Luc Lorin, agriculteur « Mieux traiter pour améliorer le rendement »

Propos recueillis par Elodie Mas Terre-net média

A la tête d’une exploitation de 300 hectares de blé, orge et colza près de Chartres, Luc Lorin a développé des modèles pour connaître et anticiper les risques de septoriose, fusariose et piétin verse sur les céréales. Trois outils disponibles depuis trois ans sur terre-net.fr. Zoom sur les recherches et sur les conseils d’utilisation de ce passionnant « Géo Trouvetou » de l’agriculture.


Luc Lorin est en Gaec avec son frère,
François, à Digny (28). (© Terre-net Média)
Terre-net Média (TNM) : Comment est née l’idée de vos modèles maladies ?
Luc Lorin (LL) : Passionné de technique, de météo et d’informatique, j’avais envie d’optimiser l’utilisation des intrants sur mon exploitation et d’en faire profiter les autres. J’ai donc réfléchi à un outil permettant de connaître et d’anticiper les risques des maladies qui étaient les plus nuisibles sur mes cultures, c'est-à-dire le blé, l’orge et le colza.

TNM : Comment les avez-vous développés ?
LL:
Il y a vingt ans, j’ai commencé par réunir le maximum de revues techniques et scientifiques afin d’engranger toutes les informations que je pouvais. Un gros et minutieux travail de documentation que je poursuis d’ailleurs depuis... Et dans le même temps, je me suis mis à relever quotidiennement la météo. J’ai ensuite pointé les facteurs agronomiques et climatiques aggravants. En m’appuyant sur ce qui existait déjà sur le développement des maladies et sur, par exemple, des essais de la Chambre d’agriculture d'Eure-et-Loire, j’ai ensuite développé des modèles. Faute de capacités matérielles, je les ai d’abord faits à la décade, puis je les ai redéveloppés dès que possible en journalier.

TNM : En tant que créateur et donc tout premier utilisateur, qu’est-ce que ces modèles vous ont apporté dans la gestion de votre exploitation ?
LL :
Ils m’ont permis d’anticiper sur les dates d’intervention des fongicides. Avant, je le faisais « au nez », maintenant les modèles m’aident à cibler au mieux les dates, les doses et les localisations de traitement afin d’éviter les surdoses et sous-doses. L’objectif est d’améliorer le rendement en optimisant l’utilisation des intrants. Avec un mauvais traitement de septoriose, on peut en effet perdre jusqu’à un quintal par jour et par hectare. Ces modèles permettent aussi de se rassurer les années où il y a moins de risques de maladies.

TNM : Quelles sont les prévisions pour cette année ?
LL :
Il devrait y avoir une faible pression de piétin verse sur les trois quarts du pays, sauf sur la côte ouest et en Bretagne. Concernant la septoriose, les conditions climatiques du 1er avril au 1er juin seront décisives, mais nous avons commencé l’année avec un niveau d’inoculum plus faible suite au froid hivernal et au manque de pluie. Quant à la Fusariose, tout se décidera à la floraison, en juin.

Des orientations mais pas de certitudes

TNM : Quels sont vos conseils d’utilisation ?
LL :
Il faut toujours prendre les modèles avec attention car il y a toujours une petite incertitude. Ils donnent des orientations seulement. C’est comme la météo en fait : même quand des orages sont annoncés, on passe parfois entre les gouttes ! (rires) Il faut également absolument aller voir ses parcelles pour confirmer et ajuster les préconisations des modèles.

TNM : Quand les agriculteurs doivent-ils faire les simulations ?
LL :
Pour obtenir la meilleure fiabilité possible, je conseille de les faire au stade épis 1 cm pour le piétin, huit jours avant le stade deux nœuds pour la septoriose et au jour le jour à partir de l’épiaison pour la fusariose.

TNM : Travaillez-vous actuellement sur d’autres recherches ?
LL :
Evidemment ! Depuis six mois, je bosse comme un fou pour mettre en relation la matière sèche sur pied (NDVI) et le nombre de grains par m² pour calculer le potentiel de rendement. L’objectif est de créer une cartographie de rendement afin de mieux moduler les doses d’azote, de fongicides et de racourcisseurs. Je dois avoir tout fini pour mi-avril car je retente ma chance au concours Terre d’Idées. Je développe également en parallèle un modèle de précision de rendement et de qualité de grains de blé sur chaque parcelle qui devrait notamment être utilisé en Ukraine. J’adore chercher et créer donc je n’arrête jamais... Mais comme je ne dors pas beaucoup la nuit, ça va !

Les modèles maladies de Luc Lorin sont disponibles dans notre Observatoire technique ou en cliquant ICI. D'autres outils d'aide à la décision peuvent compléter leur utilisation tels que le planning de traitement à la semaine, qui vise à réduire les coûts des produits phytosanitaires (cliquez ICI pour y accéder directement).


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