres, réadapté si besoin en cas de changement de stratégie. Les parcelles font l’objet d’une hiérarchisation afin de parer au plus urgent et d’arbitrer, si besoin, en fonction des possibilités de trésorerie. Au-delà de trois ans, nous jugeons les aléas possibles trop importants pour pouvoir rester sur les bases de la même analyse.


Préconisations pour la culture suivante... (© Agro Conseil)
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pour la seconde culture à suivre... (© Agro conseil)


et pour la troisième. (© Agro Conseil)
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TNM : Quel intérêt pour le sol ?

A.C. : Pour la fertilisation azotée, l’analyse de départ définit le type de sol et le niveau des reliquats azotés pour trois horizons. Le conseil et les analyses reviennent chaque année et tiennent compte de la destination de la culture.
L’état des lieux au départ permet de délivrer un conseil en fonction des cultures à venir pour alimenter la plante et ramener le sol à des teneurs optimales, pour reconstituer une bonne solution nutritive de base. Surtout qu’un sol qui va manquer d’un ou plusieurs éléments aura tendance à le fixer très fortement, de telle manière que la plante aura plus de mal à capter ces mêmes éléments. L’équilibre entre les différents éléments a également son importance.

TNM : Adapter les apports aux besoins de la plante ne suffit-il pas ?

A.C. : Le producteur ne peut pas se contenter de fertiliser en fonction des besoins de la plante. Il ne travaille pas en hydroponie. Le sol n’est pas un support inerte, ni physiquement, ni chimiquement, des interactions se font entre lui et la plante. La recherche appliquée permet de prendre en compte l’état du sol, autant ses caractéristiques stables que les critères fluctuants comme l’activité microbienne.

TNM : Que penser des impasses en fertilisation ?

A.C. : Faire des impasses, d’accord, mais il faut les réfléchir et évaluer le risque et le niveau des pertes en cas d’impasses. Cinq ou dix ans peuvent s’écouler avant de voir décrocher le rendement. Il s’agit d’arbitrer entre entretien régulier de son sol et correction en cas d’accident.


L’agriculture de précision complète la gamme
de compétences d’Agro Conseil. (© Agro Conseil)

Agro Conseil, l’indépendance des préconisations

Créé en 1974, Agro Conseil apporte un service indépendant de conseil appuyé sur une structure scientifique d’expérimentation et de recherche appliquée, le Service pédologique de Belgique. La gamme de services disponibles porte sur les fumures de fond et azotée, la gestion de l’irrigation, les interventions fongicides et insecticides sur céréales et l’agriculture de précision. « Nous conseillons sur la nécessité d’intervention ou non, le moment idéal pour celle-ci, sans aller jusqu’au choix du produit. Il s’agit également d’arbitrer entre l’intervention et le fait de ne pas intervenir, savoir où se situe le réel intérêt économique. » Les douze conseillers du réseau ont un statut indépendant, et travaillent en profession libérale, couvrant une trentaine de départements de la moitié nord de la France.


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